Showgirls ( Paul Verhoeven, 1995)

de le 20/09/2016
 
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Le cas Showgirls est symptomatique d’un moment assez triste. Comme d’autres avant lui, Paul Verhoeven a tout à coup été adoubé pour de mauvaises raisons et pour ses films les plus faibles, après des décennies à recevoir des tombereaux de merde sur la gueule. Le caractère absurde de la chose se voit repoussé très loin avec une ressortie en grande pompe de Showgirls, tout à coup transformé en chef d’œuvre maudit et grand film incompris, provoquant quantité délirante de retournements de veste. Pourtant, 20 ans plus tard, Showgirls reste une faute majeure dans une formidable filmographie.

showgirls-1Aujourd’hui célébré par les cahiers du cinéma, sélectionné à Cannes pour le plus franchouillard de ses films, Paul Verhoeven, qui fut si longtemps méprisé malgré une œuvre globalement sidérante, est devenu une « hype ». A tel point qu’un distributeur au nez creux a rapidement saisi l’opportunité de donner une seconde vie à un film en lui collant une étiquette culte, car détesté d’à peu près tout le monde à sa sortie. De la critique au public, en passant par quantité de professionnels ayant travaillé dessus. Showgirls, création de Joe Eszterhas, le scénariste de Flashdance qui imposa au Hollywood des années 90 la mode du thriller érotique. Déjà avec Paul Verhoeven en écrivant Basic Instinct, qui donna lieu à une triste vague de films ineptes, mais également avec William Friedkin pour Jade et Phillip Noycepour Sliver. Après ce thriller sulfureux avec Sharon Stone, Paul Verhoeven avait pour projet de réaliser Crusade ((A lire, interview du scénariste Walon Green chez Capture Mag)), une fresque avec Arnold Schwarzenegger qui ne verra jamais le jour à cause du naufrage de L’île aux pirates de Renny Harlin. Et s’il confia à Joe Eszterhas qu’il aimerait réaliser une comédie musicale façon MGM, il refusa d’abord de tourner le script avec lequel arriva ce dernier et qu’il jugeait très mauvais. Avec l’abandon du projet Crusade et par amitié envers le producteur Mario Kassar dont le studio allait s’effondrer, le réalisateur hollandais accepta finalement de shooter Showgirls, en réécrivant considérablement le scénario.

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L’ambition de Showgirls est double. Tout d’abord, proposer une relecture du Ève de Joseph L. Mankiewicz, qui abordait frontalement l’envers du décor et les bassesses de l’accès au succès à Hollywood. Ensuite, d’aborder ce sujet de façon détournée et symbolique, via une satire se focalisant sur Las Vegas, autre miroir aux alouettes du rêve américain. Très bien. Les intentions sont louables même si l’exercice n’a rien de terriblement original ni de véritablement subversif. Au même moment, Martin Scorsese captait toute la déliquescence du rêve américain ainsi que la vulgarité de Las Vegas à travers un de ses plus grands films, Casino. Quant à Paul Verhoeven, il va tomber dans à peu près tous les pièges que lui tend ce script idiot et inconsistant, livrant incontestablement son œuvre la plus médiocre. Il est assez consternant de voir à quel point le réalisateur se vautre dans ce qu’il cherche à « dénoncer », adoptant une esthétique cheapos, même si sa mise en scène reste précise, et tombant dans une vulgarité crasse qui exacerbe les aspects les plus agaçants de son cinéma. Ainsi, lui qui a toujours eu un mal fou à dresser des portraits de femmes consistants (même à travers ses plus beaux personnages, comme les héroïnes de Black Book, La Chair et le sang ou Katie Tippel, leur arme la plus puissante reste leur vagin), s’en donne ici à cœur joie. Exception faite du personnage incarné par Gina Ravera, unique caution morale du film, le rôle des femmes dans le film consiste à vendre leur cul, tandis que celui des hommes est de chercher à l’atteindre. Gros esprit de subversion donc que d’articuler l’essentiel du film autour du sexe. De quoi défriser du mormon tout au plus.

showgirls-3Il ne faut pas se leurrer. Le sexe filmé ainsi n’a plus rien de subversif depuis les années 70. Cette satire n’a donc aucun poids et cet étalage assumé de vulgarité, à grands coup de nudité frontale et de scènes de danse grotesques, n’a pour seul objectif que de permettre au spectateur mâle primaire de se rincer l’œil. Car outre la pauvreté du discours (Bouh, Hollywood/Las Vegas brise les rêves de succès des jeunes filles de la campagne. Bouh, pour réussir, elles sont prêtes à toutes les bassesses. Bouh, les gens sont méchants…) Showgirls souffre d’une intrigue tellement minimaliste qu’elle ne développe à peu près aucun enjeu dramatique. Même le script est un modèle de vulgarité. Et on voudrait nous faire croire que tout cela est génial.

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Soit. Mais ce serait passer sous silence des tonnes de séquences tout bonnement honteuses. A l’image de cette scène de sexe surréaliste entre Elizabeth Berkley et Kyle MacLachlan dans la piscine, l’actrice ne sachant pas si elle doit jouer le plaisir ou un AVC, se tortillant comme Linda Blair dans L’exorciste, avec un jet d’eau lui lacérant le visage. Cette séquence résume parfaitement ce qui caractérise le ratage complet que représente Showgirls. Des acteurs mauvais comme des cochons ou très mal dirigés, tentant comme ils peuvent de donner du corps à des scènes ridicules et dénuées de tout enjeu dramatique. Le conte moral est simpliste, l’exécution complètement ratée et le regard gratuitement lubrique. Ce « chef d’œuvre incompris » n’est en réalité qu’un nanar érotique des années 90 qui aura permis à de nombreux adolescents de vider leur stock de kleenex. Une abominable erreur de parcours, à l’image de ce qui arrive au personnage de Nomi, et c’est sans doute le seul point sur lequel Verhoeven se montre lucide. Cela arrive même aux meilleurs.

FICHE FILM
 
Synopsis

Sans famille, sans amis et sans argent, Nomi Malone débarque à Las Vegas pour réaliser son rêve : devenir danseuse. A peine arrivée, elle se fait voler sa valise par l'homme qui l'a prise en stop. Perdue dans la ville, Nomi doit son salut à Molly Abrams, costumière au «Cheetah», un cabaret réputé de la ville. Molly lui trouve un job de stripteaseuse dans une boîte où elle fait elle-même quelques extras. Cristal Connors, la vedette du «Cheetah», très attirée par Nomi, la fait engager dans son show où elle gravit rapidement les échelons. Dans les coulisses impitoyables de Vegas, Nomi devient très vite une rivale gênante.