SPL 2 : a Time for Consequences (Soi Cheang, 2015)

de le 20/11/2015
 
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Malgré la surprise de voir débarquer cette suite improbable, il faut bien avouer que SPL 2 : a Time for Consequences est clairement une des plus belles choses qui soient arrivées au cinéma HK depuis de nombreuses années. Extrême, brutal, noir et dramatique, le nouveau film de Soi Cheang le renvoie à la place qu’il mérite : celle des plus grands réalisateurs en activité à Hong Kong, à la fois novateur, efficace et on ne peut plus généreux.

SPL 2 1A sa sortie, SPL frappait un grand coup sur la table afin de rappeler à quel point le cinéma d’action moderne prenait racine dans le cinéma de Hong Kong. Et ce après une grosse gifle assénée au genre par la Thaïlande, notamment avec les performances martiales et les cascades de Tony Jaa dans Ong Bak, film qui venait remettre en cause la suprématie de l’ancienne colonie britannique. Le film de Wilson Yip, s’il n’était pas si généreux en action, privilégiait la qualité à la quantité avec au moins deux séquences dantesques, le tout enrobé d’un drame puissant. 10 ans plus tard, une « suite » voit le jour après que plusieurs prequels aient été envisagés. Mais une suite qui n’en est pas tout à fait une, les évènements n’étant pas vraiment liés et certains acteurs faisant leur retour dans des rôles tout à fait différents.

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L’ambition est d’ailleurs d’un tout autre niveau. Soi Cheang apporte un souffle nouveau, en plus de son savoir-faire. Tous les curseurs ont été repoussés à la hausse, à l’exception du mélo qui recule largement. Ainsi, le film est plus noir, plus violent, plus lyrique et beaucoup plus spectaculaire. En terme d’action, on atteint ici des sommets, notamment grâce à la présence de trois vrais artistes martiaux (Tony Jaa, Jacky Wu Jing et John Zhang Jin) dirigés de main de maître par le chorégraphe des combats et réalisateur des séquences d’action Nicky Li Chung-Chi. Ce dernier est loin de n’avoir travaillé que sur des chefs d’œuvres mais il livre ici son travail le plus abouti en terme d’ampleur et de lisibilité. Il parvient même à inclure, de façon tout à fait naturelle dans des combats très typés HK, les mouvements signatures de Tony Jaa par exemple. De véritables tours de force qui alimentent un nombre considérable de scènes d’action toutes plus spectaculaires les unes que les autres, avec un énorme combat dans une prison qui vient sans problème titiller une séquence assez proche dans The Raid 2. Le goût pour la violence la plus brutale possible de Soi Cheang s’exprime par ailleurs dans chacune de ces séquences, comme par exemple à travers les séquences punitives et mortelles mettant en scène l’assassin aux couteaux incarné par Babyjohn Choi. Comme c’était déjà le cas avec Dog Bite Dog, on se croirait presque revenus à la grande époque des Prison on Fire et autres œuvres nihilistes de Ringo Lam.

SPL 2 3Là où Soi Cheang réussit également son pari, c’est au niveau du récit. Une histoire pleine de ramifications et de nombreux personnages qui vont interagir de façon généralement naturelle, même si le scénario n’évite pas quelques fois des rencontres opportunes un brin artificielles. Et si l’ensemble peine légèrement au démarrage, créant une légère confusion de par la profusion d’informations, tout se met assez rapidement en place afin de bâtir un tout très cohérent. Avec en toile de fond une intrigue mettant en scène un vaste trafic d’organes et d’êtres humains, SPL 2 : a Time for Consequences embrasse bien volontiers un propos excessivement glauque, toutefois contrebalancé par un arc narratif très touchant autour du personnage de la fille de Tony Jaa.

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Soi Cheang place volontiers ses personnages face à des choix moraux impossibles, ce qui apporte encore un peu de matière dramatique à son film. Il n’hésite pas non plus à venir perturber les certitudes en alternant parfois, à un ensemble de séquences très sombres, des scènes très lumineuses, voire cliniques. Le jeu sur les contrastes est saisissant, et se ressent autant dans la photographie de Kenny Tse que dans l’écriture des personnages. Grâce aux situations qu’il crée, il évite de les cloisonner dans des archétypes immuables, même si au final les gentils restent gentils et les méchants très méchants. Mais il apporte de la nuance à tout cela, grâce à une certaine humanité insufflée à ces personnages dont le seul objectif reste la survie. D’eux-mêmes ou de leurs proches. Ainsi, le personnage de Simon Yam s’avère particulièrement touchant, revisitant avec talent la figure bien connue du commandant de police prenant soin de son poulain infiltré. Et de cette multitude de sous-intrigues s’emboîtant assez élégamment, fruit d’un découpage particulièrement efficace et d’un montage suffisamment nerveux, émerge une énergie assez folle. Cette fois, il s’agit d’un vrai film d’action, au sens le plus noble qui soit, couplé à un polar on ne peut plus sombre.

SPL 2 5Soi Cheang prouve également, à nouveau, qu’il est un excellent directeur d’acteurs. Car si Simon Yam et Louis Koo déçoivent rarement, on ne peut pas en dire autant de Tony Jaa et Jacky Wu Jing, souvent faibles en dehors de leurs performances purement physiques. Ils montrent ici qu’ils sont non seulement capables de jouer, mais surtout de bien jouer, véhiculant parfois de belles émotions. Pourtant, tout ce petit monde se fait voler la vedette par John Zhang Jin. Il n’est pas celui qui bénéficie du plus de temps d’apparition à l’écran mais éclipse tout le monde dès qu’il entre dans le cadre. Un charisme tout à fait naturel doublé de compétences martiales assez exceptionnelles, autant dans les mouvements que dans leur rapidité d’exécution. En définitive, Soi Cheang réussit parfaitement sa mission et signe peut-être son meilleur film à ce jour. Un vrai film d’action qui fait mal, superbement mis en scène et dont l’intrigue est loin de n’être qu’un prétexte.