Saw (James Wan, 2004)

de le 24/01/2006
 
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Saw est ce petit phénomène dont tout le monde ou presque a entendu parler l’année dernière. On a tout entendu : la révolution du thriller, un film meilleur que Seven, un des scénarios les plus inventifs jamais portés à l’écran… et toutes sortes d’affirmations plus ou moins hystériques. Il y a du vrai et du moins vrai dans ces déclarations. Premièrement, non, Saw n’est pas meilleur que Seven, qui reste le meilleur thriller du cinéma moderne et LA référence absolue, définitivement indétrônable. Mais il semble peu plausible que James Wan ait réellement pour ambition de faire tomber le roi.

Concernant le scénario, il est vrai qu’il est plutôt original, même s’il emprunte parfois à d’autres œuvres références, comme tout film de cinéaste-cinéphage. C’est avant tout un script extrêmement roublard, à la narration tortueuse, qui pousse le spectateur à se creuser les méninges tout le long. En vain car James Wan bétonne suffisamment sa narration pour qu’il soit impossible de deviner le dénouement avant d’en avoir la clé. Tout à fait conscient que le cinéma reste l’art de la manipulation par excellence, le réalisateur a beau laisser dans le cadre un indice fondamental, il détourne suffisamment habilement le regard du spectateur pour le balader sans lui laisser aucune chance. À propos du dénouement en question, il est tout bonnement incroyable dans le sens premier du terme, à savoir qu’on y croit pas une seconde. Mais ce n’est finalement pas bien grave tant le plaisir sadique de se faire manipuler de façon à la fois si grossière et si efficace reste intact.

Saw 1

Le montage du film risque de rebuter pas mal de monde car il est très inspiré de l’univers du clip et qu’il donne le tournis, avec quelques scènes qui deviennent illisibles, ce qui est d’autant plus rageant qu’elles auraient été mille fois plus intenses avec un montage différent. Sans doute un petit défaut de jeunesse ou tout simplement de la poudre aux yeux pour masquer un manque de budget trop flagrant. Dans tous les cas, la course à la vitesse opérée par James Wan et ses effets un peu toc finit tout de même par desservir le film et son impact sur le spectateur. En parlant d’intensité cependant, Saw n’en manque pas. On ne s’ennuie pas une seconde, car quand on ne cherche pas la solution de l’énigme, on nous balance en pleine face des scènes d’un sadisme tout bonnement jubilatoires et dignes des meilleurs films gores. La cruauté des séances de torture est bien l’atout choc de Saw, et leur impact physique est bel et bien réel, assez immersif.

Donc Saw est le film méchant par excellence, qui cherche chez le spectateur toute tendance au voyeurisme (le titre est à ce niveau suffisamment explicite, et juste) et au sadisme, qui nous montre des pauvres personnages dans des situations dont il est impossible de s’échapper et qui va loin et même très loin dans l’horreur. Une sorte de bouffée d’air putréfié dans le paysage cinématographique horrifique actuel, qui aura même lancé toute une nouvelle tendance du cinéma de genre : le torture porn et toutes ses dérives plus ou moins heureuses.

Saw ne fait pas peur, joue sur des artifices de mise en scène et de montage un peu faciles, mais c’est une expérience à vivre suffisamment intense pour provoquer une belle décharge de plaisir un peu malsain. A défaut d’être la révolution ou le thriller ultime annoncé un peu partout.

FICHE FILM
 
Synopsis

Deux hommes se réveillent enchaînés au mur d'une salle de bain. Ils ignorent où ils sont et ne se connaissent pas. Ils savent juste que l'un des deux doit absolument tuer l'autre d'ici huit heures, sinon ils seront abattus tous les deux. Ils ne sont pas les premiers à endurer les situations cauchemardesques qu'un génie du crime impose à ses victimes. La police fait tout pour le coincer, les victimes sont prêtes à tout pour s'échapper mais, pour réunir les pièces de ce terrifiant puzzle, il faudra jouer selon les règles qu'il impose...