Tale of Tales (Matteo Garrone, 2015)

de le 01/07/2015
 
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Tale of Tales 2Abracadabra. Alors surgit soudainement, en compétition officielle au festival de Cannes, une singulière production italienne qui vient étoffer l’arc de films proposés par le pays à la sélection, aux côtés donc de Paolo Sorrentino et Nanni Morretti. Récit fantastique se déroulant dans un début de Renaissance imaginé, le film de Matteo Garrone (auparavant prix du Jury à Cannes pour Reality) est autant surprenant que déroutant. En cultivant la tradition du conte, moins présente dans le cinéma européen ces dernières années, Tale of Tales (tout est dans le titre) s’en tient à un concept finalement simple, mélangeant plusieurs destinées plus ou moins féeriques au sein de son univers. Sans doute imparfaite, voire même parfois un peu agaçante des suites de son caractère quelque peu vain, la démarche n’en reste pas moins plutôt touchante pour le spectateur enclin à l’émerveillement.

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En quelques plans, on retrouve une ampleur que l’on n’avait peut-être pas revue depuis une quinzaine d’années, depuis Le métier des armes d’Ermanno Orni. L’entrée en la matière est plutôt saisissante dans la mesure où il n’est pas forcément évident d’introduire un « film à costumes » (comme on disait autrefois) fantastique : on a vite fait de se perdre dans le décorum un peu vulgaire ou de paraphraser des visuels préexistants, comme le faisait un peu malheureusement Christophe Gans dans La Belle et la Bête. Et ce, d’autant plus lorsque l’œuvre mêle plusieurs destins, plusieurs petits univers différents à leur manière, dispositif souvent synonyme d’hétérogénéité entre les segments. S’il n’en est rien ici, si aucune partie ne surnage particulièrement par rapport à une autre, c’est peut-être également le nœud du problème principal de Tale of Tales. Qu’a de plus le film à raconter à part ses très belles images et une remise à jour plutôt classique (peut-être convenue ?) des morales du conte adaptant Giambattista Basile ? Est-ce juste une invitation à se perdre dans cet univers fantasmé ?

Tale of Tales 4Si on le prend de la sorte, alors pourquoi pas. Car l’aventure est enivrante, portée par un ensemble de comédiens soignés aux personnages touchants. Une de fois de plus, par ailleurs, on constate tout le potentiel de Salma Hayek, pour laquelle on regrettera toujours de ne pas la voir jouir d’une filmographie un peu plus brillante. Et dans tous les détails du film fourmillent des idées, plus ou moins élégamment exploitées par Garrone, pour le coup remarquable metteur en scène. Avec la très soignée photographie numérique de Peter Suschitzky (dont on n’a plus besoin de louer le talent avec une telle filmographie), faisant respirer tout le relief de l’univers, s’allie, pour la beauté de la forme, la composition d’un Alexandre Desplat inspiré et mélodieux. Autant de paramètres qui font de Tale of Tales une expérience cinématographique agréable. Mais une fois de plus, on se retrouve à se dire que toutes les qualités formelles du film de Garrone sont peut-être conditionnées par la relative vacuité du métrage et son rythme brinquebalant dans un dernier acte tournant en rond.

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Finalement, faudrait-il retenir de Tale of Tales une sorte d’exercice de style formel avec les qualités et limites que le terme implique ? Bien que le constat soit peut-être un peu injuste au vu de ce que le film offre, constamment généreux et bien intentionné, le raccourci demeure tout de même tentant. Alors que l’essentiel de la sympathie que l’on peut avoir pour le film de Garrrone vient essentiellement de ladite singularité de sa production dans un pays qui connaît, pour le moins que l’on puisse dire, une situation culturelle compliquée, on pourra toujours s’amuser à mettre en parallèle la morale du conte sur les castes nobles avec le contexte actuel du pays. Une démarche ambitieuse à soutenir, donc, en espérant la renaissance prochaine d’un cinéma qui a jadis sans doute été le plus riche et le plus diversifié du monde.

FICHE FILM
 
Synopsis

Il était une fois trois royaumes voisins où dans de merveilleux châteaux régnaient rois et reines, princes et princesses : un roi fornicateur et libertin, un autre captivé par un étrange animal, une reine obsédée par son désir d'enfant... Sorciers et fées, monstres redoutables, ogre et vieilles lavandières, saltimbanques et courtisans sont les héros de cette libre interprétation des célèbres contes de Giambattista Basile.