RoboCop (José Padilha, 2014)

de le 26/02/2014
 
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Joel Kinnaman;Jackie Earle HaleyPendant que Paul Verhoeven n’a pas signé de long-métrage destiné au format cinéma depuis Black Book, il semblerait que la production hollywoodienne, qui l’avait jadis accueilli à bras ouverts pour se retrouver finalement gagnante via le succès de ses films, se soit décidée désormais à profiter du cinéaste en remakant ses grands succès. Après le Total Recall signé Len Wiseman, et avant le nouveau Starship Troopers qui devrait apparaître sur les écrans durant les années à venir, voici RoboCop, projet maudit s’il en est puisqu’il aura connu la plupart des problèmes que peut redouter un projet cinématographique à 100 millions de dollars. Entre un abandon total suite à la situation financière de la MGM en 2007, un changement de réalisateur découlant de celle-ci, un buzz négatif total découlant de la moindre photo de tournage ou encore des reports de sortie qui n’auguraient rien de bon, autant dire que RoboCop sentait le désastre critique et financier à plein nez. L’aura culte gigantesque du film original de Verhoeven avait provoqué une réaction logique, le monde se divisait alors en deux catégories : ceux qui avaient condamné ce remake des mois avant sa sortie, et ceux qui se fichaient totalement du projet.

Joel Kinnaman

Pourtant, il serait dommage de simplifier autant la situation de RoboCop. Car si l’idée d’un remake mis en scène par Darren Aronofsky avait de quoi laisser rêveur, il faut reconnaître que le changement de réalisateur aurait pu être bien pire. Au final donc, RoboCop se trouve entre les mains de José Padilha, cinéaste brésilien désormais connu mondialement pour son étonnant diptyque Tropa de Elite, un réalisateur avec une vraie vision, une capacité totale à maîtriser son sujet pour le transcender, en bref l’homme parfait pour le projet. Et si RoboCop sent le film de producteurs à tous les instants, notamment via l’orientation nouvelle génération du héros, plus tendance visuellement et surtout beaucoup moins violent, on se retrouve néanmoins avec une œuvre particulière, de celles qui sont indéniablement ratées d’un point de vue général, mais qui pourtant fascinent par tous les petits aspects qui auraient pu donner un excellent métrage.

Joel Kinnaman«C’est la pire expérience de ma vie : quand j’ai dix idées, je dois en abandonner neuf. Je dois me battre pour tout. C’est la pire expérience de ma vie.» aurait dit José Padilha en pleine production du film. Et si cela se vérifie à la vision du métrage, force est de constater que les quelques bonnes idées parsemées tout le long du récit créent une véritable différence. La première force de ce remake est bien entendu sa volonté de ne jamais partir dans un copié/collé du film original, ce qui permet à Padilha de prendre une véritable liberté dans l’orientation de son traitement. Ainsi, là où Verhoeven se servait de Robocop comme vecteur de sa satire d’une société américaine méprisante et laide, Padilha part dans l’idée d’un premier degré indéniablement tourné vers l’humain, en basant son récit non pas sur l’univers, mais bien sur son personnage principal, Alex Murphy, et sur ce qu’il y a de plus passionnant en lui, à savoir la limite fragile entre humanité et robotique au sein d’un même être. Une symbolique représentée principalement par une idée simple : donner à Robocop une main humaine et une main artificielle (la main gauche, donc celle du diable), une totale contradiction dont Alex Murphy devra se libérer dans une séquence finale lourde de sens. Le RoboCop version Padilha est donc bien plus une réflexion sur la notion du contrôle dans notre société contemporaine qu’un véritable film d’action à proprement parler, celle-ci se faisant rare et peu intéressante. C’est d’ailleurs peut-être un élément raté du film, mais c’est clairement une véritable intention : celle de proposer un film différent, quitte à se ramasser, plutôt que de proposer une bête copie moderne d’un film qui, de toute façon, ne pourrait plus être produit de nos jours par une major. Et rien que pour ça, le film ne sera jamais dénué de la moindre qualité.

Joel Kinnaman;Gary Oldman

D’autant que malgré un script trop classique à base de machinations, des acteurs en roue libre (Samuel L. Jackson et Michael Keaton en tête) ou des évolutions de personnages qui laissent sur le carreau, ce RoboCop possède bien plus d’un atout, à commencer par le parti-pris de placer Alex Murphy au centre du récit, au point d’embrasser son regard sur une grande partie du film et de créer un point de vue subjectif qui fait toute la différence. En guise de meilleur exemple, on citera la fameuse séquence où Murphy regarde pour la première et unique fois ce qu’il reste de son corps, une scène plutôt marquante non pas par l’impact purement visuel et violent de cette vision, mais bien par le fait que le spectateur le découvre de la même façon que le personnage : par le reflet d’un miroir. A cela se rajoute la très bonne idée du personnage de Gary Oldman, qui permet de créer un intermédiaire entre la machine Robocop et l’humanité d’Alex Murphy. Non seulement cet ajout renvoie évidemment au mythe de Frankenstein, mais c’est aussi un rajout scénaristique intelligent, puisqu’il permet d’appuyer avec subtilité le propos du film en donnant la possibilité à un être de contrôler les sentiments d’un autre.

Joel KinnamanEt s’il est évident que Padilha n’a pas eu beaucoup de contrôle sur ce film, qui a l’apparence et le goût d’un pur produit formaté par le studio, force est de constater que le style particulier du cinéaste est néanmoins visible par moment, notamment dans cette introduction au Moyen-Orient qui rappelle dans son intention le diptyque Tropa de Elite. Alors certes, c’est bien peu pour pouvoir dire que ce remake de RoboCop est recommandable, mais les espoirs partaient de tellement bas qu’il y a tout de même la surprise de se retrouver face à un film plutôt honnête sur bien des points. Avec un vrai contrôle de son réalisateur, nul doute que RoboCop aurait pu devenir un vrai bon film, et notamment grâce à cette intention première de livrer quelque chose de radicalement différent de l’œuvre de Verhoeven.

FICHE FILM
 
Synopsis

Après avoir bâti sa fortune grâce à des drones militaires, la multinationale OmniCorp vise désormais un nouveau marché : ils veulent introduire les robots dans la vie quotidienne. Lorsque Alex Murphy, excellent policier, père et mari modèle, est presque tué dans l'exercice de ses fonctions, c'est l'occasion rêvée...
OmniCorp le choisit pour en faire son premier « RoboCop », un prototype mi-homme mi-robot. Bientôt, il y aura des RoboCops partout, dans chaque ville, ce qui garantira une fortune pour les actionnaires de la société. Mais ils ont oublié une chose : à l'intérieur de la machine, il y a un homme...