Riddick (David Twohy, 2013)

de le 20/09/2013
 
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Doux euphémisme que de dire de Riddick qu’il est un film miraculé. Alors que la saga de David Twohy, et son héros monolithique incarné par Vin Diesel, prenait son envol dans des Chroniques de Riddick sans doute trop ambitieuses, l’échec commercial du film mit fin à tout espoir de voir ce que deviendrait Riddick sur le trône des necromongers. Après des années d’hésitation et l’obsession d’un acteur conscient d’y tenir le rôle de sa vie, Riddick renait de ses cendres avec un troisième volet plus modeste mais dont la sincérité en fait une des séries B les plus recommandables de ces dernières années.

L’histoire de la création de Riddick est sans doute plus passionnante que le film lui-même, et elle transpire même du résultat final. En effet, s’il est clair qu’il s’agit d’un film de David Twohy, enfin revenu en état de forme après un sérieux faux pas qu’il serait bon d’effacer des tablettes, c’est peut-être surtout un film de Vin Diesel. Car non seulement l’acteur s’est énormément impliqué dans l’écriture de son personnage, le plus beau rôle de sa carrière (avec celui, diamétralement opposé, de Jackie DiNorscio dans Jugez-moi coupable de Sidney Lumet), mais il est également propriétaire des droits, producteur, allant jusqu’à hypothéquer son domicile pour que le tournage puisse démarrer. Et cette implication totale de l’acteur se ressent évidemment à l’écran, comme elle se ressentait dans les années 80 et 90 dans des productions articulées autour des légendes du cinéma d’action type Stallone/Schwarzenegger. Aucune surprise dès lors que Riddick résonne avec la carrière de l’acteur, que le film s’ouvre sur sa main sortant du sol pour tordre le cou à une créature numérique ou qu’il soit le seul être de chair et de sang à l’écran pendant toute la première partie.

"Riddick III"

Mais Riddick est un film malade, handicapé par des lourdeurs qui ne correspondent pas au caractère du personnage, des fautes qui l’empêchent de devenir ce modèle de survival vers lequel il tend pourtant. La faute à un scénario qui va du dantesque au ridicule, sombrant dans son dernier acte dans la bêtise crasse. La version longue dores et déjà annoncée pourrait redresser la barre mais certains éléments posent de vrais problèmes. Le risque dans un film articulé autour d’un seul personnage est que les personnages secondaires passent à la trappe, et c’est un peu le cas ici. Que ces personnages soient peu nuancés passe encore, mais que leur comportement soit incohérent ne colle pas avec la volonté d’efficacité de l’ensemble. Ainsi, trois des personnages secondaires majeurs voient leur comportement changer radicalement dans le final du film, reniant largement leurs valeurs sans que cela ne semble poser de problème. C’est malheureux car jusqu’à ce retournement de veste ridicule, voire vulgaire, totalement injustifié compte tenu du récit, ils formaient des entités solides avec pour le premier un passif dramatique avec Riddick, pour l’autre l’incarnation d’un certain esprit badass devenu assez rare sur les écrans et pour le dernier une vision certes outrancière mais plutôt réjouissante du bad guy hystérique. De la même façon, Riddick souffre clairement d’un budget limité par rapport à ses ambitions avec des créatures numériques pas toujours réjouissantes, voire carrément moches et datées par moment. Des fautes de goût d’autant plus ennuyeuses que le reste du film est un petit modèle du genre, renouant avec une certaine tradition de la série B pas prétentieuse pour un sou, sentant très fort la testostérone et appuyée par une mythologie imposante qu’elle cultive intelligemment.

"Riddick III"

Là où le script se montre intelligent, c’est dans sa faculté à assimiler la progression dramatique des épisodes précédents dans un film qui part évidemment sur de nouvelles bases, contraint et forcé par le manque de moyens. Le temps d’un flashback fait de symboles forts et de clins d’œils à la culture populaire à dominance masculine, le lien devient évident, de la même façon que l’évolution progressive du personnage de Riddick. David Twohy assure également du côté de l’écriture de la trame générale (les fautes du final sont d’autant plus incompréhensibles) en proposant un récit en deux temps parfaitement équilibré. La première partie – clairement la plus réussie – combine habilement survival et western post-apo, une imagerie à la fois très simple de par son décor quasiment unique, sa volonté d’épurer au maximum (Vin Diesel y est à peu près tout seul et les seules lignes de dialogues proviennent de sa voix off) et sa recherche de la pose iconique pure. David Twohy sait qu’il a un mythe entre les mains et il sait comment le cultiver par les choix de ses cadres, utilisant à merveille le cheminement vers l’état primitif qu’il opère. En terme de symbolique, Riddick est parfois puissant, la renaissance du personnage s’effectuant essentiellement par l’image, à travers deux plans qui se répondent parfaitement. Le premier isole le héros dans le plus simple appareil face à une lune gigantesque dans une lumière rouge sang. Le second le place sur une masse rocailleuse gigantesque face à une horde de créatures qui le pourchassent, simplement éclairé par la lumière des éclairs. Ces séquences symbolisent autant l’essence du personnage et son côté primitif (il dira, parmi la multitude de ses répliques cinglantes, que l’erreur de sa vie fut d’essayer de se civiliser) que l’aspect anachronique de ce film. Parfois extrêmement gore, animal, brutal, droit dans ses bottes et préférant des décors en carton-pâte que du tout numérique, Riddick représente une sorte d’anomalie au sein de la production actuelle. Ce n’est pas un hasard s’il cite ouvertement un cinéma burné et radical, de Django à Aliens en passant par Apocalypse Now. Et même si la seconde partie du film reprend le schéma de Pitch Black légèrement revisité, ce qui atténue tout de même l’effet de surprise, malgré des erreurs grossières, Riddick est un plaisir. Sa violence, sa nonchalance d’apparat pour mieux mettre en lumière son côté manipulateur, son retour aux sources salvateur, le charisme animal de Vin Diesel, sa première partie qui gère à merveille la notion de survie en milieu inhospitalier et la photographie complexe de entre illustration de l’obscurité et création d’une palette de couleurs surréaliste. Autant de raisons de louer le retour du furyan sur les écrans, en espérant qu’il ne faille pas attendre 10 ans pour l’y retrouver.

FICHE FILM
 
Synopsis

Riddick a été laissé pour mort sur une planète brûlée qui semble exempte de toute vie. Pourtant, il se retrouve rapidement obligé de lutter pour sa survie contre des prédateurs aliens plus mortels que tous les humains qu’il a affrontés au cours de sa vie. Il trouve un refuge précaire dans une ancienne gare de transit interstellaire désaffectée. La seule façon pour lui de s’en tirer est d’activer une balise d’urgence et d’alerter les mercenaires et autres chasseurs de primes, qui se ruent vers la planète à la recherche de leur proie.