S.O.S. fantômes (Ivan Reitman, 1984)

de le 30/06/2016
 
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La sortie de la nouvelle version signée Paul Feig (Mes meilleures amies) permet d’évoquer le classique signé Ivan Reitman en 1984. Avant de devenir une icône de la pop culture, S.O.S. fantômes marqua la consécration des comiques du Saturday Night Live, probablement le point sur lequel réside la force du film, mais aussi le malentendu à son égard.

GHOSTBUSTERS, Bill Murray, Dan Aykroyd, Harold Ramis, 1984.

Peu de temps après le succès des Blues Brothers, le comique Dan Aykroyd souhaite refaire équipe avec son ami John Belushi pour un nouveau projet qu’il définit lui même comme une version « paranormale » de son célèbre duo. Aykroyd, dont la famille pratiquait de nombreuses activités liées au surnaturel, injecte au script ses connaissances sur le sujet. « Ghost Smashers » décrivait au futur le quotidien de trois employés d’une entreprise nationale de chasse aux fantômes qui poursuivaient les esprits à travers le temps et l’espace. Eddie Murphy devait rejoindre la distribution aux côtés de John Candy (Un ticket pour deux). Cependant le décès de Belushi en 1982 et l’estimation budgétaire jugée trop élevée vont changer la donne. Le réalisateur Ivan Reitman abandonne son adaptation du Guide du voyageur galactique de Douglas Adams pour ce projet. Il suggère à Aykroyd de faire des chasseurs des fantômes des « pompiers », tandis qu’Harold Ramis se charge des réécritures en situant l’intrigue dans les années 80. Le célèbre dessinateur Bernie Wrightson est nommé consultant sur le design des créatures. Eddie Murphy étant pris sur Le Flic de Beverly Hills, c’est Ernie Hudson qui le remplace. Le futur Warden Leo Glyn d’Oz voit son personnage de Winston Zeddmore introduit en milieu de film, et son background considérablement réduit. Il était question d’un ancien soldat de l’Air Force spécialiste en armes, au chômage depuis son retour du Vietnam. Rick Moranis, autre comique canadien issu de l’émission Second City TV, reprends le rôle de son confrère Candy, n’hésitant pas à réécrire ses scènes. Souhaitant démontrer son aptitude à la comédie Sigourney Weaver accepte le rôle de Dana Barrett initialement envisagé comme un être d’une autre dimension, capable de changer de forme à volonté. Quant à Gozer il devait prendre les traits de Paul Reubens connu pour son personnage de Pee-wee Herman, avant que l’équipe envisage un croisement entre David Bowie et Grace Jones. Cette dernière fut même envisagée avant que le mannequin Slavitza Jovan ne décroche le rôle. Reste Peter Venkman, initialement prévu pour Belushi. Chevy Chase, Christopher Walken, John Lithgow, Jeff Goldblum et Michael Keaton sont envisagés. Reitman suggère Bill Murray qu’il a déjà dirigé dans Arrête de ramer, t’es sur le sable et Les bleus. Ce dernier accepte le rôle à condition que Columbia Pictures finance son remake du Fil du rasoir. Annie Potts, William Atherton et David Margulies complètent la distribution.

SOS Fantômes

Le casting bouclé, le réalisateur s’entoure du chef opérateur László Kovács (Easy Rider), du monteur Sheldon Khan (Vol au-dessus d’un nid de coucou) et du chef décorateur John DeCuir (La maison sur la colline). La musique est confiée au vétéran Elmer Bernstein (Les dix commandements, Les sept mercenaires). Concernant l’épineux problème des effets spéciaux, Reitman se tourne vers Richard Edlund oscarisé pour son travail sur la trilogie Star Wars et Les aventuriers de l’arche perdue qui vient de quitter ILM pour fonder Boss Film Studios. Ce dernier réunit une équipe brillante. William Randall Cook déjà à l’œuvre sur The Thing et plus tard Le seigneur des anneaux. Jon Berg qui travaille au même moment sur Gremlins. John Bruno, Conrad Buff IV et Joe Viskocil collaborateurs réguliers de James Cameron. Etsuko Egawa futur grand nom des effets spéciaux de maquillages japonais, et Steve Johnson (les monstres de Jack Burton dans les griffes du mandarin, les tentacules du Docteur Octopus dans Spider-Man 2). Ce dernier à la charge de concevoir le fantôme glouton Slimer, hommage à Belushi. Doté d’un budget de 30 millions de dollars, une somme importante pour l’époque, le tournage débute à New-York en Octobre 1983 pour une date de sortie prévue l’été suivant. Un délai serré, qui oblige le tournage d’une scène sans autorisation, et de nombreuses difficultés lors de la post production des SFX. Malgré un réel amour pour l’horreur et la science fiction comme en témoigne Cannibal Girls sa seconde réalisation, et son passif de producteur pour David Cronenberg et sur Métal hurlant, Ivan Reitman n’a jamais était un bon cinéaste comme en témoigne sa filmographie.

SOS FantômesÀ l’exception d’une scène d’intro en steadycam, et d’un panoramique lors de l’attaque de Dana, la réalisation est basique : Plan d’ensemble, raccord dans l’axe, champ – contre champ pour les dialogues. La grammaire filmique du réalisateur n’a jamais était différente des autres Yes Men d’Hollywood. La réussite artistique du long métrage est due à une équipe brillante non à son cinéaste. Comme de nombreuses comédies avec l’équipe du Saturday Night Live, c’est la combinaison de talents à l’écriture et l’acting qui sont la clé de son succès. Aykroyd avait déjà réussi à créer un univers attachant et personnel dans Les Blues Brothers, témoignant de son amour pour la musique noire américaine. Le tout porté par des personnages dont le look et les aptitudes les rendaient instantanément iconiques. Jake et Elwood Blues était des personnalités complémentaires dont les relations fonctionnaient toujours en binôme. Il en est de même pour S.O.S. fantômes où la passion d’Aykroyd pour la musique laisse place à la parapsychologie, et le duo de losers à un quatuor. Le comédien scénariste avoua que le nœud du trio reposait sur trois caractéristiques bien défini. Egon Spengler (Harold Ramis) l’intellectuel, Raymond Stantz (Aykroyd) le cœur, et Venkman l’instinctif. Le comique d’Harold Ramis provient de son sérieux imperturbable et son absence de sourire. Aykroyd sur son émerveillement constant, Murray, sur sa désinvolture. La prestation de ce dernier, beaucoup moins Keatonienne que chez Wes Anderson, fonctionne d’avantage sur ses réparties verbales avec le reste de l’équipe et Dana Barrett. Bien que son importance soit réduite, Zeddmore reste intéressant comme réceptacle du spectateur. Ses interrogations sur le charabia scientifique de l’équipe ne donnent pour autant pas l’impression d’un personnage fonction inutile.

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Tout comme les Blues Brothers, les caractéristiques de l’équipe et leur statut de losers (ils ont été renvoyés de fac) est pour beaucoup dans l’empathie à leur égard. L’autre point fort comique du film est Rick Moranis, second rôle de génie, parfait en voisin envahissant. Si le comique de Ghostbusters repose essentiellement sur ses réparties verbales, chacune d’elles sert l’avancement de l’histoire et n’est jamais une pause. Une mécanique comique intimement liée aux enjeux du film allant droit à l’essentiel. Si Ramis ne propose pas la réflexion philosophique de son chef d’œuvre Un jour sans fin, son apport sur S.O.S. fantômes reste un modèle de concision salué par des spécialistes comme Robert McKee et John Truby. Au delà de cette mécanique bien huilée, le paranormal est un autre point fort. À l’instar de Poltergeist, le film délaisse les demeures gothiques et les campagnes maudites pour un décorum moderne, le New York des années 80. À contrario du film de Steven Spielberg et Tobe Hooper, Reitman ne subvertit point son récit. La Big Apple n’est plus la ville glauque des 70s, comme l’a souligné le journaliste Aurélien Noyer, et doit d’avantage à l’ambiance Reganienne de l’époque, bien que le traitement du paranormal reste intéressant par son ancrage dans les légendes urbaines de la ville. Le bestiaire qu’affronte l’équipe est varié, dispose de designs cartoonesques et d’une vraie personnalité qui évite la figuration. Les effets visuels de Richard Edlund, dans la lignée de son travail sur le final du 1er Indiana Jones et de Poltergeist, sont inégaux. Si tout ce qui à trait au « suitmation » et au matte painting vieillit plutôt bien, et que l’animation confère un aspect cartoon en accord avec l’esprit du film, la stop motion souffre d’une mauvaise incrustation lors des passages avec les goules de Gozer. Le soin apporté à la direction artistique, alliance de modernité et d’art déco, confère à l’ensemble un indéniable charme visuel, jouant du contraste entre la caserne bordélique de l’équipe, les immeubles chics de New York et le repère ancestral de Gozer. Quand à la partition d’Elmer Bernstein elle utilise des sonorités anachroniques pour son époque qui contribue à l’atmosphère singulier de l’ensemble. La réussite artistique de S.O.S. fantômes est le fruit d’une collaboration harmonieuse d’artisans soucieux du travail bien fait. Le ton sérieux du final apocalyptique, y compris lorsqu’il verse dans l’hommage parodique à King Kong et Godzilla, finit par faire du film une œuvre honorable, résistant plutôt bien à l’épreuve du temps.

SOS fantomes 5Sorti le 8 juin 1984, S.O.S. fantômes rapporta plus de 238 millions de dollars au Box Office. La popularité acquise, dépassant le cadre des initiés du SNL, poussa Aykroyd et Ramis à lancer une série animée faisant suite au film, et permettant d’écouler un important merchandising. The Real Ghostbusters lança la carrière télévisuelle de J. Michael Straczynski des années avant Babylon 5 et Sense8. Linda Woolverton futur scénariste du Roi lion et Maléfique, y fit également ses premières armes. D’abord réticent à l’idée d’une suite, l’équipe finit par s’y mettre cinq ans plus tard. S.O.S. fantômes II souffre d’une écriture schizophrénique qui délaisse l’humour du 1er volet pour un ton plus sérieux. Alternant des passages digne d’un téléfilm romantique avec des séquences purement horrifiques qui auront traumatisé toute une génération de jeunes spectateurs. Un ratage qui ne rencontra pas le succès escompté, et fit abandonné le troisième volet de la trilogie prévu en deux parties, sous titré Hellbent. Une nouvelle série animée vit le jour en 1997 sous le titre d’Extrême Ghostbusters supervisée par Richard Raynis des Simpsons, de bien meilleure facture que la précédente, mais qui s’arrêta au bout d’une saison. Cité dans de nombreux films, séries, comics, jeux vidéos et détournements, S.O.S. fantômes à conservé au fil des ans son aura de culte, lui ayant permis son entrée au National Film Registry en 2015, et l’admiration de nombreux cinéastes. Comme Judd Apatow qui le considère comme une comédie parfaite, Edgar Wright ou même Rebecca Zlotowski.

Malgré le temps qui passe, S.O.S. fantômes reste une comédie fantastique de qualité. Sa côte de popularité justifiée ne doit cependant pas faire oublier d’autres œuvres beaucoup plus abouties dans le même registre. Le film ayant surtout permis à ces interprètes de bénéficier d’une cote de popularité dépassant le cadre des aficionados du Saturday Night Live pour toucher un public plus large. La différence majeure étant que ce film à dépassé le cadre de véhicule à la gloire de ses interprètes, par les artisans ayant participé à sa fabrication, de l’écriture à la direction artistique. S.O.S fantômes n’est pas un chef d’œuvre, mais un très bon film, ce qui est déjà une grande qualité.

FICHE FILM
 
Synopsis

Un fantôme chez vous ? Pas de problèmes, nous arrivons ! C’est pour répondre aux appels au secours de plus en plus nombreux des habitants de New York que trois jeunes chercheurs en para-psychologie ont l’idée de créer une entreprise à la pointe du surnaturel… les Ghostbusters.