Seoul Station (Yeon Sang-ho, 2016)

de le 02/08/2016
 
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En parallèle de son fun et frénétique Dernier train pour Busan, le cinéaste coréen Yeon Sang-ho nous propose le moins facile d’accès Seoul Station. Répondant plus à son style habituel et à son savoir-faire dans l’animation, son nouveau long-métrage profite d’une invasion de zombies pour critiquer sévèrement la société moderne coréenne. Un film noir, sec et déprimant d’un auteur aux antipodes de ce qui se fait actuellement dans le monde de l’animation.

Seoul Station 1Le cinéaste Yeon Sang-ho serait-il l’homme de l’été 2016 en Corée du Sud ? Pendant qu’il casse la baraque au box office local avec son Dernier train pour Busan, celui-ci prépare en parallèle la sortie d’un autre long-métrage complémentaire à son blockbuster à grand spectacle. Car ce film d’animation qu’est Seoul Station partage le même univers que Dernier train pour Busan et offre un autre regard, une autre vision plus âpre et sombre sur cette invasion de la Corée du Sud par une horde de zombies affamés. Mais ne vous y trompez pas. Certes, ces deux long-métrages proviennent du même esprit et se complètent, mais le ton et l’ambiance y sont radicalement différents, voire opposés. Le divertissement ultra fun qu’est Dernier train pour Busan n’est en rien comparable au drame social que propose Seoul Station. Et si l’on regarde plus attentivement le parcours de Yeon Sang-ho, ce Seoul Station s’avère plus en adéquation avec ses précédents The King of Pigs et The Fake.

Seoul Station 2

Jusqu’à Dernier train pour Busan, le cinéaste avait suivi une carrière dans l’animation. Cependant, en plus d’être son premier film live, il est également son premier long-métrage commercial et grand public. Ainsi, Seoul Station correspond mieux aux obsessions que l’on connaît de Yeon Sang-ho. Comme pour les grands auteurs de série B, le cinéaste coréen n’utilise le genre que comme prétexte pour s’emparer d’autres sujets plus importants et moins populaires. À l’instar de The King of Pigs et The Fake, Seoul Station est une nouvelle critique acide et violente à l’encontre de la société coréenne. Cette gare qui inspire le titre du film est en réalité le lieu en Corée du Sud où l’on retrouve le plus grand nombre de sans abris réunis. Endroit représentant le succès économique incroyable de ce pays, il est aussi celui d’une misère sociale extrême des individus marginalisés et les premières victimes contaminées seront justement les plus pauvres. Les attaques se produisant ensuite à l’extérieur de la gare, la situation critique mènera la police à une conclusion radicale : tous les zombies sont des clochards qui ne méritent que d’être abattus. Ce quiproquo glaçant, qui apportera évidemment son lot de victimes innocentes, ne sera que la première étape du nouveau pamphlet composé par Yeon Sang-ho.

Seoul Station 3Alors que Dernier train pour Busan s’ouvre à la campagne avec un premier animal contaminé, Seoul Station reste lui exclusivement urbain. Nous suivrons la nuit d’horreur de trois personnages de la classe moyenne qui tenteront de survivre, perdus au milieu du chaos : une jeune femme, son petit copain et le père de la première. Il faut toutefois préciser que nous sommes chez Yeon Sang-ho. Comprenez alors que le copain dépense tout l’argent du jeune couple dans des cyber cafés et prévoit de prostituer sa copine sur Internet pour pouvoir payer leur loyer. Cherchant sa fille ayant fugué, le père devra s’associer à ce futur ex petit copain pour la retrouver, alors que les zombies envahissent les rues. En effet, le cinéma de Yeon Sang-ho a de quoi surprendre celles et ceux qui n’y seraient pas habitués. Non, ce n’est pas le pays des jolies fleurs et des bons sentiments ! Tout y est volontairement très glauque et pessimiste. Parfois trop, sans doute, notamment avec le dernier quart d’heure qui prolongera inutilement Seoul Station, afin d’enfoncer encore plus profondément le clou, si jamais l’on n’avait pas compris qu’il n’y a vraiment plus aucun espoir.

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Si le film saura satisfaire les fans de ce cinéaste torturé, il faut dire que le style d’animation particulier et le design des personnages ont de quoi rebuter les autres. Le rythme est bien moins effréné et le suspense plus mesuré que dans Dernier train pour Busan. Yeon Sang-ho n’a d’intérêt dans la contagion que l’incompréhension des survivants qui s’entretuent au final. L’utilisation du genre n’a pas de grande importance qu’établir un contexte pour sa satire sociale et ses êtres humains plus inhumains que des zombies. Seoul Station reste néanmoins un contre-pied plutôt intrigant à un blockbuster. Mais il prend en même temps le risque de ne pas attirer l’attention d’un public aussi large, en grande partie à cause de son caractère sciemment austère et dépressif (pour un film d’animation et/ou de zombie). Seuls les initiés de ses The King of Pigs et The Fake sauront retrouver leurs marques.

FICHE FILM
 
Synopsis

La nuit dernière, un incident, parti d'une petite émeute, s'est répandu dans le monde entier, qui est désormais dominé par les zombies.