Tel père, tel fils (Hirokazu Koreeda, 2013)

de le 18/05/2013
 
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Après le très beau I Wish, Hirokazu Koreeda reste dans la même veine. Plein de poésie et de douceur, il ausculte le rapport au père comme il avait ausculté le lien invisible entre frères. Et si Tel père, tel fils est un film probablement trop long, un brin maladroit et bâti sur quelques idées reçues, il n’en reste pas moins une de ces fables humaines comme le réalisateur japonais sait si bien les construire. Touchant, simple, parcouru de fulgurances, Tel père, tel fils n’est pas la merveille qu’était Nobody Knows mais contient suffisamment de cœur pour emporter l’adhésion.

Tel père, tel fils c’est tout d’abord un point de départ complètement fou, une histoire surréaliste d’enfants échangés à la maternité entre deux familles que tout oppose. De cette idée très simple, Hirokazu Koreeda tisse une toile d’émotions délicate et fragile, un récit simple à la recherche d’une universalité mais profondément ancré dans la société japonaise contemporaine. En ligne de mire, le modèle patriarcal et ses dérives. Une seule question : la paternité se détermine-t-elle par le sang ou par l’éducation ? Un sujet de philosophie pas si simple auquel Hirokazu Koreeda tente de répondre pendant deux longues heures. Longues car le film souffre de l’amour que porte le réalisateur à ses personnages. Il ne veut pas les lâcher, s’attarde trop, prend trop son temps. En résulte un rythme parfois boitillant d’un film trop long, mais cette tendresse ultime finit par balayer ce petit écart. Ce n’est pas tant la narration qui importe chez Koreeda mais plutôt les personnages et le cœur du récit. Des portraits d’hommes, de femmes, et un éveil presque spirituel à la condition de père. La démonstration passe par l’absurde, par une opposition tantôt grossière, tantôt d’une justesse remarquable.

Tel pere tel fils 1

Si le film peut faire penser, sur le papier, à une relecture de La Vie est un long fleuve tranquille, la sensibilité de Hirokazu Koreeda ainsi que d’évidentes différences culturelles font que Tel père, tel fils finit par s’en éloigner. La filiation entre ces deux films ayant tout de même 25 ans d’écart se résume à l’opposition entre deux familles. Opposition sociale, culturelle, mais surtout une opposition d’éducation et de mode de vie. D’un côté la figure patriarcale japonaise de référence, souvent exploitée au cinéma, avec une mère au foyer et un père totalement dévoué à son travail, absent du domicile et résumant son concept d’éducation à quelque chose de très strict et dénué d’humanité. Une famille qui produit ces petits soldats bien propres sur eux évoluant dans la grande machine professionnelle. En face, une famille qui n’a rien à voir, avec un père qui se la coule douce et participe activement à l’éducation de ses enfants. Une éducation beaucoup moins cadrée, beaucoup plus libre, passant plus par le cœur que par le cerveau. Cette opposition nait autant par le récit que par le cadre, Hirokazu Koreeda en jouant volontiers de façon plus ou moins subtile mais toujours juste. Le film possède un côté bicéphale, sa première partie jouant essentiellement sur l’aspect surréaliste de la situation, développant ainsi un humour qui n’a rien de bien nouveau mais qui reste efficace, d’autant plus qu’il ne quitte jamais sa tendresse envers ces personnages, y compris les moins sympathiques. La seconde partie est quant à elle beaucoup plus sérieuse, cherchant la fibre de l’émotion qui fonctionne à plein régime lorsqu’elle n’est pas poussée. Il y est question de paternité, à savoir qu’est-ce qu’être un père, qu’est-ce qu’être un fils. Le réalisateur n’apporte pas de réponse toute faite même s’il penche assez clairement pour l’abandon d’une éducation stricte à la japonaise, préférant voir un père jouer avec son fils plutôt que le pousser par tous les moyens dans une direction contre-nature. Tel père, tel fils confronte deux philosophies pour une forme d’épanouissement. L’épanouissement du fils qui ne peut se développer sans l’amour du père, mais également, et surtout, l’épanouissement d’un père qui nécessite un électrochoc.

Tel pere tel fils 2

Hirokazu Koreeda choisit la douceur pour illustrer l’éveil, il ne brutalise pas ses personnages et évite en permanence le drame. Tout passe bien évidemment par l’acceptation d’être un fils pour mieux être un père. Cela donne lieu à des séquences qui ne manquent pas de puissance, alors que jamais le réalisateur ne délaisse la douceur de sa mise en scène. Toujours très propre, très maîtrisée, faite de mouvements mélancoliques et de symboles forts, elle participe à la mise en place d’une forme de poésie qui caractérise le cinéma de Hirokazu Koreeda. Là où Tel père, tel fils fonctionne beaucoup moins, c’est dans sa thèse finalement trop basique, voire un peu bête, selon laquelle une éducation à la cool est la meilleure des solutions. La démonstration peut être assez maladroite parfois, bien qu’en fin de compte ce soit la prise de conscience et l’apparition d’un brin d’humanité qui l’emporte. Hirokazu Koreeda maîtrise ses outils narratifs, même s’il fait ce drôle de choix de se focaliser essentiellement sur la famille qu’il pointe comme dysfonctionnelle, relayant la seconde à une position presque illustrative. Dans son dernier acte, essentiellement dramatique, le film prend un véritable envol. Les questionnements un brin grossiers du type « on peut être remplacé au boulot mais pas dans son rôle de père » laissent leur place à des portraits d’enfants intelligents alors qu’ils n’étaient jusque là que des victimes collatérales d’une erreur adulte. Dans Tel père, tel fils, ce sont finalement eux qui règlent le problème, à la fois en posant des vrais questions et en s’affirmant sans se renier pour autant. Le chemin qui mène à une scène formidable, dans laquelle les routes parallèles d’un père et d’un fils découvrant la communication finissent par se rejoindre, pour aboutir au final sur un discours certes simple mais essentiel : c’est la famille qui compte. On a vu plus subtil, plus original, mais l’élégance et la tendresse de Hirokazu Koreeda, avec un discours qui reste juste, avec une émotion vraie, l’emportent sur tout le reste.

FICHE FILM
 
Synopsis

Ryoata, un architecte obsédé par la réussite professionnelle, forme avec sa jeune épouse et leur fils de 6 ans une famille idéale. Tous ses repères volent en éclats quand la maternité de l'hôpital où est né leur enfant leur apprend que deux nourrissons ont été échangés à la naissance : le garçon qu’il a élevé n’est pas le sien et leur fils biologique a grandi dans un milieu plus modeste…