Superman Returns (Bryan Singer, 2006)

de le 07/06/2013
 
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Bryan Singer aime beaucoup Superman et Richard Donner. C’est essentiellement ce qui ressort de sa vision dans Superman Returns, sorte de suite à Superman II 26 ans plus tard. Tout excité de se frotter au mythe, le plus puissant des superhéros tout de même, il fait preuve d’un respect total tout à fait noble mais qui le force à garder son regard braqué en arrière, tout en faisant évoluer le mythe d’une façon très maladroite. En portant ses efforts sur un Superman plus « humain », il oublie juste que le super-héros de Metropolis est précisément l’inverse de ce statut. En résulte un film bancal, truffé de choix un peu bêtes et qui peine à provoquer un émerveillement comme cela fut le cas à la fin des années 70.

Le paradoxe total que représente Superman Returns tient dans cet amour que porte Bryan Singer au film de Richard Donner. Difficile de lui en vouloir d’aimer si fort le film séminal du superhéros au cinéma, sauf que cette passion se transforme en un terrible handicap. Bryan Singer fait partie de ces artisans dont le travail est tout à fait honorable mais qui n’ont jamais affirmé une quelconque identité, un problème majeur au moment d’aborder Superman qui, à travers les yeux du réalisateur, n’existe pas en dehors de la première interprétation par Richard Donner. Une déférence totale qui provoque chez le réalisateur une sorte de blocage. Ainsi, du magnifique générique d’introduction qui ne peut générer autre chose qu’une onde de frissons à l’apparition du générique de fin qui s’ouvre sur un hommage à la famille Reeves, au cas où l’hommage n’aurait pas été bien saisi par le public, Superman Returns tente de faire du neuf avec du vieux sans réellement proposer d’évolution. Un film qui est au final bien trop ancré dans le passé, prouvant une nouvelle fois que malgré tous ses efforts et sa passion, Bryan Singer n’est pas l’homme de la situation pour aborder le cinéma super-héroïque.

Superman Returns 1

Les problèmes qui plombent Superman Returns sont nombreux, beaucoup trop nombreux. Bryan Singer se montre tout d’abord incapable de faire décoller son film comme son héros le nécessite. Avec un rythme boitillant, il ennuie plus qu’il ne passionne, rendant les 2h30 du film un brin pénibles. A tel point que dès qu’il se met en tête de produire de l’action, avec un certain sens du spectacle il faut bien l’avouer, il est déjà trop tard et la sauce ne prend pas. D’autant plus qu’il a beau aimer son personnage de tout son cœur, il a un mal fou à illustrer la toute-puissance de Superman, la réduisant finalement à lui faire soulever des choses de plus en plus lourdes (jusqu’à l’imagerie un peu lourdingue d’Atlas soutenant le Monde) quand il n’est pas trop occupé à mater la vie privée de sa bien-aimée Lois Lane à travers les murs. Le symbole de la droiture en prend tout de même un coup. Cela découle de l’approche maladroite de Bryan Singer qui cherche par tous les moyens à humaniser son héros jusqu’à en faire une sorte d’icône romantique. Ainsi, le gardien de Metropolis va passer plus de temps à chouiner dans son coin, car sa belle s’est mariée avec le premier couillon venu pendant son absence imprévue, qu’à vaquer à ses occupations de superhéros (sauver le Monde, botter le cul de supervilains, etc). En axant toute son intrigue autour de cette romance, dont le fruit est présenté comme une énorme surprise le temps d’une scène très bien construite alors que la logique de son découpage avait dévoilé le pot-aux-roses très tôt, le réalisateur fait une grossière erreur. Côté héros romantiques, on préfèrera se tourner vers le Hellboy de Guillermo Del Toro ou le Hulk d’Ang Lee qui sur ce point réussissaient le sans faute et ne représentaient pas le héros comme un benêt. D’autant plus qu’il ne prête ainsi pas attention à des détails qui font complètement déraper la machine, avec des personnages vacillants sur leurs fondations, ce qui pose tout de même un sérieux problème.

Superman Returns 2

Lois Lane, campée par la très fade Kate Bosworth, n’est ainsi plus vraiment la femme forte, indépendante et intelligente qu’elle était. Au lieu de ça, elle est une femme instable qui ne sait plus vraiment quel est l’homme de sa vie, qui n’aborde rien frontalement et qui se permet d’être assez bête pour se rendre sur les lieux de son enquête avec son jeune fils. C’est bien beau de se concentrer sur sa relation avec Superman, sauf quand cela se fait au détriment de la construction du personnage. De la même manière, Superman n’est plus traité comme un mythe ou un demi-dieu mais comme un extraterrestre qui se prend pour un humain, soit un traitement du personnage qui balaye tout le parcours initiatique qui lui avait fait prendre conscience de sa condition de superhéros et de sauveur de l’humanité. Une sorte de négation qu’une simple représentation christique d’un Superman tombant vers la Terre ne sauvera pas, quand Spider-Man 2 exploitait le thème avec une toute autre intelligence pour aller jusqu’à la scène du métro aérien. A cela s’ajoute une somme d’incohérences (l’influence fluctuante de la cryptonite sur Superman) qui empêchent clairement Superman Returns de s’élever au-delà du rang de petit blockbuster à plus de 200 millions de dollars de budget mais qui manque sérieusement de rigueur. Toutefois, tout n’est pas à jeter là-dedans car même s’il a cette fâcheuse tendance à reproduire des séquences entières du film de Richard Donner et à user d’une mise en scène purement illustrative, ses choix n’apportant rien en terme de narration par exemple, Bryan Singer parvient tout de même à livrer de belles images. Il touche même du doigt une certaine poésie parfois, ne serait-ce que pour ce plan magnifique où Superman observe la Terre à distance, trouvant alors comment représenter le mythe. Mais ces touches de lucidité sont malheureusement bien trop éparses et n’empêchent pas Superman Returns d’être un beau gâchis, malgré le choix payant et pourtant pas gagné d’avance de confier le rôle à Brandon Routh, et malgré un Kevin Spacey formidable dans la droite lignée des excès de Gene Hackman.

FICHE FILM
 
Synopsis

Alors qu'un ennemi de longue date, Lex Luthor, tente de l'affaiblir en lui dérobant tous ses superpouvoirs, Superman doit faire face à un problème d'un autre genre : Lois Lane, la femme qu'il aime, est partie mener une nouvelle vie loin de lui. Mais l'a-t-elle vraiment oublié ?
Le retour de Superman sera donc ponctué de nombreux défis puisqu'il devra se rapprocher de son amour tout en retrouvant sa place au sein d'une société qui semble ne plus avoir besoin de lui. En tentant de protéger le monde qu'il aime de la destruction totale, Superman se retrouve au centre d'une aventure incroyable qui le mènera des fonds de l'océan à des milliers d'années lumière de notre galaxie.