Sous surveillance (Robert Redford, 2012)

de le 03/05/2013
 
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Après que sa Conspiration ait été privée d’une sortie en salles en France, Robert Redford revient avec un faux thriller politique et vrai film intimiste autour d’un homme face à son passé. Derrière la forme d’académisme et une narration loin des canons en vogue à Hollywood, l’acteur-réalisateur sait toujours raconter des histoires et faire vivre de vrais personnages dans son cadre. Et si Sous surveillance ne manque pas de défauts assez handicapants, le résultat est truffé de belles idées mises en scène avec une application de chaque instant.

Robert Redford, un propos politique, des journalistes… évidemment, l’ombre des Hommes du président d’Alan J. Pakula plane sur Sous surveillance. L’acteur reconverti réalisateur, qui ne rate pas une occasion de se mettre en scène, est depuis toujours un homme engagé et ses trois derniers films se focalisent ainsi sur des éléments rongeant le pays de la liberté. Avec Sous surveillance, sous couvert d’une intrigue un brin pataude renonçant à cette course à la vitesse rongeant le cinéma hollywoodien, il s’attaque de front à divers sujets allant du journalisme d’investigation à la politique sécuritaire américaine, le tout avec un sens du détail tout à fait noble. Cependant cet aspect du film, qui se rêverait grand thriller politique à la façon d’un certain cinéma engagé des années 70, est clairement le moins réussi. On assiste à une certaine vulgarisation des choses ainsi qu’à l’utilisation de raccourcis toujours bien sentis. Les activistes y sont globalement assimilés à des terroristes tandis que les journalistes, représentés par un jeune loup à la recherche du scoop de sa vie, ne sont finalement qu’une bande d’incapables bien éloignés des idéaux de la presse d’une époque, cherchant avant tout à faire éclater la vérité qui mettrait à mal le pouvoir en place. Dans Sous surveillance, ces éléments, sans doute en partie véridiques, appauvrissent clairement le propos par un manque d’équilibre.

Sous surveillance 1

Ainsi, le « thriller politique » s’avère plutôt décevant car manquant d’enjeux concrets. Chose que le rythme adopté n’arrange pas vraiment. Il est bien difficile de se sentir concerné par cette quête, tandis que les agents du gouvernement sont tous des pourris et les activistes des 70’s, représentés ici par les Weather Underground, n’ayant pas tourné la page sur leur passé ne sont que des adolescents utopistes vendus à l’utilisation d’une violence aveugle. Ces quelques raccourcis posent un vrai problème au niveau de la vision de Robert Redford, par le manque de lucidité et de recul qu’ils impliquent. Ce n’est donc pas là que se situe l’intérêt du film. Ce n’est pas non plus dans l’enquête à tiroirs qui se tisse, assez habilement certes, mais sans véritable souffle. On assiste à la démonstration d’un scénario solide, carré, mais sans le brin de folie ou d’ampleur qui en ferait un grand thriller. Sans grande surprise non plus tant l’ensemble s’avère prévisible. Pourtant, tout cela fonctionne assez étrangement. Il est facile de se prendre au jeu de piste convenu tout simplement car si le script n’a rien de génial, il s’articule autour de personnages globalement très bien écrits et servis par une troupe d’acteurs formidables. Tous les personnages sortent du carcan du manichéisme car tous répondent à des impératifs complexes dans lesquels se mêlent un sens de la survie personnelle ainsi qu’un respect d’idéaux, d’une philosophie de vie. Des personnages forts en somme, qui bénéficient de l’écriture de Lem Dobbs (scénariste sur Kafka, Dark City, L’anglais…) qui a su adapter pour l’écran le roman Le Dernier d’entre nous de Neil Gordon. Sous surveillance, par cet aspect, s’impose ainsi comme un thriller basique qui se suit volontiers et sans déplaisir, mais c’est ailleurs que se situe son véritable intérêt, dans l’intime et dans le rapport que le film entretient avec son réalisateur.

Sous surveillance 2

Sans aller jusqu’à traiter d’une sorte d’auto-psychanalyse, Sous surveillance est clairement un film qui parle à Robert Redford en tant qu’homme, ce dernier proposant au public sa vision d’homme mur qui se prend à regarder en arrière. L’acteur ne s’est jamais caché dans ses engagements politiques et dans ce film, c’est une forme de mélancolie qui s’impose. Un homme qui voit son passé refoulé tout à coup être étalé au grand jour, une construction sous forme de retrouvailles avec de vieux amis, anciens militants rangés ou non, et les vraies retrouvailles avec un amour de jeunesse. Dans ces séquences intimes qui truffent le récit, Sous surveillance devient très beau, avec ces acteurs vieillissants et ses discussions au coin du feu, ces réflexions sur le besoin de torpiller une vision du monde imposée par le pouvoir, le sens des révolutions… Robert Redford ne manque pas de matière au moment d’ausculter les comportements humains et il nourrit clairement son film de sa propre expérience. En résulte quelque chose qui manque parfois cruellement d’énergie mais qui paradoxalement finit par passionner. Et qu’importe si le dénouement opéré hors champ n’apporte rien, si la conclusion est un peu facile et attendue, car c’est dans les rapports subtils entre ses personnages que le film trouve son élégance. D’autant plus que Redford reste un metteur en scène solide qui maîtrise sans problème une réalisation propre et toujours efficace, il sait créer quelques zones de tension et profiter de la belle lumière trouvée par Adriano Goldman (directeur de la photographie sur Jane Eyre de Cary Fukunaga). Et pour donner encore un peu de prestance à ces démons du passé, Cliff Martinez signe à nouveau une bande son de haute volée. A bientôt 77 ans, Robert Redford est encore bien loin de la retraite.

FICHE FILM
 
Synopsis

En 1969, un groupe de militants radicaux appelés Weather Underground revendique une vague d’attentats aux Etats-Unis pour protester contre la guerre du Vietnam.
La plupart de ses membres furent emprisonnés, mais quelques-uns disparurent sans laisser de trace… Jusqu’à aujourd’hui.
L’arrestation de Sharon Solarz, l’une des activistes, remet cette affaire sur le devant de la scène, au point d’attiser la curiosité du jeune et ambitieux reporter Ben Schulberg. Jouant de ses relations au FBI, il rassemble petit à petit les pièces du puzzle, le menant jusqu’à Jim Grant, un avocat apparemment sans histoires… Lorsque celui-ci disparait brusquement, le journaliste se lance sur sa piste, déterminé à le retrouver avant le FBI.