Psiconautas, los niños olvidados (Pedro Rivero & Alberto Vázquez, 2015)

de le 22/09/2016
 
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Après la bande dessinée et un court-métrage, la sombre et triste aventure Psiconautas passe sur le grand écran. Alberto Vázquez et Pedro Rivero livrent une œuvre visuelle dure et esthétiquement tenue. Mais sa progression disparate et son récit confus réduisent la possibilité d’intégrer pleinement l’univers pessimiste développé dans ce film d’animation adulte.

psiconautas-1Un dessin animé doit-il systématiquement s’adresser à un jeune public ? Pas forcément, s’il on en croit les deux réalisateurs espagnols de ce Psiconautas qui aura marqué son passage dans plusieurs festivals, raflant des prix au Mexique, Pologne, Espagne, Allemagne, Bulgarie et Canada. Pour l’instant passé uniquement dans les festivals d’Annecy, Different ! et l’Étrange festival, cette coproduction franco-espagnole devrait trouver le chemin de nos salles avant la fin de l’année. Pas facile, pourtant, de convaincre un tel cinéma de niche : un long-métrage d’animation particulièrement sombre et pessimiste, violent même, qui ne pourra s’adresser qu’à des adultes et adolescents qui désertent progressivement les dessins animés au cinéma.

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Tel est le défi de Psiconautas, sous-titré en espagnol “les enfants oubliés”, qui adapte par deux fois le travail d’Alberto Vázquez. Nous trouverons à l’origine du film une bande dessinée en noir et blanc, ainsi qu’un court-métrage ne se concentrant que sur le personnage de Birdboy, errant sur cette île qui tente de revivre après une catastrophe nucléaire. Ne vous fiez donc pas aux petits lapins, souris et z’osiaux que vous pourrez apercevoir, Psiconautas est une œuvre très dure et à ne surtout pas présenter à un jeune public (sauf si vous souhaitez les traumatiser avec toutes ces images de cauchemars). L’univers déployé par Alberto Vázquez et Pedro Rivero est étrangement anachronique. Les risques et les peurs qui concernent le film semblent provenir des années 1980, où l’Europe post-Tchernobyl craint à nouveau l’holocauste nucléaire comme à l’époque des deux blocs. Après le drame qui emporta nombre de ses habitants, l’île et ses habitants essaient de se reconstruire, avec d’un côté, de jeunes enfants qui vont encore à l’école, des policiers un tantinet fascistes qui patrouillent, comme si rien n’avait changé. D’un autre, on trouve dans une décharge géante des rats malveillants et paranoïaques qui ont bâti leur propre société dans un village que l’on croirait tout droit sorti de Mad Max.

psiconautas-4Bien que l’histoire se tienne en un tout, la multiplication des protagonistes et de leurs péripéties rend difficile notre attachement à eux. Nous avons plus l’impression d’assister à une suite de scénettes, où tout doit être les plus noir possible, qu’une progression plus globale d’une aventure sur toute la durée du long-métrage. Dans son travail d’adaptation, Alberto Vázquez semble avoir manqué de distance vis-à-vis de la planche de bande dessinée. L’émotion aura du mal à s’enclencher véritablement tant il nous faut s’approprier en un clin d’œil chacun des personnages, mais également absorber leurs propres traumas qui se propagent à l’écran. Ce rythme saccadé de Psiconautas s’exprime tout autant de la même manière avec chaque séquence qui finit par plonger dans les ténèbres et dépouille les personnages de tout espoir de quitter leur île moribonde. Cette quête d’évasion impossible passera par des ruptures familiales ou l’usage de la drogue.

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Et lorsque surgit soudain le surnaturel pour résoudre dans la violence et le chaos une situation inextricable, la raison nous échappe pour nous justifier un tel retournement. Rien ne nous préparait vraiment à une intervention que l’on aurait cru sortir de l’un des mauvais rêves de nos héros. Bien que la proposition artistique d’Alberto Vázquez et Pedro Rivero mérite le coup d’œil, l’expérience qu’elle nous propose n’en sera pas plus mémorable à long terme. Malgré une note d’optimisme lâchée dans les dernières secondes et dont la pertinence nous échappe encore, la distance établie par la difficulté à s’associer au sort des personnages et résolution violente automatique de chaque scène empêche d’adhérer émotionnellement au projet Psiconautas. Ce ne sera juste qu’un autre mauvais rêve de plus que l’on aura oublié au réveil.

FICHE FILM
 
Synopsis

La vie reprend peu à peu sur une île quelques années après une catastrophe nucléaire. Alors que Birdboy n’arrive pas à se remettre de la disparition de son père, Dinky et ses amis tentent de trouver une solution pour quitter à jamais cette île.