The Amazing Spider-Man : le destin d’un héros (Marc Webb, 2014)

de le 13/04/2014
 
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Dix ans après l’extraordinaire Spider-Man 2 de Sam Raimi, le constat sur le reboot de la saga cinématographique de l’homme-araignée est glaçant. Adieu histoire, personnages et émotion. A l’instar de la colossale entreprise de Kevin Feige, Sony a transformé le sympathique héros virevoltant de New York en simple produit d’appel pour une plus vaste franchise commerciale encore en gestation. Douteux dans l’honnêteté de sa conception, The Amazing Spider-Man : le destin d’un héros est terriblement prévisible, fatiguant et oubliable. Il ne subsiste qu’une sorte de passerelle vaine vers d’hypothétiques suites et spinoffs.

The Amazing Spider-Man 2A l’été 2007, une bataille âpre se lance. Malgré des avis mitigés de la presse et du public, Spider-man 3 était devenu le film de super-héros qui accumulait le plus de dollars au box office mondial. Alors que la question d’un quatrième opus se pose (et même d’une seconde trilogie), les dissensions entre le réalisateur Sam Raimi et les pontes de Sony sont à leur paroxysme. Plutôt que de choisir la voie de l’affrontement permanent avec le metteur en scène, les studios ont préféré prendre l’option du reboot de la franchise avec en ligne de mire le renouvellement des droits sur Spider-Man. Car si Sony n’avait pas fait un nouveau Spider-man (suite ou reboot) avant la fin de l’année 2011, ils prenaient le risque de voir le super-héros quitter leur giron. C’est ainsi que nous avons vu débouler The Amazing Spider-Man qui prenait un malin plaisir à détruire toute la mythologie que s’était échiner Sam Raimi à bâtir autour du personnage adapté.

Andrew Garfield dans The Amazing Spider-Man 2

Faisant fi de la comparaison qui ne lui est favorable sur aucun point, Mark Webb a donc rempilé de concert avec Sony sur The Amazing Spider-Man 2, sous-titré « le destin d’un héros ». Cependant, c’était sans compter sur une concurrence féroce qui a déployé toute son ambition. En face, il y a Kevin Feige, patron de Marvel Studios et grand manitou derrière le méga plan chez Disney pour submerger les spectateurs de super-héros sur plusieurs décennies. Iron Man, Thor, Captain America… Feige a transformé ces héros considérés comme des seconds couteaux en bêtes de course, avec un business plan à toute épreuve qui repose essentiellement sur le fan service. Ce calcul méthodique de rentabilité à long terme fait pâtir le côté artistique (s’il en reste encore un) des différents films et les victimes ont été nombreuses. N’ayant que Spider-Man auquel se raccrocher et avant même la sortie de la suite de The Amazing Spider-Man, Sony annonce qu’ils prévoient également d’établir un univers étendu à partir d’une tétralogie, avec comme satellites des spinoffs sur Venom ou les Sinister Six (un groupe de super-méchants s’associant pour mener la vie dure à l’homme-araignée). Que reste-t-il alors pour ce nouvel épisode ? En dehors du fait de remettre au goût du jour la franchise (l’effet 3D en plus), l’argument principal du film de 2011 était d’associer la disparition des parents de Peter Parker à un complot lié à la société Oscorp. Ne nous ayant amené aucune réponse tangible sur ce nouveau mystère, The Amazing Spider-man : le destin d’un héros essaie de faire amande honorable dès ses premières minutes, poursuivant à l’écran les événements de la fuite des parents Parker. Et c’est là que tout commence à déraper…

Andrew Garfield dans The Amazing Spider-Man 2Comme tout bon blockbuster qui se respecte, le long-métrage se doit de démarrer sur une scène d’action impressionnante. Certes, si on veut. Enfin, tout dépend de la manière employée. On ne peut que s’interroger sur cette ouverture. Mark Webb et son équipe, apparemment très peu imaginatifs et frustrés du travail de Christopher Nolan sur Batman, ont décidé de commencer The Amazing Spider-Man : le destin d’un héros en combinant à la fois le prologue de The Dark Knight Rises avec une scène mémorable d’Inception. La soupe composée par Hans Zimmer (succédant à un James Horner dont l’inspiration était déjà bien tarie) accentue d’autant plus la similitude. Après cette séquence assez hors sujet et pleine de CGI pas si réussie, le quart d’heure suivant s’avèrera le moins désagréable du long-métrage.

Andrew Garfield & Paul Giamatti dans The Amazing Spider-Man 2

Enfin, les nouveaux films Spider-Man ont quelque chose de neuf à nous montrer. Tandis que les plans de voltige au milieu de buildings du précédent volet piochaient volontiers dans la trilogie de Sam Raimi, ceux de The Amazing Spider-Man : le destin d’un héros font preuve d’un peu plus d’inventivité. Mark Webb se rattrape également en replaçant les new-yorkais sur le devant de la scène. En 2011, New York n’était résumée qu’à un grutier et son fils. Ici, nous avons en fond des réactions plurielles d’habitants de la grosse pomme et nous assistons à quelques interactions de citoyens lambda avec Spider-Man. Cela dit, ce point positif sera vite court-circuité par l’arrivée du futur grand méchant du film. Effectivement, l’une des plus grosses catastrophes de The Amazing Spider-man : le destin d’un héros est très clairement le personnage d’Electro (si on s’épargne les quelques minutes gênantes d’un Paul Giamatti en roue libre). Il semble difficile d’établir un méchant de comic-book crédible au cinéma aujourd’hui.

The Amazing Spider-Man 2À la manière de celui incarné par Guy Pierce dans Iron Man 3, celui incarné par un abominable Jamie Foxx est la même caricature du geek, dont la seule cause de sa vengeance sur la société est de s’être pris un vent par sa star préférée. Sans garde fou, cette plongée dans le ridicule avec ce super-méchant trouvera son climax au moment où il se surnommera lui-même Electro les yeux dans les yeux avec une parodie de scientifique nazi (ça sent l’Hydra à plein nez). L’inspiration pèche également dans le visuel avec certains plans copiés directement sur la résurrection du Dr. Manhattan dans le Watchmen de Zack Snyder. Le plus dramatique sera la musique, si on peut encore parler de notes et de mélodies. Hans Zimmer associé à un joyeux petit groupe (dont Junkie XL et Pharrell Williams) choisit de nous sortir de la dubstep qui en fait des caisses lors des bastons avec Electro. On pensait que le compositeur avait touché le fond sur Man of Steel, il signe pourtant avec The Amazing Spider-Man : le destin d’un héros sûrement l’une des plus mauvaises bandes originales de l’histoire du cinéma. Les mots sont durs. Néanmoins, il est difficile de trouver suffisamment d’atomes crochus avec ce film. Impossible de se reposer sur les autres personnages, tous manquant d’une véritable direction d’acteur. Affublé d’une coiffure improbable, Andrew Garfield cabotine constamment et sa nonchalance hautaine en costume est toujours aussi antipathique. Pire encore, le scénario renie complètement la thématique autour du choix et de ses conséquences. Peter Parker se retrouve être génétiquement programmé pour devenir un héros. En plus de cela, Martin Sheen devait coûter trop cher à faire revenir et Mark Webb se débrouille bêtement avec le fantôme du défunt père de Gwen Stacy qui apparaît de-ci de-là.

Andrew Garfield dans The Amazing Spider-Man 2

Si les scénaristes Jeff Pinkner et le duo Alex Kurtzman et Roberto Orci semblent ne pas s’intéresser aux différents personnages, il en va de même en ce qui concerne l’histoire en général. The Amazing Spider-Man : le destin d’un héros multiplie les sous-intrigues qui ne nous amènent finalement à rien. Le long-métrage apparaît comme une succession de scénettes, dont on essaie de nous convaincre qu’elles sont liées d’une manière ou d’une autre. La progression de certains protagonistes est souvent inexplicable, notamment celle de Harry Osborn. Un bien beau galvaudage qui est censé profiter au spectaculaire en accumulant les adversaires à l’homme-araignée. Malheureusement, aucune sensation n’émergera non plus des scènes d’action. Sony retombant dans ses mauvais travers, le matraquage promotionnel orchestré autour du film nous avait déjà dévoilé tous les money shots les plus impressionnants. Même le traditionnel caméo de Stan Lee, qui était l’une des rares choses réussies dans The Amazing Spider-Man, est ici raté et poussif. Jusqu’au bout, tout est fait en sorte de saboter la naissance de la moindre émotion, y compris dans un final ultra prévisible qui aurait pu s’avérer très intense, mais gâché par dix dernières minutes excédentaires, juste bonnes à nous vendre un The Amazing Spider-Man 3.

FICHE FILM
 
Synopsis

Ce n’est un secret pour personne : le plus difficile combat de Spider-Man est celui qu’il mène contre lui-même en tentant de concilier la vie quotidienne de Peter Parker et les lourdes responsabilités de Spider-Man. Mais dans THE AMAZING SPIDER-MAN : LE DESTIN D’UN HÉROS, Peter Parker va devoir faire face à un conflit bien plus grand encore…
Être Spider-Man, c’est vraiment génial. Peter Parker trouve son bonheur entre sa vie de héros bondissant d’un gratte-ciel à l’autre, et les doux moments passés aux côtés de Gwen. Il y a cependant un prix à payer : Spider-Man est le seul à pouvoir protéger les New-Yorkais des terribles menaces qui pèsent sur la ville. Peter va vite découvrir en Electro un adversaire bien plus puissant que lui. Et le retour d’Harry Osborn va l’amener à prendre conscience que tous ses ennemis ont un point commun : Oscorp.