Psycho Raman (Anurag Kashyap, 2016)

de le 09/07/2016
 
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Comme à son habitude, Anurag Kashyap s’exprime dans le polar noir des grandes villes. Or le duel au sommet que nous vend ce Psycho Raman est au final une traque au serial killer assez attendue et un peu décevante lorsque l’on connaît les talents de metteur en scène du réalisateur indien.

Psycho Raman 1Gangs of Wasseypur, Ugly, Bombay Velvet… S’il y a une chose que sait faire le réalisateur indien Anurag Kashyap, c’est bien de se démarquer de l’idée fausse que le cinéma de son pays ne se résume qu’aux films Bollywood et autres grosses productions populaires. Il continue de prendre ses distances avec ce nouveau Psycho Raman, pour lequel il fut invité à la Quinzaine des réalisateurs du 69e Festival de Cannes afin de le présenter. Le cinéaste replonge dans les chroniques obscures et poisseuses des grandes agglomérations d’Inde et leurs bidonvilles tentaculaires. Il se base cette fois-ci sur le parcours d’un authentique serial killer local : Raman Raghav, surnommé Psycho Raman que le titre du long-métrage reprend. Ce schizophrène avait semé la terreur dans les rues de Mumbai dans les années 1960. Arrêté par la police, il avoua 23 meurtres sur une quarantaine supposée. Mais ce film, ne raconte pas son histoire.

Psycho Raman 2

Anurag Kashyap suit avec son dernier film celle d’un copycat, ou plutôt d’un fan assidu du célèbre assassin. Le réalisateur nous fait sombrer dans l’ambiance d’une Mumbai oppressante. Les éclairages publics et les néons se reflètent sur les corps brillants de sueur. Des places bondées se succèdent aux ruelles coupe-gorges. Même les avions long courrier se poseraient presque sur les habitations à l’atterrissage. La chaleur qui règne à l’écran nous étouffe, sans compter la tension que Kashyap met en pression à chaque passage à l’acte du tueur. Sadique, le réalisateur ne nous laissera pas le choix. Le spectateur se verra dans les pas de deux personnages principaux opposés, mais chez qui tout révulse. Le fameux meurtrier qui reprend l’identité de celui des années 1960 est investi d’une mission qu’il accomplit à coup de démonte-pneu dans le crâne de ses victimes. Il annonce ne viser que des pécheurs. Mais il sera prêt à exterminer toutes celles et ceux qui se trouveront sur son chemin pour arriver à ses fins. Après tous ces éléments, nous n’en sommes pas non plus à un remake non officiel du Seven de David Fincher. Ce Raman, interprété par Nawazuddin Siddiqui, n’est pas un religieux et se permet de faire la morale sur l’influence des différentes croyances qui existent en Inde.

Psycho Raman 3Comme un reflet sans être son négatif, Raman a son Raghav qui le complète. L’acteur Vicky Kaushal incarne le flic qui le traque. Un policier violent qui cache derrière les verres fumés de ses lunettes de soleil des yeux en proie à son addiction à la cocaïne. Les deux se croiseront, et pas qu’une fois. À la manière des chapitres d’un roman policier, Anurag Kashyap développe une structure narrative subdivisée en plusieurs parties. Chacune ne porte pas de signification particulière ou de thématique spécifique. Un choix qui n’aura pas forcément de grandes conséquences dans la narration ou le rythme du film. Le réalisateur nous égarera plus facilement au début du film avec une séquence d’ouverture qui ne trouvera de raison qu’arrivé à la fin du long-métrage ou bien un court flashback remontant à la première apparition de Raman. Anurag Kashyap ne remet pas trop sa manière de rythmer ses films. À l’instar des Gangs of Wasseypur ou Ugly, le réalisateur laisse s’écouler plus de temps que nécessaire (parfois). D’un côté, cela participe aux longs moments d’attente qui rendent plus percutants encore les déchainements de violence graphique à l’écran ou même le générique d’ouverture pêchu. De l’autre côté cependant, apparaissent des séquences moins fortes ou parfois inutilement explicitées dans le film. L’exemple parfait dans Psycho Raman est cette intrigue superflue entre le policier et son père qui est aussi son supérieur hiérarchique.

Psycho Raman

Anurag Kashyap ne signe pas son film le plus fort ou le plus réussi. Long-métrage qui manquera un peu d’originalité sans doute, en appliquant soigneusement à son univers tous les codes éculés des polars de traque de serial killers. Nous aboutissons à un dénouement intéressant mais téléphoné. Rien ne nous surprend vraiment. Le réalisateur aurait fait mieux de chercher à prendre ses distances avec le genre pour trouver d’autres pistes à explorer. Il en va de même pour le discours anticlérical de son Raman qui sonne plus aux élucubrations d’un fou dangereux à l’égo qui le dépasse qu’à une pensée glaçante, construite et implacable. Ces défauts ne font pas de ce Psycho Raman un mauvais film pour autant. Anurag Kashyap se distingue toujours aussi bien de la masse des productions standards venues d’Inde, même si ce dernier polar en date est moins efficace qu’à l’accoutumée.

FICHE FILM
 
Synopsis

Mumbai. Ramanna, un tueur en série fasciné par un psychopathe des années 60, et Raghavan, un jeune policier, se livrent une lutte sans merci. Mais sait-on vraiment qui chasse l’autre ?