Sabotage (David Ayer, 2014)

de le 17/07/2014
 
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Parfois, les espoirs les plus prometteurs chutent très tôt et très fort. C’est le cas de David Ayer, sur une pente fortement ascendante depuis ses débuts et qui se plante complètement avec Sabotage, le film qui devait marquer pour de bon la renaissance de l’acteur Arnold Schwarzenegger. La faute essentiellement à un homme, peut-être le pire scénariste en activité à Hollywood : Skip Woods.

SabotageEntre deux apparitions plus ou moins furtives dans la série des Expendables, Arnold Schwarzenegger, absent des écrans le temps de son mandat de gouverneur, tente de rallumer la vieille flamme de sa carrière. Après le raté (mais finalement plutôt sympathique en comparaison de la suite) Dernier rempart où il jouait au vigilante vieillissant et le catastrophique Evasion où il déblatérait de la philosophie de comptoir au lieu de balancer des pains, Sabotage était attendu au tournant. David Ayer, dont l’étiquette de « scénariste de Training Day » s’efface peu à peu au profit d’une carrière de réalisateur cohérente et toujours plus prometteuse (l’ascension entre Bad Times et End of Watch est assez fulgurante), se plie à l’exercice délicat du long métrage totalement dévoué à une action star. Et malheureusement, il ne s’en sort pas, clairement handicapé par l’omniprésence de l’acteur ainsi que par un scénario d’une bêtise rare.

Sabotage

L’échec global que constitue Sabotage, même si le film possède quelques très beaux moments, est à imputer à divers intervenants. Le premier visé est bien entendu l’incapable , dont le seul coup d’éclat restera le très fun L’agence tous risques, scénariste de Hitman, Opération espadon, X-Men origines: Wolverine ou encore Die Hard: Belle journée pour mourir, incompétent notoire qui montre ici toute l’étendue de son absence de talent. C’était joué d’avance, car il tente un récit articulé façon Dix petits nègres, exercice nécessitant une rigueur d’écriture totale et des personnages extrêmement travaillés. Sabotage ne possède ni l’un ni l’autre, l’aspect « personnages » étant complètement vampirisé par la présence d’Arnold Schwarzenegger, le seul bénéficiant d’un semblant d’écriture afin de lui apporter un rôle très sérieux. Pour lui, ça fonctionne. Entre une tendresse évidente liée au passé de l’acteur et une volonté d’en tirer un personnage plutôt badass, même si cela reste le fruit d’un travail particulièrement artificiel (à grands coups de répliques et de postures), l’autrichien livre une prestation tout à fait honorable et constitue la principale réjouissance de ce film. Les autres sont moins bien lotis, voire n’existent tout simplement pas. Dès lors, impossible de ressentir la moindre empathie pour cette pale copie de la strike team de The Shield et leurs meurtres successifs ne provoquent aucune forme d’émotion.

SabtageMais pire encore, ces personnages sont globalement débiles. Non seulement ils n’existent jamais vraiment, mais ils semblent prendre naturellement des décision qui défient la logique. A tel point que l’ensemble de l’intrigue, révélé dans une succession de révélations expédiées avec une grâce toute pachydermique comme s’il fallait se débarrasser d’une patate chaude en trois minutes, finit par devenir passablement risible. Le pire reste le sort réservé aux deux personnages féminins qui, selon Skip Woods, n’ont pas d’autre choix pour exister dans cet univers fait de grosses couilles, de barbes tressées façon gang latino et de tatouages transpirant la testostérone bien artificielle, que de tomber dans des clichés ridicules. Avec d’un côté Olivia Williams, une enquêtrice manipulée d’un bout à l’autre et qui tombe dans les bras d’Arnold Schwarzenegger au premier moment venu, et de l’autre une membre de l’équipe utilisée comme fausse prostituée, camée jusqu’aux yeux et qui part dans un délire complet dans le dernier acte, grâce à une prestation en roue libre et à mourir de rire de Mireille Enos, c’est un festival.

Sabotage

David Ayer se montre incapable de diriger son casting en roue libre, ou de transformer ce scénario médiocre, avec une intrigue qui se rêve complexe mais s’avère surtout stupide. Mais plus ennuyeux encore, il a du mal à emballer tout cela par sa mise en scène. Contrairement à son film précédent, bourré d’idées, Sabotage n’est jamais élevé par son traitement visuel qui s’avère un brin pataud, avec quelques petites touches de poudre aux yeux assez inconsistantes du type plans en POV qui ne servent à rien, si ce n’est à venir briser la monotonie de l’ensemble. Son impuissance face à l’enjeu (il devait rétablir l’image d’Arnold Schwarzenegger mais s’est vu offrir pour cela un script tout pourri) s’exprime totalement le temps d’une poursuite/fusillade presque consternante de maladresse et de manque de rythme. Tout cela est un peu triste, car il y avait sur le papier de quoi en tirer un thriller bien énervé et redorer le blason de plus en plus terne de la star. Sauf que quasiment rien ne fonctionne. Pour se consoler, il reste bien une violence très graphique et assez hardcore, une tonalité d’ensemble plutôt noire et une conclusion assez jubilatoire même si défiant toute logique. Mais il reste surtout Arnold Schwarzenegger qui mise sur son capital sympathie et se montre assez bon dans son rôle. Mais plus les films passent, plus il devient comme ce vieil oncle qu’on admirait tant en étant enfant et à qui on pardonne d’avoir perdu la raison et de ne raconter que des conneries dans les repas de famille. Une image de plus en plus loin de celle de l’action hero légendaire qu’il était.

FICHE FILM
 
Synopsis

Pour cette force d’élite de la DEA, il s’agit officiellement de prendre d’assaut le repaire d’un important cartel mais en réalité, l’opération se révèle être un véritable braquage. Après s’être emparés de 10 millions de dollars en liquide, les agents complices pensent leur secret bien gardé… jusqu’à ce que quelqu’un se mette à les assassiner les uns après les autres, froidement, méthodiquement. Alors que les meurtres se multiplient, chaque membre de l’équipe devient un suspect. Chacun sait tuer, et chacun a un excellent mobile...