Secret d’état (Michael Cuesta, 2014)

de le 13/12/2014
 
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« Inspiré de faits réels ». Ce tampon éculé plus que jamais par Hollywood devient presque un genre à part entière avec sa propre codification. Un genre souvent bien laborieux. Secret d’état représente un peu toute la synthèse des problèmes inhérents à ce type de film : la pénurie d’idées ou d’inventivité cinématographique. C’est d’autant plus malheureux de voir certaines histoires potentiellement intéressantes se faire traiter de la manière la plus mineure qui soit, sans aucune ambition.

K72A7332.tifSecret d’état est donc un film que vous avez vu quarante-cinq fois ailleurs et en mieux. On nous présente l’histoire d’un journaliste, Gary Webb, utilisant le quatrième pouvoir américain pour dénoncer une affaire liant les cartels à la CIA. D’emblée, le parallèle avec Révélations de Michael Mann est assez inévitable : la cible visée change (ici, le trafic de drogues, donc) mais la structure est la même. Si évidemment avoir un schéma similaire n’est pas un crime, s’afficher aussi tôt dans l’ombre du géant américain du cinéma post-moderne peut rapidement tourner au vinaigre.

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Respecter ainsi le schéma balisé de l’enquête poursuivie entraîne une écriture sans vie. Les personnages de Secret d’état sont plats et suscitent péniblement l’empathie du spectateur, qui n’est par ailleurs pas aidée par le fade Jeremy Renner, peinant décidément à exister à l’écran lorsqu’il n’y a pas un directeur d’acteur aguerri derrière la caméra. Le film tente de gagner en prestige grâce à un casting de seconds rôles appréciables, mais leurs apparitions sont trop fantomatiques pour jouer en quoi que ce soit. Tout au mieux, on regrette que l’excellent mais constamment sous-employé Barry Pepper ne soit pas le premier rôle du film. Retour à la réalité : l’ensemble est toujours sans vie. Problème qui n’est par ailleurs pas corrigé par la réalisation très télévisuelle de Michael Cuesta (également réalisateur pour des séries) qui tente de camoufler ses faiblesses avec une caméra épaule trop souvent présente et un grain abusif pour surfer sur l’esthétique d’Argo.

K72A8797.CR2On pourra toujours plaider en la faveur du film que l’ensemble se suit sans non plus trop de désagrément, sans fautes de goûts particulières, jusqu’à une scène dont la bêtise plombe malheureusement tout le reste et témoigne des problèmes présents. Dans une scène-clé pour le personnage de Renner, son fils aîné se rend compte que son père est un homme faillible et qu’il n’est pas un american hero. Non seulement l’ensemble est inintéressant sur le plan dramatique, les personnages ayant peu d’importance, mais surtout la mentalité prônée paraît tellement datée et basique qu’elle empêche toute compréhension. Ce simplisme niais est tellement désuet qu’il fait quelque peu tâche au milieu d’une telle affaire, loin de la subtilité avec laquelle Michael Mann oppose vies professionnelle et intime dans ses films.

Secret d'état

Sans aucune envie de proposer quoique ce soit, Secret d’état s’oublie avec une rapidité déconcertante. Les stéréotypes et bêtises de l’écriture sont tellement alignés un par un que le réel paraît hors de vue. L’affaire en devient même pesante et peine à paraître contemporaine. Ultime lourdeur commise à la fin, avant le générique, lorsqu’une vidéo familiale nous présente le « vrai » Gary Webb : on se sent assiégé par un tel pathos aussi putassier, comme c’était déjà le cas dans Du Sang et des larmes l’an passé. Comme le dirait un agent des forces de l’ordre face à un accident : « rien à voir, circulez ! ».

FICHE FILM
 
Synopsis

SECRET D'ÉTAT est tiré d’une histoire vraie. Gary Webb (Jeremy Renner), reporter chevronné, découvre un lien entre les services secrets américains et les cartels d’Amérique centrale.
Une vérité incroyable se dessine : les rebelles du Nicaragua travailleraient directement avec la CIA pour introduire de la cocaïne aux Etats-Unis et l’argent résultant de ce trafic servirait à armer les milices des Contras que veulent soutenir les Etats-Unis. Pour faire exploser la vérité, Webb prend tous les risques et se rend au Nicaragua afin de soutirer des informations essentielles au baron de la drogue Norwin Meneses (Andy Garcia). Il écrit bientôt une série d’articles qui secoue l’Amérique tout entière…
Webb devient alors une cible pour les journalistes rivaux mais aussi pour les responsables du trafic : un véritable complot se trame contre lui…