Premier contact (Denis Villeneuve, 2016)

de le 05/12/2016
 
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À son apogée, Denis Villeneuve nous propose sa vision du Jour où la Terre s’arrêta. Film après film, le cinéaste canadien continue de nous estomaquer en livrant ce long-métrage de science-fiction hypnotique, brillant et bouleversant, porté par une Amy Adams solaire. L’un des meilleurs films de l’année.

Premier contactIl y a des films qui vous laissent parfois sans voix, à bout de souffle, comme si tout l’air de la salle de cinéma avait été aspiré par des spectateurs pendant toute la durée du film, totalement immergés dans ce que l’écran leur proposait. Premier contact est de ceux-là. Le nouveau long-métrage de Denis Villeneuve est d’autant plus un fait rare qu’il accumulait tous les éléments pour ne plaire qu’à peu. Et il parvient, au final, à toucher l’universel et à réveiller au plus profond de nous quelque chose enfoui, de très personnel. Ce film tiré du roman Story of Your Life de Ted Chiang ne s’adresse pas uniquement à des amateurs de science-fiction, mais à tous. Rien ne semblait gagné pourtant lorsque le cinéaste canadien fut appelé à la rescousse de ce projet en perdition. Il aura su le caser dans son emploi du temps déjà bien chargé, entre son thriller Sicario sorti l’année dernière et la suite de Blade Runner prévue pour l’automne 2017.

Premier contact

Le défi n’était pas si aisé à relever, car d’autres avant Villeneuve avaient déjà abordé le sujet en signant des monuments du genre. Que pouvait-il donc apporter de plus que ce qu’un Robert Wise ou un Steven Spielberg auraient omis ? Denis Villeneuve n’aura pas trahi son style pour le plus grand bien de son film. Il continue ici encore de se contenter du spectacle le plus minimaliste pour illustrer son propos, contrairement à la tendance traditionnelle et encore actuelle des long-métrages hollywoodiens d’en mettre plein la vue et tout le temps. Premier contact commence très sobrement sur la voix apaisante d’Amy Adams, il fait gris, assez sombre et le ton qui sera celui du film est de suite posé. Denis Villeneuve ne manquera pas de culot en nous faisant passer la découverte qui changera le monde seulement par le hors champ, dans ce genre de cinéma où beaucoup se transmet par l’image. Des sonneries de téléphones portables, le commentaire superficiel d’un journal télévisé, une alarme d’évacuation, le survol à basse altitude par des avions de chasse… Il faut saluer sur ce point l’extraordinaire travail sonore de Sylvain Bellemare qui retrouve le cinéaste depuis Incendies. La Terre s’est arrêtée de tourner, mais le pourquoi ne nous sera démontré que plus tard. L’impact de la découverte de l’un des douze vaisseaux au visuel hors du commun n’en sera que plus fort sur le grand écran.

Premier contactNul ne saura à quoi devait ressembler le film sous la direction de Nic Mathieu, parti ensuite sur le long-métrage Spectral produit par Netflix. Une seule certitude : il n’aurait pas ressemblé à l’étrangement austère et pourtant hypnotique travail accompli par Denis Villeneuve. Ce dernier s’attaque à cette arrivée d’objets volants non identifiés du point de vue scientifique, pas ce qu’il y a de forcément très sexy, avec cette question d’une communication impossible entre les deux espèces. Il faut néanmoins expliquer cette présence pour les différents peuples terriens confrontés à cette forme noire et ovoïde qui reste immobile, suspendue à plusieurs mètres du sol. Avec ces êtres venus d’ailleurs, la question de l’autre que pose Premier contact s’inscrit parfaitement dans le contexte mondial actuel et assez déprimant de cette incompréhension se muant en une xénophobie systématique. Denis Villeneuve l’a très bien compris. Il n’est pas Steven Spielberg qui propose une vision positive et lumineuse de Rencontres du troisième type avec une Guerre froide qui semble déjà loin. Là, nous serions plus proches d’un prequel à La Guerre des mondes, dans l’attente d’un conflit qui sera fatal à toute l’humanité et qui nous paraît inévitable. Le cinéaste canadien fait tout pour ne pas nous faciliter la sympathie ou la familiarité avec ces extra-terrestres à l’esthétique particulière.

Premier contact

Cependant, ce ne sont pas ces inquiétants visiteurs qui intéressent Denis Villeneuve. Avec sa mise en scène clinique et mathématique, Premier contact est davantage un film sur les réactions humaines et leurs conséquences face à l’inconnu. Cette incertitude qui se traduit par un violent geste de repli, plutôt que par des signes d’ouverture aux autres. En scientifiques cartésiens, Amy Adams et Jeremy Renner deviennent malgré eux le grain de sable humaniste venant gripper la mécanique implacable d’une machine de guerre dépassée qui joue sur cet équilibre de la terreur. Entre la photographie hypnotique de Bradford Young et l’incroyable partition musicale de Jóhann Jóhannsson, le long-métrage est une longue montée en tension qui nous prend littéralement aux tripes. Premier contact est aussi de ces films que l’on peut redécouvrir à chaque fois en y trouvant un autre niveau de lecture. On pourrait regretter les quelques grosses ficelles scénaristiques pour aboutir à un dénouement explicitement clarifié pour une audience la plus large possible. Denis Villeneuve a néanmoins su trouver le juste milieu entre les obsessions de son cinéma bien à lui et les concessions faites avec le studio sur cette œuvre qui reste une commande. Car le cinéaste va chercher bien au-delà de son style froid et poseur considéré à tort comme anti-spectaculaire pour mieux nous toucher en plein cœur dans un final absolument bouleversant. Il serait peu dire que c’est avec une impatience fébrile que nous attendons de découvrir Blade Runner 2049.

FICHE FILM
 
Synopsis

Lorsque de mystérieux vaisseaux venus du fond de l’espace surgissent un peu partout sur Terre, une équipe d’experts est rassemblée sous la direction de la linguiste Louise Banks afin de tenter de comprendre leurs intentions.
Face à l’énigme que constituent leur présence et leurs messages mystérieux, les réactions dans le monde sont extrêmes et l’humanité se retrouve bientôt au bord d’une guerre absolue. Louise Banks et son équipe n’ont que très peu de temps pour trouver des réponses. Pour les obtenir, la jeune femme va prendre un risque qui pourrait non seulement lui coûter la vie, mais détruire le genre humain…