Régression (Alejandro Amenábar, 2015)

de le 04/11/2015
 
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Que diable s’est-il passé avec Alejandro Amenábar ? Disparu des radars depuis 6 ans, un des plus grands réalisateurs espagnols contemporains revient aux racines de son cinéma, le thriller, avec ce Régression tout simplement indigne de son talent. Comment une telle chute est-elle possible ? Car la régression est telle qu’il signe un film qui n’arrive même pas à la cheville de son tout premier film, le formidable Tesis qu’il a réalisé quand il n’avait que 24 ans.

RegressionIl faut remonter à Les Autres, brillantissime film d’horreur gothique sorti en 2001, pour retrouver des vrais éléments de thriller chez Alejandro Amenábar. Il faut également remonter à ce film pour retrouver un scénario dont il est l’unique auteur. Trop occupé sur son projet de science-fiction Project Lazarus (actuellement en post-production) et/ou conscient que ce Régression ne sentait pas très bon, Mateo Gil, compère d’Amenábar, n’est donc pas de la partie. Et bizarrement, ou non, son cinéma semble s’être complètement dénaturé. Il était caractérisé par des sujets extrêmement forts traités avec une subtilité assez géniale et des personnages très forts, en plus de récits plein de surprises. Soit tout ce que n’est pas Régression, un retour par une toute petite porte pas vraiment rassurant pour la suite de sa carrière.

Regression

L’échec est à peu près total. Des intentions de départ au résultat final. Le projet est extrêmement simple, voire un peu bête de la part d’un tel auteur. Son ambition semble n’être que de manipuler le spectateur, de jouer avec ses certitudes. Alejandro Amenábar est un habile manipulateur, comme il l’a largement prouvé avec Ouvre les yeux et Les Autres. Ici, cela s’avère grossier, comme si aucun soin n’avait été apporté à l’écriture. Cela ne fonctionne jamais. Le cinéaste qui avait réussi à faire de Mar Adentro, projet plus que lourd sur le papier, un drame flamboyant, et du magnifique et presque trop ambitieux Agora un des plus beaux portraits de femme de notre époque, tombe dans le piège du film concept mais sans concept fort. Il semble rejouer les films de possession modernes, se ressemblant plus ou moins tous, pour essayer de pervertir le genre mais sans grand succès. Il semble qu’il ne sache jamais vraiment où il va, si ce n’est dans le mur qu’il s’est lui-même dressé. Pourtant, dans ses meilleurs moments, Régression vient se situer dans la veine de Tesis. Sujet sordide, assimilation d’un mythe urbain, séduction dangereuse et personnages pris à leur propre piège. Néanmoins, la conclusion se situe à l’exact opposé, comme si Alejandro Amenábar avait perdu la foi, en l’imaginaire et en les mythes.

RegressionTout ceci s’avère problématique dans la mesure où pour manipuler correctement le spectateur, il convient de croire un minimum à son sujet afin de lui donner le la matière. En effet, à vouloir trop semer le doute, à grands coups de carton introductif et conclusif, de visions troublées, de gueules patibulaires et de moments hystériques, il devient difficile de croire au propos sur les rituels satanistes. Encore moins à un cas de possession démoniaque. Et d’autant plus lorsque le film s’articule autour d’un twist qui ne surprendra personne tant Alejandro Amenábar oublie toute notion de subtilité quand il s’agit de traiter les diverses relations entre ses personnages principaux. Tout n’est que faux-semblant, comme si le dispositif même du film ne servait qu’à cacher le relatif néant d’une petite arnaque.

Regression

Ainsi, à force de personnages inintéressants et d’un scénario pas loin de l’indigence, tant il prend le public pour une assemblée de truffes, Régression se transforme en le premier et lourd échec d’un réalisateur extrêmement talentueux qui devait signer son grand retour. Ainsi, la classe de sa mise en scène, son efficacité à créer par le découpage une forte tension paranoïaque, ou quelques très belles idées comme les amorces via une vue subjective lorsqu’un nouveau personnage pénètre le cadre, ou la première séquence de régression et comment le regard du spectateur va pénétrer l’esprit du patient, tout cela ne pèse finalement pas bien lourd. La faute également à des acteurs incapables de transcender des personnages assez creux, entre un Ethan Hawke qui se contente de tirer la gueule et une Emma Watson sans la moindre nuance, laissant couler une larme de temps en temps sans véhiculer la moindre émotion (et au-delà du fait que lui donner des rôles d’adolescente devient de plus en plus absurde). Son personnage est d’ailleurs particulièrement honteux, jusque dans ses lignes de dialogue. Immense déception donc que ce Régression qui, focalisé sur la manipulation du spectateur, inefficace, oublie de raconter une histoire avec des personnages, et se tire accessoirement une balle dans le pied dès les premières secondes. Dramatique de voir Alejandro Amenábar, pourtant maître du thriller psychologique, tomber à ce niveau.

FICHE FILM
 
Synopsis

Minnesota, 1990. L’inspecteur Bruce Kenner enquête sur un crime révoltant dont la jeune Angela accuse son père, John Gray. Lorsque John avoue sa culpabilité de façon tout à fait inattendue et sans garder le moindre souvenir des faits, le docteur Raines, un célèbre psychologue, est appelé à la rescousse. Il va devoir aider John à retrouver la mémoire, mais ce qu’ils vont découvrir cache un terrifiant mystère qui concerne le pays tout entier…