Star Trek Into Darkness (J.J. Abrams, 2013)

de le 27/04/2013
 
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Il y a quatre ans, J.J. Abrams réussissait un beau pari avec Star Trek, à savoir contenter une partie des trekkies avec son univers alternatif et donner un accès aux profanes à cet univers si imposant, le tout dans un blockbuster certes très imparfait mais qui assurait un divertissement de haute volée. Quatre ans plus tard, Star Trek Into Darkness poursuit l’aventure en étant plus spectaculaire, plus maîtrisé en terme de réalisation, mais cette fois relativement inaccessible aux non-initiés et cloué au sol par un scénario faiblard signé du trio infernal Orci/Kurtzman/Lindelof.

J.J. Abrams est un réalisateur sympathique, et ce pour une raison très simple : il est cinéphile(phage) à tendance geek et donc nécessairement proche de son public. Il fait des films autant pour se faire plaisir que pour partager des passions communes, et cela se ressent autant dans ses créations pour la TV que pour le cinéma. Le problème est que derrière cette générosité, très noble, il reste un réalisateur loin d’être génial et oublie parfois que le public de ses films est bien plus large que ce qu’il pense. Après son Super 8 bien trop écrasé par sa volonté de singer le maître Spielberg, à tel point qu’il en perdait toute personnalité, il revient à l’univers de Star Trek qu’il avait abordé intelligemment lors de son premier essai. Intelligemment car il avait su contenter au moins une partie du public trekkie tout en ouvrant son film aux profanes. Avec Star Trek Into Darkness il change son fusil d’épaule, et pris en flagrant délit d’initiés, il livre une odyssée ramassée et spectaculaire dont les ponts avec toute une saga cinématographique vieille de plus de trente ans sont tellement nombreux, et ont une telle importance dans sa narration, qu’il met immédiatement à l’écart quiconque n’est pas familier avec l’univers de Star Trek.

HH

Symptomatique de ce fan service érigé en principe narratif, le traitement du bad guy interprété, brillamment, par Benedict Cumberbatch. Au beau milieu du film nous est révélée sa véritable identité, une séquence visiblement très importante étant donné le ton extrêmement solennel de la chose, sauf qu’un œil complètement extérieur à la franchise n’y verra en rien une révélation majeure. Cette façon d’aborder l’exercice crée un déséquilibre franchement gênant, accentué par un traitement du récit plutôt vulgaire. Il y a un manque flagrant d’ampleur dans Star Trek Into Darkness. Un manque qui frappe autant le traitement du bad guy dont la toute puissance est à peine évoquée, alors qu’il se trouve iconisé de façon presque biblique le temps d’un gunfight étonnamment réussi, que le récit dans sa globalité. Le film se résume ainsi à un simple aller-retour au cours duquel sont avortées diverses pistes narratives à priori passionnantes. Le tout assaisonné d’une poignée d’effets de surprise qui ne surprendront que les moins attentifs tant ils sont attendus de longues minutes avant d’apparaitre à l’écran. Le trio de scénaristes passe ainsi à côté de la grandeur nécessaire à un space opéra digne de ce nom, lui préférant travailler l’intime mais toujours en surface. Qu’il s’agisse de la notion de filiation et donc d’héritage, de la destinée, de l’amitié cordiale ou de la responsabilité illustrée par une forme de passage à l’âge adulte, tout semble survolé au profit d’un grand spectacle qui manque sérieusement de coffre. Tout le paradoxe de Star Trek Into Darkness se situe dans le gouffre qui sépare le récit en lui-même de son traitement par la mise en scène. D’un côté on trouve une volonté de rester très terre-à-terre, avec des enjeux réduits au minimum (alors que le film aborde tout de même le sujet du terrorisme et qu’il le traite justement, avant de l’abandonner) tandis que de l’autre on assiste à une démonstration de force visuelle et sonore. Le spectacle est au rendez-vous mais il ne trouve pas véritablement de justification.

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La profusion de personnages est à peine exploitée, tout comme la potentielle menace, tandis que la notion de sacrifice nous est rabâchée encore et encore jusqu’à l’écœurement et finalement sans véritable conséquence sur l’évolution des personnages. Pourtant, Star Trek Into Darkness fonctionne. Il y a comme un coup de génie quelque part du moment où on accepte de passer à côté de la multitude de clins d’œils réservés aux aficionados et de ne pas trop chercher une quelconque dramaturgie. Le traitement émotionnel est facile mais fonctionne relativement bien, l’humour pince-sans-rire y est toujours aussi efficace, et les relations entre les personnages centraux bénéficient également d’un traitement de choix. Mais là où le film impressionne, c’est dans sa débauche de moyens pour construire un univers et y faire vivre de l’action. Étonnamment lisible malgré un découpage qui frôle l’hystérie, Star Trek Into Darkness possède un souffle visuel indéniable qui en fait un spectacle certes basique mais souvent étourdissant. Les séquences d’action sont nombreuses et généreuses, la mise en scène de J.J. Abrams se montre de plus en plus précise film après film et le travail effectué par ILM est tout simplement monstrueux. Par moments, Star Trek Into Darkness semble libérer les enfers dans une symphonie de violence, trouvant dans son traitement de l’image l’ampleur manquant à son scénario. C’est efficace et plutôt joli à voir, d’autant plus que la composition de Michael Giacchino est un nouveau modèle du genre, là encore très spectaculaire. Cependant, ci J.J. Abrams s’impose de plus en plus en véritable metteur en scène comme en attestent nombre de séquences de ce film, il reste fidèle à ses tics assez embarrassants. Au sujet des fameux lens flares, il s’est à peine calmé, utilisant cet effet sans qu’il n’ait véritablement de sens dans sa mise en scène. Mais cela reste un vrai problème lorsque par exemple, il ouvre une séquence de monologue avec Alice Eve, invisible derrière un écran bleu éblouissant le spectateur, rendant la scène risible. De la même manière, son goût pour le dutch angle est toujours au rendez-vous, avec des cadres inclinés dans tous les sens et là encore, sans justification. Ce n’est pas tant l’utilisation de ces effets de mise en scène qui est problématique, mais plutôt leur utilisation systématique et donc non justifiée. On passera sur quelques gros faux raccords et une tendance à la distorsion temporelle, ou encore des choix de montage douteux qui viennent appauvrir des séquences géniales (un vol de deux personnages propulsés dans l’espace, clairement LA scène du film en terme de tension) car dans l’ensemble le spectacle est au rendez-vous. De la même façon, on ne reprochera pas à J.J. Abrams de se réapproprier des séquences complètes de ses modèles (Star Wars, Avatar, Minority Report ou 2001 l’odyssée de l’espace), tant elles sont dans le ton, mais il faudra qu’un jour il s’affirme en tant que créateur. C’est ce qu’on espère pour Star Wars VII, car malgré toutes les réserves légitimes, il pourrait bien être l’homme de la situation.

FICHE FILM
 
Synopsis

Alors qu’il rentre à sa base, l’équipage de l’Enterprise doit faire face à des forces terroristes implacables au sein même de son organisation. L’ennemi a fait exploser la flotte et tout ce qu’elle représentait, plongeant notre monde dans le chaos…
Dans un monde en guerre, le Capitaine Kirk, animé par la vengeance, se lance dans une véritable chasse à l’homme, pour neutraliser celui qui représente à lui seul une arme de destruction massive.
Nos héros entrent dans un jeu d’échecs mortel. L’amour sera menacé, des amitiés seront brisées et des sacrifices devront être faits dans la seule famille qu’il reste à Kirk : son équipe.