Spider-Man 3 (Sam Raimi, 2007)

de le 27/04/2014
 
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Globalement conspué pour des raisons incompréhensibles, Spider-Man 3 se traîne cette image de vilain petit canard de la trilogie de Sam Raimi consacrée à l’homme-araignée. Pourtant, si le film souffre de quelques vrais problèmes, en grande partie liés à sa gestation difficile, il vient conclure souvent magistralement et suivant une logique imparable la réflexion opérée sur ce super-héros pas comme les autres. Sept ans après sa sortie, il reste plusieurs coudée au-dessus de la mêlée des blockbusters actuels, sans même mentionner le traitement assez méprisable du reboot par Marc Webb.

spiderman-3-1Spider-Man 3 est un film qui a énormément souffert de sa production. La faute à un homme en particulier, Avi Arad, qui a imposé à Sam Raimi d’inclure le personnage de Venom dans un but purement mercantile, tandis que le réalisateur souhaitait que le second bad guy de ce troisième épisode soit Le Vautour, visiblement moins vendeur pour les exécutifs. Le résultat laisse malheureusement transparaître ce choix imposé et Venom, élément pourtant passionnant, ressemble à une pièce rapportée traitée par-dessus la jambe. Cette impression de désintérêt total se retrouve jusque dans le choix aberrant de l’insipide Topher Grace pour incarner Eddie Brock, ne véhiculant aucune émotion digne de ce nom. Le plus ennuyeux avec un film dont le script a été littéralement charcuté pour inclure un élément indésirable, est qu’il souffre d’une narration posant de gros problème de fluidité, avec des personnages disparaissant du cadre pendant trop longtemps, ainsi que de doublons thématiques qui viennent alourdir une intrigue déjà très dense.

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Avec pas moins de six personnages majeurs, chacun ayant droit à son propre arc narratif, Spider-Man 3 est clairement le film le plus riche de la trilogie. A tel point que l’idée initiale d’Alvin Sargent d’en faire deux films plutôt qu’un parait aujourd’hui bien plus juste. Quoi qu’il en soit, les choses étant ce qu’elles sont, Sam Raimi n’a pas eu d’autre choix que de faire avec ce scénario lui ayant en partie échappé pour poursuivre la construction de sa cathédrale super-héroïque. En tant que troisième acte de sa trilogie, le film fonctionne parfaitement car il suit un cheminement tout à fait logique. Après l’enfance et l’adolescence, Spider-Man 3 est le film de l’âge adulte et des nouveaux choix que cette période représente dans le parcours de construction de l’être humain. Le choix, thème central de la trilogie, et ce jusqu’aux derniers mots prononcés par Peter Parker. Qui dit âge adulte dit nouveaux enjeux, nouveaux drames et nouvelle façon d’aborder la double vie que représente le costume de Spiderman. Sam Raimi aborde l’exercice avec toujours la même intelligence, celle de proposer un nouvel éclairage sur des séquences essentielles des films précédents mais également de reproduire certaines séquences en les adaptant complètement à l’évolution de son personnage central. Ainsi, des éléments liés à l’affrontement entre Spiderman et le bouffon vert sont répétés avec Harry Osborn qui va revêtir un costume modernisé par rapport à celui de son père, le motif des personnages féminins suspendus dans le vide ou dans un véhicule instable en hauteur, les conversations avec tante May, et tous les rapports entre Peter et des personnages croisés précédemment, sont revisités via le prisme d’un personnage traversant une nouvelle crise qui va définitivement l’installer dans l’âge adulte. Ce parcours passera notamment par la notion de pardon, symbole de maturité chez l’homme, mais également par la volonté d’engagement. Un parcours logique malheureusement avorté dès lors que Sony a mis fin au projet Spider-Man 4 qui aurait dû conclure l’ensemble.

spiderman-3-3Il est souvent reproché à Spider-Man 3 son passage avec un Peter Parker au look emo, qui gambade bêtement dans la rue et se fend d’une séquence toute droit sortie d’une comédie musicale. Outre le fait que la scène en question est un modèle de dynamisme dans son découpage et sa mise en scène, prouvant que Sam Raimi pourrait très bien réaliser une pure comédie musicale dans l’avenir, le passage est essentiel dans la logique de la trilogie. En effet, il traduit par l’absurde une étape un peu bête de l’âge adulte, à savoir la crise de la quarantaine, ou de la cinquantaine, au cours de laquelle un homme endossera un costume qui n’est pas le sien avant de se rendre compte de sa bêtise. Ce passage est donc essentiel, et son aspect quelque part ridicule s’avère absolument logique compte tenu du propos. Tout n’est affaire que de cohérence entre un sujet et son traitement, soit ce qui fait la différence entre un grand réalisateur capable d’apporter un regard de cinéaste à un sujet et un vulgaire faiseur s’appuyant sur des effets auxquels il ne peut donner de sens.

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Cette logique d’un film « adulte » se retrouve d’ailleurs dans tous les personnages qui entourent Peter Parker et qui se retrouvent confrontés à des situations inconnues du monde de l’enfance, et même de l’adolescence. MJ qui se retrouve face à des mauvaises critiques et qui doit renoncer à ses rêves en découvrant la dure réalité du monde du spectacle, Harry qui va devoir faire le deuil de son père et accepter la réalité des évènements ayant provoqué son décès, après avoir goûté au doux parfum du mal absolu, Eddie, incarnation malsaine des dérives d’une presse manipulatrice et ne refusant aucun coup bas, qui fera face aux conséquences d’une erreur professionnelle grave, et enfin  Flint Marko, personnage pivot et ambigu dont les mauvaises actions sont guidées par le plus noble des objectifs. Ces multiples confrontations au monde des adultes influent considérablement sur l’évolution de Peter/Spiderman et son rapport au monde. Ainsi, sa quête d’amour cristallisée dans le second épisode enfin atteinte (ses premières paroles ici, en voix off, font état de tout l’amour que lui porte le peuple, ce qui le galvanise) se mue en une quête de l’adulte qu’il sera. Il cherchera à atteindre une paix intérieure, afin d’apaiser ses démons, ce qui passe nécessairement par un affrontement avec lui-même. C’est sur ce point que le film s’avère redondant par l’inclusion de Venom. Ce dernier est censé représenter la part d’ombre de Spiderman, élément déjà présent par la simple présence du symbiote et du costume noir, mais également par le personnage de Peter lui-même, avec la motivation liée à l’apparition du véritable assassin d’oncle Ben et les regrets entraînés par l’acte vengeur du premier opus.

spiderman-3-4A problématiques adultes, traitement adulte, via un mode de narration qui peut déranger mais qui s’accorde pourtant à l’idée selon laquelle le véritable ennemi de Spiderman dans cet épisode est Spiderman et nul autre. Ainsi, chaque bad guy désigné comme tel (Sandman, Venom et New Goblin) quitte parfois le cadre de l’action de façon prolongée. Le procédé s’avère parfois gênant et traduit des modifications brutales apportées au script, mais colle finalement bien à l’idée générale. C’est toujours Tobey Maguire, incarnation parfaite du nerd nommé Peter Parker, et Kirsten Dunst, complexe Mary Jane, qui occupent en majorité l’espace et le récit. Leur histoire d’amour est toujours l’élément principal de l’intrigue, entraînant des détours dramatiques parfois très cruel, notamment autour du personnage d’Harry et de l’évolution de sa mémoire perdue. James Franco se montre d’ailleurs bien plus troublant dans ce film et ses dernières scènes sont assez bouleversantes. Au rayon des mauvais choix imposés, celui de Gwen Stacy dont Sam Raimi ne voulait pas entraîne la présence d’un personnage bâclé et qui vient alourdir et détourner inutilement le récit, déjà très, voire trop, dense.

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Spider-Man 3, au-delà de ses menus défauts dont cette sensation de surcharge et d’éparpillement, reste un blockbuster souvent virtuose. Porté par la mise en scène d’une intelligence rare d’un Sam Raimi en pleine possession de ses moyens (y compris dans les séquences intimes ou les quelques moments de pure comédie), le film reste une référence à bien des nouveaux. Les moments de grâce sont légion, à l’image de cette séquence de pure poésie qu’est la naissance du Sandman et son mouvement opératique le filmant comme une sorte de jeune animal se levant pour la première fois sur ses pattes. Sans aucun doute la plus belle scène de toute la trilogie en terme de scénographie et d’émotion. Mais Spider-Man 3 représente également un condensé d’action remarquable. Chaque affrontement, chaque séquence de voltige, est un petit monument avec une réinvention permanente de la grammaire de l’action. Avec en point d’orgue un combat final titanesque, littéralement, qui fait intervenir des éléments directement issus du kaiju eiga avec une gestion assez géniale des rapports d’échelle, une vraie tactique basée sur l’entraide et l’exploitation logique des pouvoirs de chaque personnage (ou comment faire la leçon au triste Avengers en une scène) et l’inclusion d’éléments empruntés au cinéma d’horreur afin de bâtir une vraie zone de tension. Sam Raimi n’hésite devant rien, qu’il s’agisse de faire mourir un personnage essentiel ou de jouer dans la surenchère pyrotechnique, de sorte à en tirer une succession de scènes d’action qui ridiculisent les 3/4 de la production actuelle. Il faut voir avec quelle maestria est géré le tempo de l’action, avec des zones de pur flottement présents pour agir sur le souffle du spectateur. Le plus beau étant que derrière la démonstration de force se niche une tragédie gigantesque de par ses ramifications (tout ce qui concerne le Sandman est très touchant) et son rapport intime à la nature même de ce qui caractérise un héros, mais également un simple être humain. De quoi faire regretter amèrement de lui avoir retiré le contrôle de la franchise au profit d’un yes-man servant de la soupe aux tétards.

FICHE FILM
 
Synopsis

Peter Parker a enfin réussi à concilier son amour pour Mary-Jane et ses devoirs de super-héros. Mais l'horizon s'obscurcit. La brutale mutation de son costume, qui devient noir, décuple ses pouvoirs et transforme également sa personnalité pour laisser ressortir l'aspect sombre et vengeur que Peter s'efforce de contrôler.
Sous l'influence de son costume, Peter devient trop sûr de lui et commence à négliger ses proches. Contraint de choisir entre le pouvoir si séduisant de ce nouveau costume et la compassion qui le caractérisait avant, Peter va faire face à ses démons lorsqu'il affrontera deux des pires méchants de l'histoire, l'Homme-sable et Vénom, dont l'extraordinaire puissance et la soif de vengeance menacent Peter et tous ceux qui lui sont chers.