Shérif Jackson (Logan Miller, 2013)

de le 08/10/2013
 
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Cinq ans après un Touching Home peu mémorable qui mettait déjà en scène Ed Harris, les frères Miller reviennent avec ce qui se voudrait un neo-western aux grands airs de film indépendant façon bête de concours à Sundance. Ne sachant pas très bien sur quel pied danser entre le bis un peu sale et le film d’auteur un peu vide, les frangins accouchent d’un Shérif Jackson qui ne cesse de taper à côté de ses objectifs et n’aboutit sur rien de bien consistant.

Shérif Jackson s’articule autour d’un motif classique du western, la vengeance. Il flirte d’ailleurs avec un autre genre du cinéma d’exploitation : le rape & revenge, qui s’invite à la fête sans véritable raison, comme pour cautionner les agissements de son héroïne. Car bien qu’il soit largement mis en avant par le titre français, le shérif Jackson n’est qu’un personnage secondaire haut en couleurs, le personnage central étant celui de Sarah Ramírez, sous les traits de January Jones. Une femme forte dans un western, une idée pas très neuve, qu’il s’agisse dernièrement de La Dernière piste ou plus loin encore d’Il était une fois dans l’ouest. Malheureusement, ce personnage hérite d’un traitement expédié qui ne lui permet jamais vraiment de s’exprimer ou d’évoluer, préférant jouer l’humour involontaire dès lors qu’elle prend les armes pour se venger. En effet, si certains de ses actes s’avèrent justifiés par le récit, d’autres transpirent le grotesque, et notamment dans la multitude de cadavres qu’elle laisse derrière elle, souvent sans raison concrète. Tout du moins, les raisons ne sont pas évidentes à l’écran.

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Cela passerait comme une lettre à la poste si Shérif Jackson se présentait directement comme un morceau de bis déviant dans la tradition de La Femme scorpion, sauf que Logan Miller, ici seul à la réalisation, et son frère Noah, co-scénariste d’après une histoire signée Andrew McKenzie, ont tout de même tendance à se prendre très au sérieux. Le résultat est un film dont le propos ne trouve pas d’écho dans la mise en scène, ressemblant ainsi à un simple et vague exercice de style dans lequel le film de vengeance se pare d’une imagerie très typée cinéma des sens et élégiaque. Concrètement, cela se traduit par une mise en scène ampoulée d’un réalisateur ayant mal assimilé les travaux de Terrence Malick, tentant de reproduire la patte du maître mais sans avoir quelque chose à dire. La preuve avec le traitement un brin grossier des divers symboles religieux qui parsèment le film. Shérif Jackson met en scène un fou de dieu au comportement incohérent au possible, du délire fanatique dans une scène à des poussées de violence soudaines pour des notions simplement matérielles dans une autre. Difficile à appréhender, ce personnage de Josiah, autoproclamé prophète, héritant de l’interprétation solide de Jason Isaacs, perd peu à peu de son intérêt par manque de nuance. C’est d’autant plus dommage que la bataille qui se livre à l’intérieur de son cerveau, entre une foi inébranlable et des considérations extrêmement terre-à-terre, voire monstrueuses, partaient sur de bonnes bases. Mais les Miller ne savent pas vraiment quelle direction emprunter et livrent un produit bâtard aux allures de western, ponctué de séquences violentes et clairement bis, mais qui ne va nulle part. C’est parfois amusant, mais l’omniprésence de figures symboliques (multiplication des croix dans le cadre, répétition des séquences d’expiation par les flammes, matraquage du propos sur les « agneaux »…) montre clairement que l’ambition des frères Miller n’était pas de se contenter d’un banal film de vengeance.

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Entre une héroïne monolithique et transparente et un bad guy tellement insaisissable qu’il en devient inconsistant, il y a donc le shérif Jackson du titre, enquêteur fantasque incarné par un Ed Harris déchaîné, en roue libre, être bondissant à la fois grave dans ses joutes verbales et loufoque dans ses improbables pas de danse (et notamment lors d’un plan improbable sur fond de soleil couchant). Le personnage est attachant mais il n’apporte rien au récit, shérif en retard sur l’action qui vient juste la ponctuer de ses éclats de folie. Évidemment, sa présence est utilisée pour renforcer le caractère instable de Josiah, mais à quoi bon ? L’ensemble tourne à vide et fait plus que tutoyer le ridicule, et ce malgré une mise en scène jouant plutôt l’épate que la justesse. Le problème est qu’aucune image ne vient flatter l’œil, un comble pour un western, Logan Miller faisant preuve d’une incompétence chronique à filmer des paysages de l’ouest qui ont rarement paru aussi fades. Le western n’est d’ailleurs finalement qu’un univers interchangeable dans lequel ce récit brouillon et basique pourrait s’inscrire, leur incompréhension du genre en est là. Dès lors, difficile de voir en Shérif Jackson autre chose qu’une petite série B sans grand intérêt, écrite sur un coin de table sans tenir compte des notions d’enjeux dramatiques ou de rythme, avec un désintérêt total de la progression narrative ou de la construction de personnages solides. C’est sans doute pour cela que January Jones avance le regard sans vie, ne véhiculant pas la moindre émotion, comme si elle se foutait royalement du plateau de tournage sur lequel elle évoluait. A moins qu’elle ne soit tout simplement une bien piètre actrice à la plastique avantageuse. Quant à comparer ce film au cinéma de Tarantino… évitons d’insulter le réalisateur de Kill Bill.

FICHE FILM
 
Synopsis

Dans les plaines arides du Nouveau-Mexique, Sarah, une ancienne prostituée, découvre le corps sans vie de son mari, sauvagement assassiné par un fanatique religieux. Meurtrie, elle part en croisade vengeresse, mais c'est sans compter sur l'arrivée de l'extravagant shérif Jackson.