Spy (Paul Feig, 2015)

de le 09/05/2016
 
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En ce moment dans le viseur de la planète cinéphile avec son remake 100% féminin de Ghostbusters, Paul Feig signait avec Spy un film étonnant et d’une modernité totale. A l’heure où le maître de la comédie d’action, Shane Black, semble vraiment de retour, Spy apporte une réponse qui ne manque ni d’idées ni de talents, mais qui est pourtant passée tristement inaperçue.

Spy Paul FeigProche de Judd Apatow, avec qui il avait donné naissance à la série TV Freaks & Geeks, Paul Feig partage avec le réalisateur de 40 ans toujours puceau une faculté à capter l’air du temps, avec toutefois un regard plus moderne. Après Les Flingueuses, qui revisitait brillamment le genre du buddy movie en modernisant les codes créés par Shane Black, nouvelle cure de jouvence pour un autre genre aux codes bien précis : le film d’espionnage. En ligne de mire bien entendu, James Bond, ou le film d’espionnage typé action, surréaliste et misogyne, qui n’est pas allé au bout de sa révolution avec Casino Royale. En effet, à quoi sont réduites les femmes dans cette franchise ? D’un côté, M en mère de substitution, de l’autre les James Bond Girls dont l’unique raison d’exister est de tomber sous le charme du héros et de finir dans son lit. Avec Spy, Paul Feig vient dynamiter ces codes ringards, mais sans condescendance, et en gardant la volonté de proposer un grand spectacle digne de ce nom.

Spy Paul Feig

Pour cela, il s’appuie bien évidemment sur sa muse et accessoirement l’actrice comique la plus drôle du moment (hommes et femmes confondus), Melissa McCarthy, pour renverser les conventions. Il le fait naturellement et intelligemment via une séquence d’ouverture dans laquelle un James Bond incarné par Jude Law ne pourrait être si exceptionnel sans l’aide précieuse d’un agent de l’ombre anticipant les évènement derrière son écran d’ordinateur, Melissa McCarthy justement. Il offre à l’actrice un rôle sur mesure dans un film ouvertement féministe qui parodie le genre sans jamais le prendre de haut. Ainsi, l’action se montre largement au rendez-vous, tout comme un humour parfois basé sur des éléments très violents (voire gores à l’image d’une gorge sectionnée plein cadre), mais également un récit qui voyage bien volontiers d’un continent à l’autre. La notion de féminisme est ici un élément de modernité, dans un genre typiquement masculin et généralement sexiste. Mais il ne constitue pas une fin en soi, c’est un élément essentiel qui permet de faire vriller les codes en inversant les rôles. L’agent invisible au physique pataud, introvertie et gaffeuse devient une véritable héroïne d’action à travers une forme de parcours initiatique. L’agent classique et séducteur devient un idiot se faisant mener par le bout du nez, tandis que l’action hero par excellence devient un ressort comique formidable.

Spy Paul FeigVéritable surprise du film, même s’il a déjà par ailleurs montré ses talents de comédien et son second degré, Jason Statham incarne à merveille l’agent rageux, collectionneur de performances surréalistes (pour certaines directement influencées par ses prestations dans d’autres films pour apporter un côté post-moderne supplémentaire, citant ses exploits dans la saga Fast & Furious ou dans Crank), frimeur mais désespérément simplet. Ce qui le rend d’autant plus attachant que l’acteur n’hésite pas à se mettre en retrait pour que brille Melissa McCarthy. Ce qui fait de Spy un film pas comme les autres. Un cinéma populaire qui n’a pas besoin de montrer les muscles ou de transpirer la testostérone pour livrer de l’action à plein régime. Preuve qu’avec un peu de bonne volonté et de bonnes idées, proposer aux femmes des rôles à leur mesure sans les enfermer dans des motifs usés jusqu’à l’os, c’est possible à Hollywood et pas seulement chez James Cameron.

Spy Paul Feig

Et si l’action est au rendez-vous, le film n’ayant rien à envier aux derniers James Bond ou Jason Bourne, les mettant même à l’amende sans grande difficulté, Spy se montre d’une efficacité redoutable dans le registre de la comédie. Et ce à travers une forme d’humour protéiforme jouant autant sur des dialogues incisifs que sur un comique de situation directement lié à l’action. Le tempo comique de Melissa McCarthy fait des ravages, évidemment, à travers un humour extrêmement sophistiqué qui induit une parodie de jouant pas la facilité de l’humour bébête. Mais elle s’impose surtout comme une figure de résistance. L’actrice, qui ne correspond en rien aux canons en vigueur dans le cinéma d’action hollywoodien (en gros : sois sexy et bats-toi comme un homme pour pouvoir avoir l’honneur d’emballer le véritable héros), incarne un agent aux capacités exceptionnelles mais qui a été mise au placard car c’est une femme et qu’elle ne correspond pas à la « norme ». Paul Feig tord volontiers le cou à ces conventions d’un autre temps et signe un film clairement militant. Mais sa profession de foi s’inscrit tout naturellement dans le déroulé d’un film d’espionnage de haut vol, mis en scène sans génie mais avec une réelle efficacité et un sens du rythme absolument parfait. C’est surtout la preuve que ça fonctionne et qu’Hollywood peut aujourd’hui produire de l’action sans salir l’image de la femme comme il se le permet encore dans ses plus gros succès du genre, de Kingsman à Mission impossible : Rogue Nation.

FICHE FILM
 
Synopsis

Susan Cooper est une modeste et discrète analyste au siège de la CIA. Héroïne méconnue, elle assiste à distance l’un des meilleurs espions de l’agence, Bradley Fine, dans ses missions les plus périlleuses. Lorsque Fine disparaît et que la couverture d’un autre agent est compromise, Susan se porte volontaire pour infiltrer le redoutable univers des marchands d’armes et tenter d’éviter une attaque nucléaire…