Taken 3 (Olivier Megaton, 2014)

de le 24/01/2015
 
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Taken 3 est un film effrayant. Non seulement il repousse l’absurdité et la bêtise de son prédécesseur vers des limites inconnues, mais il devient, dans son traitement toujours plus frénétique de l’action, une sorte d’objet expérimental globalement incompréhensible qui marque avec effroi les excès du système EuropaCorp.

Taken 3 1La recette d’un bon thriller d’action n’est pourtant pas si compliquée pour un cinéaste qui comprend et maîtrise les outils mis à sa disposition. Un scénario simple et efficace, des personnages solides, des enjeux dramatiques solides et des scènes d’action qui assurent. Autant d’éléments qui font cruellement défaut à Taken 3, qui devrait en toute logique être le dernier opus d’une franchise qui n’en finit plus de s’enfoncer dans le n’importe quoi. Pour son sixième long-métrage, le cinquième pour le compte de Luc Besson, Olivier Megaton réussit l’exploit de faire pire que son précédent, et de livrer ce qui devrait rester comme un incroyable maître-étalon de tout ce qu’un film d’action se doit d’éviter.

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A quelques variations près, la « recette Taken » ne bouge pas d’un poil et ne s’appuie que sur le charisme naturel de Liam Neeson. Charisme qui, au fur et à mesure que ce grand acteur enchaîne les mêmes rôles avec de moins en moins d’implication, prend un sérieux plomb dans l’aile. Non seulement il ne semble plus vraiment concerné et émotionnellement impliqué dans ce qui se trame à l’écran, mais il commence en plus à faiblir au niveau des scènes d’action. Du moins, quand l’œil acéré du spectateur parvient à saisir une bribe d’action. Car autant un nouveau récit débile, qui multiplie les incohérences et les séquences absurdes, reste pardonnable compte tenu du genre et du pédigrée des auteurs, autant le traitement par la mise en scène ne peut l’être. C’est simple, Taken 3 frise l’irregardable. Chaque séquence d’action, qu’il s’agisse d’une poursuite automobile, d’une fusillade ou d’un combat à mains nues, se transforme en attentat d’une violence insoutenable contre la rétine et le cerveau du spectateur. La faute non pas à la construction des cadres d’Olivier Megaton, même s’ils cherchent à en mettre plein la vue plus qu’à servir l’action, mais à un sens du découpage incompréhensible.

Taken 3 3Il est impossible de saisir une information dans la moindre scène, avec une quantité de plans par seconde qui tient du déraisonnable complet. Si Liam Neeson fait un pas, le pas en question donnera lieu à un plan large, un plan sur son pied, un plan sur ses yeux, un second sur son pied depuis un angle différent, suivi d’un raccord dans l’axe au ralenti. Et il en sera de même qu’il fasse un café au mari de son ex-femme ou qu’il cogne des méchants russes. Olivier Megaton et ses monteurs (ils se sont mis à deux pour parvenir à ce résultat) ont visiblement oublié qu’un surdécoupage extrême n’apporte plus aucune énergie à une scène mais, au contraire, finit par la plomber car elle devient incompréhensible, le cerveau du spectateur n’ayant pas le temps d’analyser l’image que lui parvenir son œil, la suivante, totalement différente, pointant déjà le bout de son nez.

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Cette grammaire cinématographique, sorte de rejeton monstrueux des travaux de Michael Bay et Tony Scott, visiblement mal digérés jusque dans la photographie extrêmement saturée d’, transforme un récit un peu simplet, déjà vu, prévisible et bourré de clichés, mais somme toute sympathique, en un objet extrêmement désagréable. Toute l’équipe semble consciente du caractère incompréhensible de tout cela, comme en témoignent les innombrables répétitions de scènes (1/ la scène se passe à l’écran, 2/ la scène est racontée par un personnage secondaire, 3/ la scène repasse en flashback) qui tentent d’apporter une matière artificielle à ces 1h45 qui n’en finissent jamais. Même les cascades et la tôle froissée ont perdu de leur efficacité, avec des incrustations numériques plutôt moches et ce découpage qui ne les met jamais en valeur. Ne reste plus rien dans cet épisode de trop, dans lequel tout le monde semble démissionnaire, y compris Liam Neeson et Forest Whitaker, engoncés dans des personnages devenus simples fonctions pour arrondir leur fin de mois. L’ensemble agace tellement de par son caractère épileptique qu’il n’y a même plus moyen de prendre un petit plaisir devant Liam Neeson qui vient arrêter un avion en plein décollage en lui fonçant dessus au volant de sa Porsche, ou devant quelques lignes de dialogues et situations qui jouent avec un certain degré vis-à-vis des excès caricaturaux des épisodes précédents. Taken 3 est un désastre sur toute la ligne, une agression permanente qui tient de l’aberration filmique.

FICHE FILM
 
Synopsis

L’ex-agent spécial Bryan Mills voit son retour à une vie tranquille bouleversé lorsqu’il est accusé à tort du meurtre de son ex-femme, chez lui, à Los Angeles. En fuite et traqué par l’inspecteur Dotzler, Mills va devoir employer ses compétences particulières une dernière fois pour trouver le véritable coupable, prouver son innocence et protéger la seule personne qui compte désormais pour lui – sa fille.