Star Wars : épisode I – La Menace fantôme (George Lucas, 1999)

de le 22/11/2015
 
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Il y a 16 ans, George Lucas réalisait le rêve de millions de fans à travers le monde : débuter une nouvelle trilogie dans l’univers Star Wars. Les attentes envers cette « prélogie » furent logiquement démesurées, et la déception n’en fut que plus grande. Et même en y revenant des années plus tard, la pression de l’impatience en moins, rien n’y fait. La Menace fantôme reste un film faiblard conçu pour saborder de façon définitive et spectaculaire un des plus grands mythes de l’histoire du cinéma, si ce n’est le plus grand.

Star Wars la menace fantome 1Alors que le doux souvenir de l’entrée dans la salle ce matin du 13 octobre 1999 s’évapore chaque année un peu plus, celui bien plus amer du même jour mais 2h15 plus tard persiste. 16 ans d’attente pour ça, c’est une tragédie. Mais une tragédie annoncée dès 1997, quand deux ans avant de sortir sa nouvelle trilogie, l’empereur Lucas dévoile les fameuses « éditions spéciales » de la trilogie originale. Des versions retouchées numériquement, remontées, marques d’une vaste entreprise de révisionnisme cinématographique et premiers signes de l’infanticide en route. Passé de rebelle à empereur, George Lucas, assis sur un empire gigantesque, a décidé de détruire le mythe qu’il avait réussi à bâtir. Et évidemment, Star Wars épisode I – La Menace fantôme en porte tous les stigmates et devient le pire film de la saga, en attendant la suite.

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La Menace fantôme est un film qui rabaisse le niveau à tous les points de vue. Quand la première trilogie laissait une grande place aux combats spatiaux, l’action s’y déroule essentiellement au sol. Un parti pris tout à fait cohérent avec l’entreprise dans sa globalité, dont l’objectif est, plutôt que d’étendre l’univers et le mythe, de l’amoindrir. Voire de le détruire. Le plus bel exemple est cette invention des midi-chloriens. Un détail à première vue sauf qu’en rationalisant ainsi ce qu’est la Force, en n’en faisant qu’un élément quantifiable et palpable, c’est toute la dimension fantastique et spirituelle qui s’effondre. Il n’y a pas meilleure solution pour détruire un mythe que de le rationaliser. En éliminant ainsi une loi mystique qui régissait son univers, George Lucas annonce la couleur. Il ne s’agit plus de raconter une histoire pour faire rêver une génération, mais simplement de capitaliser sur un univers extraordinaire sans faire le moindre effort. Seul maître à bord, il pond un scénario d’une banalité affligeante et qui vient tuer dans l’œuf le moindre élément qui lui permettrait de s’élever. La Menace fantôme est le pire exemple de ce que doit être un prequel, dans la mesure où son récit n’avance que dans l’objectif de rejoindre celui de la première trilogie, et pas de raconter une nouvelle histoire qui aboutirait sur une connexion naturelle.

Star Wars la menace fantome 3Il y a pourtant des bonnes idées, comme celle de faire d’Anakin, futur Darth Vader, un équivalent du Christ issu d’une immaculée conception. Sauf que l’illusion ne dure que quelques minutes, car l’enfant aurait en fait été créé par les midi-chloriens. La bêtise est totale. Au même rayon des idées gâchées, Darth Maul et son look formidable qui aura tant alimenté le fantasme. Quasiment absent du film, il n’aura droit essentiellement qu’à un pauvre duel qui ne tiendra même pas ses promesses en terme de spectacle. Et si les premières minutes de La Menace fantôme pouvaient laisser planer le doute ainsi que les espoirs, tout finit par poser problème assez rapidement. Car le film ne possède finalement aucun réel enjeu dramatique interne et s’appuie sur du fan-service au rabais, sorte d’exposition de plus de deux heures pour un univers qui n’en avait absolument pas besoin.

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Dans ses pires moments, La Menace fantôme devient carrément ridicule, avec notamment la présence du personnage le plus horripilant créé par George Lucas : Jar Jar Binks. Pire que tous les ewoks du Retour du Jedi réunis, chacune de ses apparitions crée un sentiment de malaise et de décalage complet avec la gravité finalement toute relative des évènements du récit. Si un personnage de bouffon ou de parasite n’est pas nécessairement un problème, dans la mesure où il en existe dans à peu près tous les grands mythes, celui-ci pose un sérieux problème, en partie à cause d’un humour particulièrement bête et maladroit. Et si Lucas continue de piocher dans Le Héros aux mille visages et l’œuvre d’Akira Kurosawa, il perd semble-t-il toute lucidité au moment d’intégrer ces éléments dans un script rempli de vide et dont l’action ne semble jamais avancer. Il faudra se contenter de trois moments « spectaculaires », en comptant le combat contre Darth Maul. Tout d’abord la fameuse course pods qui cherche à revisiter maladroitement la course de chars de Ben-Hur mais sans trouver le moindre souffle. Même les sensations qu’elle procure, à cause d’un montage peu efficace, ne durent pas. D’autant plus que depuis, des films tels que Speed Racer sont venus la ridiculiser. La seconde est la bataille de Naboo. Brouillon, sans réelle ampleur, avec des décors vides et une action répétitive, elle n’entre malheureusement pas non plus dans les annales.

Star Wars la menace fantome 5A vrai dire, s’il ne restait pas cet univers foisonnant auquel s’accrochent les souvenirs, La Menace fantôme a tout d’une production de seconde zone. Peu d’éléments auxquels prêter une réelle attention. Un C-3PO en construction, un enfant qui deviendra un des plus grands méchants de l’histoire du cinéma, une virée aquatique assez exaltante, des lieux et personnages bien connus et une poignée d’enjeux politiques. Reste également la musique de John Williams et le charisme de Liam Neeson. Mais George Lucas, avec son récit lamentable et sa mise en scène qui ne développe pas la moindre idée, son montage vieillot et son désir d’en mettre plein la vue avec un recours au tout numérique qui ne passe pas l’épreuve du temps, est bien trop occupé à saborder son œuvre pour s’occuper de ce qui aurait pu en faire quelque chose de bien.

FICHE FILM
 
Synopsis

Avant de devenir un célèbre chevalier Jedi, et bien avant de se révéler l’âme la plus noire de la galaxie, Anakin Skywalker est un jeune esclave sur la planète Tatooine. La Force est déjà puissante en lui et il est un remarquable pilote de Podracer. Le maître Jedi Qui-Gon Jinn le découvre et entrevoit alors son immense potentiel. Pendant ce temps, l’armée de droïdes de l’insatiable Fédération du Commerce a envahi Naboo, une planète pacifique, dans le cadre d’un plan secret des Sith visant à accroître leur pouvoir. Pour défendre la reine de Naboo, Amidala, les chevaliers Jedi vont devoir affronter le redoutable Seigneur Sith, Dark Maul.