Sin City : j’ai tué pour elle (Robert Rodriguez & Frank Miller, 2014)

de le 29/08/2014
 
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Il aura fallu près de 10 ans à Robert Rodriguez et Frank Miller pour réaliser cette suite à Sin City, le film dont la seule présence à Cannes avait créé l’illusion d’un « film d’auteur ». Dix années plus tard, ils remettent donc le couvert. Une gestation digne d’une production de James Cameron, dont il a récupéré la caméra Fusion. Pour un résultat digne d’un rip-off de Sin City par Asylum.

sin city j'ai tue pour elle 1En 2005, Sin City créait un petit évènement, essentiellement lié à une vaste méconnaissance du comic book de Frank Miller. Qu’importe son approche fainéante, son style marqué et ses tonalités de neo-noir, son univers nihiliste, auront réussi à convaincre en masse. Près de 10 ans plus tard, Robert Rodriguez est toujours un réalisateur médiocre et Frank Miller n’a toujours pas sa place au cinéma, ce qui fait de Sin City : j’ai tué pour elle un film mineur qui n’a plus rien pour lui. Ni la « nouveauté », ni la présence de Quentin Tarantino pour qu’une scène sorte du lot, et à peine la moitié des récits originaux sur lesquels s’appuyer. En effet, Miller a écrit deux nouvelles histoires directement pour le film et livre une nouvelle preuve de son incompétence en tant que scénariste. Le résultat est un film idiot, dénué de toute force subversive, et qui cette fois tombe dans la vulgarité beauf à laquelle le premier échappait comme par miracle.

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On se situe là dans le vaste domaine du nanar friqué déguisé en objet de cinéma arty. Avec ses 60 millions de dollars de budget et ses renforts techniques de premier ordre, Sin City : j’ai tué pour elle est clairement plus abouti sur le plan visuel, ou du moins plus propre, moins cheap. Sauf que le choix de tourner tout cela en 3D rend souvent l’ensemble ridicule. On est loin des grands réalisateurs ayant compris que le relief est un merveilleux outil de mise en scène et non un gadget polluant l’image. Chez Rodriguez et Miller, la 3D, à une transition intelligente près, ne sert qu’à habiller le cadre de particules diverses et variées (neige, pluie, gerbes de sang. Un artifice faussement ludique qui sera également utilisé pour de nombreuses surimpressions ringardes qui n’apportent strictement rien en terme de narration. Soit tout l’inverse de l’utilisation qu’en fait Tsui Hark dans Détective Dee 2. Le fait est que les deux réalisateurs ont décidé de filmer et découper leur Sin City : j’ai tué pour elle comme s’il était tourné en 2D, et que logiquement, l’apport du relief est globalement nul. Ainsi, le cache-misère du relief ne peut masquer une mise en scène pataude et des plans à nouveau repris à l’identique des cases originale du comic-book. Du moins pour les deux segments « A Dame to Kill For » et « Just Another Saturday Night », « The Long Bad Night » et « Nancy’s Last Dance » étant les deux segments inédits créés par Frank Miller pour le film. Sans surprise, leur identité graphique est nettement moins marquée que celle des deux autres.

sin city j'ai tue pour elle 3Comme pour Sin City premier du nom, l’impression générale est celle d’un foutoir narratif colossal. L’assemblage des divers segments manque à la fois de cohérence et de fluidité, de sorte que l’ensemble tient plus du collage approximatif que d’autre chose. L’illusion d’homogénéité n’est faite qu’à travers des passages programmatiques au Kadie’s, où les personnages se croisent devant Jessica Alba qui remue ses fesses. La conséquence inévitable d’une structure aussi peu maîtrisée est que malgré sa durée réduite (1h30 contre les 2h du premier film), le film parait presque plus long. La gestion du rythme est tout bonnement catastrophique, d’autant plus que les différents enjeux mis en scène dans chaque segment sont des plus inintéressants. Les auteurs en sont très conscients, c’est pourquoi ils cherchent par tous les moyens à détourner le regard du spectateur et lui donner l’illusion d’un film « cool ». Sauf que chez Rodriguez, cool a plus ou moins toujours été synonyme de beauf, et Sin City : j’ai tué pour elle ne déroge pas à cette règle.

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Le choix du récit « A Dame to Kill For », au-delà du fait qu’il s’agisse d’un des meilleurs récits de Miller en version papier, est une occasion en or pour multiplier les scènes de nudité. Facile, dans un univers où les femmes sont toutes réduites à des figures de prostituées (qu’importe qu’elles utilisent un Uzzi, un lance-flamme ou leur corps) ou de go-go danseuses. La misogynie des deux auteurs suinte de chaque scène, et tout particulièrement de celles mettant en scène une Eva Green inconsistante n’utilisant que ses seins pour exister à l’écran. Boobs à l’air, et en 3D, 95% du temps, elle incarne une caricature de femme fatale, dont la seule arme pour manipuler des personnages masculins crétins au possible est le sexe. Robert Rodriguez sait comment flatter la frange la plus beauf de son public et ne rate pas une occasion pour leur permettre de se rincer l’œil. Quant à Eva Green, la pauvre ne semble avoir rien d’autre à proposer, et certainement pas l’ombre d’une performance d’actrice. Face à elle, Josh Brolin n’a jamais paru aussi fade, Joseph Gordon-Levitt est transparent dans un récit aux enjeux qui le sont tout autant, et Mickey Rourke fait la même chose que dans le premier film, à savoir marmonner et filer des gnons dans tous les sens avec son maquillage monstrueux. Le voir enfourcher cette moto façon Rusty James laisse un petit goût amer dans la bouche. Pour le reste du casting, qui rassemble encore nombre d’acteurs géniaux, ils bénéficient globalement de rôles tenant du quasi-caméo, mis à part Powers Boothe qui fronce les sourcils et sort son sourire le plus carnassier pour camper un méchant très méchant et Jessica Alba qui cherche l’intensité nécessaire pour rendre son pétage de plombs et sa quête vengeresse crédibles. En vain.

sin city j'ai tue pour elle 5L’ensemble ne vole vraiment pas haut et s’avère même ennuyeux, avec la disparition de la nouveauté liée à la forme d’un exercice de style. Entre origin stories (Dwight avant sa reconstruction faciale, Manute qui perd son œil le temps d’une scène gentiment gore), suites sans grand intérêt, décapitations graphiques et dialogues peu inspirés, Sin City : j’ai tué pour elle ressemble à s’y méprendre à Sin City, comme si les dix années d’écart n’avait servi à rien, mais en moins bon, moins brutal, moins noir. Le film perd ainsi les quelques éléments qui donnaient un peu d’intérêt à son prédécesseur. Aucun sens de la narration, incapacité chronique à créer de la dramatisation, aucune séquence qui se détache du lot, des acteurs aux abonnés absents, monté n’importe comment et éclairé artificiellement en post-production, Sin City : j’ai tué pour elle ne parvient même pas à maintenir la relative singularité de cet univers. La sanction brutale du box-office US n’en est que plus compréhensible.

FICHE FILM
 
Synopsis

Dans une ville où la justice est impuissante, les plus désespérés réclament vengeance, et les criminels les plus impitoyables sont poursuivis par des milices.
Marv se demande comment il a fait pour échouer au milieu d'un tas de cadavres. Johnny, jeune joueur sûr de lui, débarque à Sin City et ose affronter la plus redoutable crapule de la ville, le sénateur Roark. Dwight McCarthy vit son ultime face-à-face avec Ava Lord, la femme de ses rêves, mais aussi de ses cauchemars. De son côté, Nancy Callahan est dévastée par le suicide de John Hartigan qui, par son geste, a cherché à la protéger. Enragée et brisée par le chagrin, elle n'aspire plus qu'à assouvir sa soif de vengeance. Elle pourra compter sur Marv…
Tous vont se retrouver au célèbre Kadie's Club Pecos de Sin City…