Reach for the SKY (Choi Woo-young & Steven Dhoedt, 2015)

de le 01/11/2016
 
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Avec Reach for the SKY, Steven Dhoedt et Choi Woo-young signent un documentaire surprenant sur ce bac à la coréenne. L’échec n’existe pas et les conditions amenant au jour fatidique semblent plus difficiles à supporter que celles de l’épreuve même. Un film impartial sur cette violence psychologique qui s’exprime dans la société en Corée du Sud et où la réussite n’a qu’une seule voie d’accès.

reach-for-the-sky-1Il y a trois ans, le réalisateur belge Steven Dhoedt s’était intéressé à la Corée du Sud à travers un sujet aussi trivial que celui de l’univers des jeux-vidéo. Cela dit, ce documentaire intitulé State of Play abordait un point quasiment unique au monde et possible uniquement dans ce pays : les joueurs professionnels de jeux-vidéo. Emploi, carrière, challenges, compétitions, ce monde du loisir et du divertissement devenait celui très sérieux d’un secteur travaillé avec des jeunes coréens pleinement conscients de la dimension professionnelle de leur activité. Cette fois encore, mais associé Choi Woo-young à la réalisation, Steven Dhoedt se concentre sur ce pays et l’une de ses spécificités, à savoir la volonté de tous les étudiants approchant leur bac d’accéder à l’une des trois meilleures universités de Corée du Sud. Beaucoup d’appelés, mais très peu seront élus.

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Derrière le titre Reach for the SKY (atteindre le ciel), le documentaire résume parfaitement cette notion d’impossible de l’objectif imposé aux étudiants coréens. Tous ne pourront effectivement pas toucher leur but, pourtant tout est fait en sorte de les conditionner en fonction. L’accession à l’une de ses universités réputées sont pour tous la seule issue possible à toutes leurs années d’études depuis la maternelle. Une réussite est vendue comme la promesse d’une réussite sociale. Toutes les portes leurs seront ouvertes ensuite. Ainsi, leur dernière année les amenant au Seneung (le bac sud-coréen) se transforme en véritable parcours du combattant, où il leur faudra accumuler toutes les connaissances possibles dans chaque domaine, tout en privilégiant certaines matières qui comptent le plus selon les universités prestigieuses. Selon les mathématiques ou les sciences sociales, 0,1 ou 0,01 des prétendants sont retenus. Il faut alors bien prévoir ses calculs. Steven Dhoedt et Choi Woo-young suivent alors plusieurs étudiants dans cette quête générale d’excellence, tout en prenant assez de recul afin de nous fournir un point de vue plus global de l’expérience.

reach-for-the-sky-3Une expérience que l’on pourrait croire complètement folle. Il suffit de considérer les chiffres pour se rendre compte de la situation. Pourtant, tous les étudiants sont persuadés de pouvoir réussir, ainsi que leurs parents, mais également des redoublants. Certains iront même s’enfermer dans des internats spécialisés pour la révision du Seneung. Reach for the SKY met en avant la frustration générale qui règne dans la société coréenne à l’approche de l’examen. Les parents mettent la pression sur leurs enfants, car il est impossible pour eux qu’ils échouent. Pour eux, rater le Seneung signifierait obligatoirement un destin médiocre et leur enfant doit réussir, là où parfois (souvent) eux ont échoué. Aucun étudiant ne se prépare à l’échec. Tous s’imaginent réussir. La chute n’en sera que plus brutale. Peu de parents s’en remettent à leurs propres enfants pour réussir. Ils en appelleront à Dieu ou à toute forme de religion pouvant leur apporter une quelconque assurance. Le jour du Seneung, des parents passeront carrément la journée entière à prier. Une mère emmènera même sa fille voir une chamane afin qu’elle lui prédise le succès pour l’épreuve à venir.

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Mieux encore, Reach for the SKY nous dépeint littéralement un système orwellien. Car le Seneung valorise plus l’accumulation des mêmes connaissances chez les étudiants que de développer une pensée originale chez chacun d’entre eux. Certains en font même leur business, avec un professeur d’anglais qui donne des cours magistraux par Internet ou accueilli en rockstar dans des salles de spectacle bondées, en mode conférence à l’Américaine. La musique originale choisie par les réalisateurs, donnant déjà les accents d’un film de John Carpenter, rend l’atmosphère encore plus anxiogène quand le jour de l’épreuve arrive. Pendant plusieurs heures, le pays s’arrête. Certains élèves sont même dépannés par la police pour arriver à l’heure. Toute circulation automobile est interdite à moins de 200 mètres des établissements scolaires. Les avions sont même cloués au sol le temps des 30 minutes d’une épreuve audio d’Anglais. Oui, Reach for the SKY est à cela incroyable sur ce passage obligé pour toute sa jeunesse et ce qu’il nous révèle de la société en Corée du Sud.

FICHE FILM
 
Synopsis

SKY est l’acronyme utilisé pour désigner les trois plus prestigieuses universités coréennes. Pour les lycéens, c’est le Graal que seuls quelques uns parviendront à atteindre. Pour cela, il leur faut obtenir la meilleure note possible au Suneung, le baccalauréat coréen. Une année entière consacrée aux révisions, une année pendant laquelle les réalisateurs vont suivre lycéens, parents et professeurs pour observer le mécanisme de l’éducation coréenne.