Star Wars : épisode II – L’attaque des clones (George Lucas, 2002)

de le 25/11/2015
 
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Après un prequel hautement décevant sous forme de longue et laborieuse exposition, George Lucas poursuit sa funeste entreprise de démystification avec L’attaque des clones, l’épisode le plus dramatiquement inconsistant de toute la saga. Un épisode de transition vide de toute substance qui ressemble plus à une telenovela à 115 millions de dollars qu’à un jalon essentiel du plus important space opéra de l’histoire du cinéma. Une boursouflure tellement grotesque qu’elle provoque rires gênés et larmes de désespoir.

Star Wars l'attaque des clones 1L’attaque des clones est sans aucun doute ce qu’il existe de plus médiocre sorti de l’esprit de George Lucas. Peut-être plus embarrassant encore que les divers téléfilms ayant peu à peu torpillé l’univers, à l’image de ceux consacrés aux ewoks. Après avoir opéré un retour loin des espoirs, fondés ou infondés, de l’ensemble des amateurs de la saga, le mogul décide de pousser encore plus loin son entreprise de démystification et de négation de tous les fondements de sa création. Et ce prouvant toujours un peu plus qu’il n’en était peut-être pas la véritable tête pensante. Il fait ici appel à son lieutenant Jonathan Hales (Les Aventures du jeune Indiana Jones, Le Roi scorpion) pour coécrire le script de L’attaque des clones. Et sans grande surprise, l’ensemble fait plus que frôler l’indigence.

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L’épisode II est avant tout un interminable gloubi-boulga politique sans queue ni tête qu’utilise George Lucas afin d’enfumer le spectateur. Il n’y a qu’à voir comment il justifie le vote des pleins pouvoir au sénateur Palpatine, afin de transformer peu à peu la République en ce qui deviendra plus tard l’Empire. La sénatrice Amidala, autrefois Reine de Naboo, se fait représenter au sénat par Jar Jar Binks, crétin notoire qui devient, en plus d’être le personnage le plus détesté de la saga, celui par qui s’installe le fascisme. Le respect de George Lucas pour sa création en est tombé là. Le film vogue à un rythme de sénateur entre différentes intrigues politiques simplistes que le montage complique inutilement, une poignée de batailles et de scènes d’action mollassonnes, et l’histoire d’amour d’une niaiserie sans nom entre Anakin et Amidala. Sur ce point, Lucas se dépasse. A grands coups de « je t’aime », de « on ne peut pas s’aimer », de « finalement on doit vivre notre amour », L’attaque des clones veut la jouer grande romance tragique shakespearienne. Malheureusement, cela ne prend jamais, la faute à un traitement naïf qui ne véhicule aucune émotion. Le réalisateur rate le plus important : insuffler une véritable empathie envers celui qui deviendra le bad guy le plus mythique de l’histoire du cinéma. Impossible de s’intéresser à son destin, seule reste l’attente de voir comment il va se transformer en ce seigneur de guerre tout droit sorti des mythes germaniques.

Star Wars l'attaque des clones 3George Lucas cherche à en mettre plein la vue avec une profusion d’effets numériques, parfois très réussis, parfois déjà obsolètes. Mais qui n’apportent que trop rarement quelque chose à l’intrigue. A l’image de la séquence de l’arène, sorte d’étalage de savoir-faire qui ne sert finalement pas à grand chose, si ce n’est à amener la bataille entre clones et droïdes qui suivra. Mais là encore, le manque d’ampleur de la mise en scène de George Lucas n’aboutit sur rien de mémorable. Côté action, c’est donc très faible, à l’image de la poursuite du premier acte (plus proche du Cinquième élément que de Blade Runner) ou des combats mettant en scène Christopher Lee, dont le charisme immense ne parvient pas à masquer l’indigence de l’écriture du personnage du conte Doku. Le scénario cherche à brouiller bêtement les pistes sur sa nature profonde, mais sans que la révélation ne tienne de la surprise.

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Pire, il finit par faire un peu de peine en s’enfuyant sur un pauvre scooter. L’immense pouvoir qu’on cherche à nous vendre n’est donc finalement jamais palpable à l’écran. Et ce n’est pas son combat face à un Yoda sautillant comme une puce d’un coin à l’autre du cadre (alors qu’il est incapable de marcher à vitesse normale) qui changera quoi que ce soit. Action au ralenti donc, et récit jamais passionnant, plombent tout le projet de L’épisode II. Mais pire que tout, le gros morceau du film, à savoir Anakin Skywalker (interprété mollement par un Hayden Christensen inexpressif au possible), est foiré du début à la fin. Comment croire que cet ado capricieux et arrogant peut un jour devenir général de l’Empire ? Le renoncement de George Lucas, s’exprimant à d’innombrables niveaux (l’inclusion mercantile du personnage de Jango Fett, et donc de Bobba Fett, que Lucas n’a jamais vraiment apprécié au contraire des fans), trouve son sommet lors de l’acte fondateur du basculement d’Anakin. Un massacre qu’il perpétrera bien à l’abris des regards, un éclair de rage que George Lucas n’ose pas affronter et qu’il préfère balayer d’un de ses raccords vieillots.

Star Wars l'attaque des clones 5Un refus de se frotter aux grands mythes qu’il avait pourtant instaurés. Mais également un refus de développer quelque chose lorsqu’il a, par hasard, une bonne idée. Par exemple, ces personnages fascinants d’aliens cloneurs, qui une fois Obi-Wan parti de leur planète disparaissent complètement du récit. Alors qu’ils sont ceux qui ont créé l’armée de clones. A vouloir trop compliquer les choses en multipliant les intrigues parallèles, avec toujours ce découpage mal pensé, George Lucas oublie que le spectateur a besoin d’autre chose que la simple idée de voir ce qui va donner la première trilogie. Non seulement l’histoire qu’il raconte n’a pas grand intérêt et manque cruellement de substance, mais il la raconte en plus très mal. Une catastrophe à tous les niveaux, même la bande originale de John Williams ne semblant pas à sa place.

FICHE FILM
 
Synopsis

Depuis le blocus de la planète Naboo par la Fédération du commerce, la République, gouvernée par le Chancelier Palpatine, connaît une véritable crise. Un groupe de dissidents, mené par le sombre Jedi comte Dooku, manifeste son mécontentement envers le fonctionnement du régime. Le Sénat et la population intergalactique se montrent pour leur part inquiets face à l'émergence d'une telle menace.
Certains sénateurs demandent à ce que la République soit dotée d'une solide armée pour empêcher que la situation ne se détériore davantage. Parallèlement, Padmé Amidala, devenue sénatrice, est menacée par les séparatistes et échappe de justesse à un attentat. Le Padawan Anakin Skywalker est chargé de sa protection. Son maître, Obi-Wan Kenobi, part enquêter sur cette tentative de meurtre et découvre la constitution d'une mystérieuse armée de clones...