Rampart (Oren Moverman, 2011)

de le 29/06/2013
 
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Avec en background ce qui reste encore aujourd’hui un des plus gros scandales mettant en scène la police de Los Angeles, avec l’affaire Rodney King, Rampart se veut une œuvre coup de poing, comme une variation cinématographique de The Shield. Co-écrit par l’immense James Ellroy, porté par un Woody Harrelson en état de grâce, Rampart ne manque pas d’atouts mais peine à s’imposer comme une véritable référence. Sans doute par un ton pas assez radical et une mise en images manquant cruellement de personnalité.

La police de Los Angeles est un terrain d’exploration formidable pour les auteurs de polars. Elle est le milieu le plus violent et le plus corrompu de toute l’histoire de la police américaine et ce n’est pas un hasard si James Ellroy y a consacré ses plus beaux textes, qu’il s’agisse de ses romans (du Dahlia noir à L.A. Confidential) ou de ses scénarios pour le cinéma (Dark Blue et Au bout de la nuit). Son troisième scénario, Rampart, est ancré dans le scandale du même nom apparu à la fin des années 90 et qui fit tomber les têtes de 70 membres de la police anti-gang impliqués dans des affaires de corruption, de violence, et de vol de narcotiques. Il y est question de l’officier Dave Brown, être antipathique aux méthodes douteuses, dont le code de conduite d’un autre temps ne pouvait le mener qu’à la crucifixion. Un personnage correspondant tout à fait à l’univers d’Ellroy dans un récit assez proche de celui de Dark Blue qui s’intéressait au même type de flic en plein scandale Rodney King. Il est assez étonnant de voir Oren Moverman, dont la finesse d’écriture impressionnait dans la première partie de son premier et trop méconnu The Messenger (qui n’a même pas eu droit à une sortie au cinéma en France), se pencher sur un sujet finalement si évident. Car si Rampart ne manque pas de qualités, et en premier lieu sa fabuleuse direction d’acteurs ou des dialogues finement ciselés, le film n’apporte rien de bien nouveau au sujet, à l’inverse justement de The Messenger qui abordait l’invasion en Irak sous un angle inédit.

Rampart 1

Ce qui caractérise Rampart, c’est essentiellement son personnage principal, fruit d’une écriture en apparence très basique mais en fait très audacieuse. En effet, il ne suit jamais la sempiternelle évolution du bad guy sur le chemin de la rédemption, schéma tellement classique qu’il n’étonne plus. Au lieu de ça, il est une ordure, le produit d’une police gangrénée par le mal et d’une société rongée par la violence, et son évolution se traduit plutôt par une prise de conscience de son statut d’ordure. C’est fascinant car ce type de personnage s’inscrit dans un archétype figé et ne correspond en rien aux personnages habituellement utilisés à notre époque. Car même lorsqu’il semble amorcer un chemin tardif vers la rédemption, sa réaction montre que le personnage n’a pas évolué d’un pouce car il est tout simplement profondément mauvais. Dave Brown est le produit d’une société en même temps que son vivier, il est l’incarnation de la misanthropie et le maillon de ce cercle infernal. Finalement, le décor de la LAPD, le scandale Rampart, les flics pourris, tout cela n’est qu’illustratif pour mieux sublimer ce personnage antipathique au possible mais auquel le spectateur finit par s’attacher car il est sacrifié par son administration pour les mauvaises raisons. A l’arrivée, Rampart est la peinture d’un système dysfonctionnel qui se mord la queue, un système faible et lâche ne répondant à aucun principe moral. C’est d’autant plus intéressant que l’anti-héros en question possède son propre code moral, foncièrement douteux, mais pourtant bien présent. C’est pourquoi il finit par devenir attachant, malgré sa violence, malgré son rapport affreux à sa fille, malgré son côté atrocement macho, son mode de vie dégueulasse (il est immédiatement montré à un repas de famille avec sa femme et son ex, et essaye de se les faire une après l’autre) et son absence d’humanité avec ses collègues.

Rampart 2

Il est attachant car il provoque une forme de pitié. Il est un de ces héros de western ou de polar d’une autre époque, célébrés pour leur comportement douteux. Ce qui fait de Rampart une sorte de film crépusculaire, sur la fin d’une époque qui ne manquera à personne, si ce n’est ces dinosaures dont le mode d’expression ne passe que par la violence. Et si ce personnage est si fascinant, c’est autant grâce à la science des dialogues qui le construisent qu’à la prestation incroyable de Woody Harrelson. L’acteur retrouve enfin un premier rôle à la hauteur de son talent et apporte de belles nuances à ce personnage. les seconds rôles ne sont pas en reste avec Ben Foster une nouvelle fois illuminé, Sigourney Weaver en représentation de la rigueur bureaucrate ou Robin Wright en lueur d’espoir illusoire. La violence et la noirceur de Rampart trouvent un bel écho dans la mise en scène assez maniériste d’Oren Moverman qui use d’une grammaire élaborée bien qu’impersonnelle. Au découpage plan-plan pour une narration très linéaire viennent se greffer un certain sens du cadre et quelques séquences un peu folles, à l’image de celle, très organique, de la boîte de nuit. Rampart n’est certainement pas le meilleur film écrit par James Ellroy, mais sa noirceur est bien présente, et Oren Moverman prouve à nouveau qu’il fait partie des quelques cinéastes à suivre de très près, dans l’attente d’un projet encore plus solide, mais qui a déjà su s’entourer d’une belle famille de talents (dont Bobby Bukowski, directeur de la photographie au travail étonnant).

FICHE FILM
 
Synopsis

L’officier de police Dave Brown est connu depuis toujours pour ses méthodes expéditives et sa tendance à franchir toutes les lignes. Lorsque la vidéo d’une raclée qu’il administre à un suspect se retrouve sur toutes les chaînes de télé, tout le monde se décide à lui faire payer l’addition. Face au scandale qui pourrait mettre en lumière les pratiques douteuses de la police, ce spécialiste des excès en tous genres fera un magnifique exemple…
Coincé entre sa hiérarchie, ses ex-femmes, ses filles et ses peurs qu’il cache comme il peut, Brown va être écrasé, broyé, poussé à bout pour n’être plus que lui-même, loin de son arrogance et de ses méthodes de cow-boy. Cela suffira-t-il à le racheter ?