The Admiral: Roaring Currents (Kim Han-min, 2014)

de le 03/11/2014
 
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Festival du Film Coréen de Paris 2014 : séance spéciale.

Voici donc le mastodonte du cinéma coréen de l’été 2014. Le film qui a balayé tous les records au box-office. Et un quatrième long métrage seulement pour son réalisateur, le très doué Kim Han-min, qui poursuit dans la veine historique de sa jeune carrière. Le bonhomme, en plus d’être un cinéaste d’une efficacité redoutable, a tout compris aux ingrédients qui doivent composer un immense succès populaire, à fort potentiel international. Il livre avec The Admiral: Roaring Currents un film de bataille navale de très haut niveau.

The Admiral Roaring Currents 1Dès son troisième film, l’excellent War of the Arrows, tout le potentiel de Kim Han-min se faisait sentir. Totalement capable de réinvestir le film d’action en costumes pour lui apporter une nouvelle dynamique, il aborde l’exercice de la fresque guerrière en pleine mer avec la même acuité. La recette est assez simple et franchement efficace : tout ce qu’il faut pour titiller la fibre patriotique du public, une intrigue solide et un brin tortueuse, des acteurs poussés dans leurs derniers retranchements et du spectacle, beaucoup de spectacle. The Admiral: Roaring Currents est un modèle de construction dans sa réponse à ces innombrables films de stratégie militaire qui se focalisent sur l’amont des opérations pour jouer sur la frustration de ne pas assister au combat. Kim Han-min fait le choix, conscient et payant, de scinder son film de deux heures en deux parties claires et précises : une heure de mise en place et de préparation au combat, suivie d’une heure quasi complète de bataille navale.

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Il contente ainsi à la fois les amateurs de stratégie pure et de cheminements et tractations politiques, et un public bien plus large dont l’attente est tout simplement d’amortir le prix de sa place de cinéma en spectacle qui va en mettre plein les yeux à grands coups de canon dans le flanc de navires de guerre antiques. Porté par un Choi Min-sik grimé en général vieillissant et affaibli, dont le charisme est à peu près inégalé dans le paysage cinématographique coréen (exception faite de , et dans une moindre mesure ), The Admiral: Roaring Currents a tout du film historique qui ne pouvait qu’emmener dans son sillon des millions de spectateurs. Il y a tout d’abord l’attrait du fait historique, la bataille de Myeongnyang au XVIème siècle et la déroute de la gigantesque flotte japonaise (plus de 300 embarcations) face aux 12 navires commandés par Yi Sun-sin. David qui terrasse Goliath, l’intelligence et la stratégie qui enterre la force brute, le schéma n’a rien perdu de son efficacité, et d’autant plus quand les faits se sont déroulés dans la réalité. Niveau symbolisme et flatterie de l’instinct patriote, le film s’impose sans aucune difficulté. Il y a ensuite, évidemment, ce personnage de Yi Sun-sin, général malade délaissé par son propre gouvernement, qui va non seulement livrer la bataille de sa vie dans une mission presque suicidaire, mais également transmettre un bel héritage à son fils. Un héritage militaire mais également spirituel. C’est ici que le film finit par dépasser le simple cadre – et déjà suffisant – du récit d’une bataille navale pour s’intéresser à des personnages délicats. Kim Han-min va se focaliser sur des micro-tragédies, et c’est précisément là qu’il trouvera de l’émotion non forcée.

The Admiral Roaring Currents 3Le personnage campé par Choi Min-sik rejoint immédiatement tous ces grands navigateurs et stratèges militaires de cinéma, dont le dernier en date restait le Russell Crowe de Master & Commander. Le film s’intéresse d’un côté à sa capacité à comprendre et investir son terrain, une mer aux mouvements complexes, dont il devra dompter les courants. Et de l’autre à son talent de leader, capable d’exploiter la force de la peur chez ses hommes comme chez ses ennemis. Le portrait n’est pas simple à tirer et Kim Han-min s’en sort avec les honneurs, faisant de ce personnage une icone, une légende vivante, créant évidemment de l’empathie, mais capable d’atrocités pour que son plan se déroule selon son souhait. En cela, The Admiral: Roaring Currents échappe à la facilité du manichéisme, même si en arrière-plan ce sont les gentils coréens contre les méchants japonais. Si le clan japonais bénéficie de peu de nuances, le pouvoir allant jusqu’à faire appel à un pirate pour mener l’assaut, le clan coréen s’avère plus trouble, pourri par des luttes intestines et des intérêts politiques qui réfutent l’approche purement militaire et noble de l’engagement guerrier.

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La première heure est à ce titre passionnante dans l’ampleur avec laquelle elle plante le décor et les différents enjeux, militaires et humains. Kim Han-min ne laisse aucun personnage de côté et abreuve son récit présent de rancœurs passées pour lui apporter de l’épaisseur. Il met en place, avec un sens du détail remarquable, les pièces sur l’échiquier, marque les puissances en place, ouvre des plaies et offre tout un faisceau de possibilités qui rendent l’issue du combat plus qu’incertaine pour quiconque ne serait pas familier de la conclusion réelle de cette bataille. Ce perfectionnisme s’avère payant car l’ensemble du récit, toujours complexe et potentiellement assommant dès qu’il s’agit de stratégie militaire, s’avère d’une fluidité exemplaire, tout à fait limpide au final. Portrait à la fois d’un leader, d’un combat perdu d’avance, de tout un peuple en révolte face à l’envahisseur et porté par une figure hantée de fantômes qu’il n’a pas peur de rejoindre pour trouver l’apaisement, The Admiral: Roaring Currents joue à fond la carte de la spiritualité et de la psychologie afin de justifier logiquement les agissements à priori absurdes de Yi Sun-sin. Kim Han-min capte parfaitement la terreur face à l’ampleur de la bataille, le doute au sein des troupes, les trahisons inévitables, mais également, et surtout, le souffle épique du désespoir qui devient le plus puissant des moteurs, lorsqu’il est dirigé d’une main de fer.

The Admiral Roaring Currents 5Et tout cela pour aboutir sur une deuxième partie qui frôle avec l’heure complète et qui offre un spectacle absolument grandiose sans la moindre faute de rythme. Toute la partie bataille navale pure de The Admiral: Roaring Currents est un régal, aussi bien au niveau de la mise en place de la stratégie que des affrontements à proprement parler. Les boulets de canon fusent, les navires deviennent des créatures monstrueuses qui s’entrechoquent, la force des courants maritimes y est exploitée avec intelligence, des drames humains et des sacrifices bouleversants s’y jouent à quelques mètres. La démonstration est quasi-totale pour Kim Han-min qui sait parfaitement trouver son rythme et proposer un véritable souffle épique à son récit. Habile conteur, il est également un metteur en scène extrêmement intelligent, aussi bien capable de filmer le chaos grâce à un découpage et des compositions à l’énergie, que de trouver un lyrisme salutaire dans les moments les plus opportuns. Il use par ailleurs de peu d’artifices, se contentant d’un magnifique travelling en plan-séquence le long du navire principal afin de capter le chaos absolu des affrontements au corps à corps lors d’un abordage. Assez virtuose, parfois barbare, logiquement patriotique, toujours spectaculaire et très intelligent dans sa construction classique, alimenté par des drames humains mais usant des violons avec parcimonie, The Admiral: Roaring Currents n’a pas volé son succès historique.

FICHE FILM
 
Synopsis

A la fin du XVIème siècle, le Royaume de Joseon est sous la menace d’une invasion japonaise. La dynastie s’en remet à l’Amiral Yi, commandant de la flotte royale, qui n’a plus à sa disposition qu’une douzaine de navires pour défendre le royaume contre une flotte japonaise qui en compte plus de 300. La bataille de Myeong-Ryang se prépare.