TAG (Sion Sono, 2015)

de le 09/09/2015
 
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Touchant un point sensible entre espoir béât et nihilisme total, Sono Sion donne ses lettres de noblesse au terme « tragi-comédie » livrant de ce fait l’un des plus beaux films sur l’arrivée à l’âge adulte, célébrant la rébellion comme seule issue à une vie en forme de jeu vidéo dans lequel nos destins sont programmés.

TAG 1Le temps qu’une plume tombe au sol et nous avons déjà vécu des milliards de vies différentes. C’est le postulat de science-fiction de TAG, l’un des sept films tournés par Sono Sion cette année. Mais ne croyez pas à un travail à la chaîne laissant chaque nouveau rejeton bâclé. Dés sa première séquence, TAG affiche une mise en scène brillante, enchaînant avec fluidité travellings et plans aériens ahurissants. Ces vues du ciel, loin d’être gratuites, indiquent dans chaque séquence l’infini des possibles qu’est la vie adolescente. En suivant ces gamines sécher les cours, Sono Sion glorifie ce petit acte effronté et l’érige en mode de vie. Filmant ses héroïnes avec une tendresse touchante, Sion célèbre la rébellion comme seule issue à nos vies aux destins tracés.

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Parce que pour Sono Sion, cette multitude de destins possibles, qui dépendent d’un choix qui peut paraître anodin, est un enfer inextricable. Mitsuko va en faire la douloureuse expérience, projetée tour à tour dans la vie étudiante, dans un mariage puis dans un futur bien sombre, changeant à chaque fois d’allure et d’identité. Si il y a un infini dans TAG, c’est un infini de vies plus isolantes les unes que les autres. Vie après vie, Mitsuko subit, projetée dans des situations (l’école, le mariage, l’accomplissement professionnel) qu’elle n’a jamais choisit.

Cette multitude de destins auxquels Mitsuko prend part font converger le film vers des récits très différents. Cet infini des possibles, c’est aussi celui de Sono Sion qui ne cesse de multiplier les genres dans chacun de ses films. Sur ce point, TAG oscille entre la chronique adolescente, le film gore, de guerre et de science-fiction et passe en quelques minutes d’un crocodile dévorant l’entre-jambe d’une écolière à un ralenti tout en douceur sur des filles se lançant un coussin en riant. Les nombreux déchaînements de violence contrastant avec la tendresse émouvante avec laquelle Sono Sion filme ces jeunes écolières.

TAG 3Dés lors que Mitsuko sera projetée dans ces différentes vies, toute la finalité de TAG consistera à retrouver l’allégresse de la séquence de rébellion scolaire. Mitsuko devra retrouver l’esprit rebelle qui la poussa à sécher les cours, TAG devenant dés lors un récit exagéré sur l’arrivée à l’âge adulte et la volonté de ne pas subir sa vie mais en décider les tenants et aboutissants. Dans une veine quasi vidéoludique dans sa structure qui se révèle au centre de l’intrigue, TAG est un film d’une implacable logique et d’une fluidité exemplaire, le jeu vidéo agissant comme une métaphore ingénieuse de l’inéluctabilité des événements. Pour s’en sortir, Mitsuko devra faire quelque chose inattendu, de spontané et ainsi contrecarrer les plans de l’univers.

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Le désir de rébellion tant attendu de Mitsuko ne prendra ainsi forme qu’à un moment bien précis, celui de la perte de sa virginité. Car à l’intérieur de ces différents destins, c’est l’innocence qui est sans cesse maltraitée, dans chaque vie, chaque situation, cette innocence est entachée, souillée. Ce déterminisme là est central dans TAG. La perte de la virginité devenant alors le dernier rempart contre lequel Mitsuko devra lutter, quitte à le payer de sa vie. Et malgré le ton globalement humoristique du film, la seule issue donnée par Sono Sion à cette vie prédite à l’avance, vouée au désenchantement, est le suicide, réactivant de ce fait le thème qui l’intéressait déjà dans son célèbre Suicide Club.

Malgré tout, TAG est un film rempli d’espoir, nous insurgeant à nous rebeller contre la vie qui nous est donnée. Aussi tendre que violent, c’est un film unique, infiniment sombre et pourtant empreint d’un espoir presque désuet. Si il y a effectivement un champ de possibles infini, il ne mène qu’a différentes vies programmées. Face à cet infini là, Sono Sion nous insurge à nous échapper et quelque part, à sécher les cours de nouveau. Lorsque enfin cette caméra aérienne ne peut plus suivre Mitsuko, ne parvenant plus à l’enfermer dans le plan, c’est qu’elle a enfin décidé de son destin, l’infini est dorénavant déterminé, la menace a disparue et elle est enfin libre.

FICHE FILM
 
Synopsis

Unique rescapée d’une attaque surnaturelle qui a décimé tout son car scolaire, Mitsuko, lycéenne qui a la faculté de voir les morts prochaines, va tenter de sauver ses camarades d’école d’un assaut de fantômes maléfiques.