Star Trek : sans limites (Justin Lin, 2016)

de le 31/07/2016
 
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Avec le réalisateur Justin Lin des Fast and Furious aux commandes et l’acteur Simon Pegg au scénario, la saga de l’Enterprise, du capitaine Kirk et de monsieur Spock espérait se donner un nouveau souffle après un opus relativement déceptif en 2012. Malheureusement, ce Star Trek Sans Limites souffre d’un vrai manque d’émotions et frôle l’anecdotique, malgré nombre de tentatives de casser une routine qui s’était installée.

Star Trek sans limitesLa marque J. J. Abrams commencerait-elle à battre de l’aile ? Jusqu’ici, tout semblait réussir au scénariste-réalisateur-producteur et brillant alchimiste qui redonnait le succès à des franchises en panne. Confiez-lui n’importe quel projet et il saura vous le transformer en reboot doré ! Après avoir fait des miracles sur Mission: Impossible et Star Trek, le créateur très occupé par le retour de Star Wars dû abandonner son troisième épisode des aventures spatiales de l’Enterprise à d’autres mains. La stupeur régna un temps quand le scénariste Roberto Orci avait signé pour reprendre la casquette de réalisateur. Mais tous les mauvais retours sur sa nomination et les nombreuses critiques à l’égard du scénario du précédent Star Trek Into Darkness poussèrent la Paramount à changer son fusil d’épaule. C’est vers un autre faiseur de miracle que les studios hollywoodiens se tournèrent alors. Justin Lin, réalisateur taïwanais responsable de pas moins de quatre volets de la saga Fast and Furious qui virent la franchise repartir de manière exponentielle vers les plus hauts sommets du box office. L’acteur Simon Pegg, reprenant l’ingénieur Montgomery Scott dans Star Trek ou incarnant l’agent Benjamin Dunn dans Mission : Impossible, aura également su convaincre de lui laisser reprendre le scénario, associé au créateur de la série télévisée The Line, Doug Jung.

Star Trek sans limites

Il y a trois ans, le second opus concocté par J. J. Abrams avait déçu l’essentiel du public pour diverses raisons. Tous semblent avoir retenu les leçons de la trop forte influence référentielle et extérieure à laquelle s’était laissé Star Trek Into Darkness pour s’essayer en dehors des sentiers battus. Cela dit, après douze épisodes, c’est une tâche particulièrement compliquée. Nous en étions restés au début d’une mission d’exploration de cinq ans, loin de la Terre. Fini le système solaire donc. Star Trek Sans Limites ose l’original et se lance droit vers l’inconnu. Trois années se sont écoulées et le capitaine Kirk (Chris Pine) galère toujours autant à adapter son style à la diplomatie des nombreuses espèces que croise l’Enterprise dans son voyage. Cependant, l’officier risque-tout qu’il a été a mûri. Alors qu’il arpente les coursives de son vaisseau, lui revient le souvenir de la disparition de son père à bord de l’U.S.S. Kelvin et la question de son avenir à son poste de capitaine se pose. Il en ira de même pour son collègue aux oreilles pointues. La disparition de Leonard Nimoy est respectueusement intégrée à l’univers cinématographique. Elle donnera de l’épaisseur au personnage de Zachary Quinto de n’être désormais plus que le seul Spock de la galaxie, d’autant que sa relation avec la belle Uhura (Zoë Saldana) n’est plus au beau fixe. L’équipage de l’Enterprise s’accordera une pause dans la gigantesque station Yorktown. Très surement la meilleure idée de tout le film et visuellement stupéfiante, Michael Giacchino lui jouera d’ailleurs l’une de ses compositions les plus inspirées de sa carrière lors de sa première apparition à l’écran.

Star Trek sans limitesPas de guerre prévue avec les traditionnels ennemis klingons ou romuliens. L’adversaire du jour est un groupe de combattants menés par un certain Krall ayant une dent contre la Fédération. Idris Elba sera d’ailleurs peu convaincant dans l’incarnation de ce méchant aux motivations assez sommaires, se laissant parfois aller au cabotinage derrière le maquillage extra-terrestre. Ce n’est pourtant pas sa première intervention qui manquera de spectaculaire. L’Enterprise envoyé en mission de sauvetage dans une nébuleuse se retrouvera pris dans un piège tendu par le redoutable Krall, qui fera subir de sérieux dommages au célèbre vaisseau. Les membres clés de son équipage se retrouveront séparés sur une planète pour mieux se retrouver ensuite. Une manière intelligente de remanier le récit en dehors du vaisseau, afin de proposer une aventure différente. S’ajoutera Jaylah (Sofia Boutella) à leurs pérégrinations, une jeune femme forte ayant survécu des années à la présence de Krall sur cette planète. Néanmoins, cette longue étape témoigne d’une pauvreté artistique vis-à-vis des mondes étrangers visités dans les films de 2009 et 2012. Delta Vega, Nibiru ou encore Kronos nous apparaissaient plus menaçantes et/ou originales visuellement en comparaison de cette Altamid qui sert de lieu d’action majeur de Star Trek Sans Limites. Car on a parfois la mauvaise impression de se retrouver devant les décors naturels d’une série télévisée aux effets cache-misère pour palier à un budget limité, tandis que celui du film de Justin Lin avoisine les 185 millions de dollars.

Star Trek sans limites

Or, ce ne sera pas nécessairement les tournoiements de caméra du réalisateur venu de Fast and Furious qui donneront plus de pêche à ce Star Trek. Ne laissant pas assez de temps à l’émotion de se faire entre les protagonistes, Justin Lin ne démontre pas de valeur ajoutée distinctive à l’écran. De la confrontation de l’Enterprise avec un l’essaim d’aéronefs dirigé par Krall et surtout lors du combat final où notre sens de l’orientation sera mis à rude épreuve, Lin aura du mal à placer efficacement son regard dans l’espace quitte à perdre ses propres repères de metteur en scène. Ce dernier ne pourra pas non plus se reposer sur un scénario manquant de suspense, dont chaque obstacle trouve sa solution sur le champ. Des solutions dont quelques unes flirteront avec une cool attitude désinvolte, notamment par certaines interventions musicales pop totalement hors-sujet vis-à-vis de l’ambiance générale instaurée au départ. Tout ceci sans parler du produit d’appel marketing de Rihanna pendant le générique de fin. On ne cessera de se demander dans quelle direction compte nous mener ce nouveau chapitre de la saga Star Trek qui peinera à convaincre les fans de la première heure comme ceux de J. J. Abrams. Qui sait ce que nous réservera le quatrième (ou quatorzième) volet déjà annoncé ? Une prochaine aventure de l’Enterprise qui volera sans son enseigne Pavel Chekov, alors que nous pleurons encore la mort tragique du jeune acteur Anton Yelchin qui l’interprétait et auquel ce Star Trek Sans Limites est dédié.

FICHE FILM
 
Synopsis

Dans STAR TREK : SANS LIMITES, l’équipage s’aventure jusqu’aux confins inexplorés de l’espace, faisant face chacun, comme la Fédération tout entière, à une nouvelle menace.