Poltergeist (Gil Kenan, 2015)

de le 24/06/2015
 
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33 ans après le film du duo Hooper/Spielberg, Poltergeist revient sur le grand écran dans une version qui, malheureusement, s’inscrit bien dans son époque. Les maux du genre épouvante abandonné depuis une décennie aux Paranormal Activity et consorts transparaissent parfaitement dans ce remake 3D de Gil Kenan. Ce dernier, pourtant réalisateur prédestiné après le film d’animation Monster House en 2006, nous laisse avec un film hanté par la paresse artistique et l’opportunisme pécuniaire.

PoltergeistAprès Mad Max, Jurassic Park et avant Terminator, 2015 voit accueillir un nouveau remake de franchise hollywoodienne, à l’origine concoctée par un génie et reprise aujourd’hui par des financiers opportunistes et dénués d’un minimum de sens artistique. C’est bien l’impression qui se dégageait du projet du nouveau Poltergeist. Si Sam Raimi est à la production, son aura n’aura pas suffi à inspirer suffisamment le long-métrage d’épouvante avec Sam Rockwell et Jared Harris. Pourtant, nous devons ce remake à Gil Kenan, réalisateur prometteur du Monster House (qui reste dans la thématique) et plus malchanceux de La Cité des ombres. Kenan se perdra dans les méandres d’une adaptation contemporaine du film de Spielberg et Hooper qui, au milieu des téléphones portables, drones et autres écrans plats, aura totalement oublié le propos de son aîné.

Poltergeist 2

Il est terrible de constater que cette nouvelle resucée de Poltergeist est plus fade et convenue dans son ensemble que la seule première minute du film original. Scénariste sur Le Monde fantastique d’Oz ou Les Cinq légendes, David Lindsay-Abaire a, semble-t-il, oublié ce que doit être un film d’horreur et/ou d’épouvante pour être marquant. L’ambiance et les jump scares suffisent à l’efficacité, cependant ce genre fonctionne essentiellement sur la transgression. Le premier Poltergeist jouait en permanence dans cette direction en s’ouvrant comme un film familial de l’univers Amblin, pour ensuite plonger lentement dans la psychose et les cauchemars. De plus, certaines répliques et critiques de la société américaine des années 1980 y trouvaient complètement leur place. Rien de tout cela en 2015. Après le licenciement du père (c’est la crise, quoi), la famille Bowen vient se reloger dans un lotissement de pavillons tranquille. Un peu trop tranquille même car, comme on le retrouve assez souvent de nos jours, l’exposition sabre dans la mise en place des choses aussi annexes que l’interaction avec des voisins à l’écran (économisant également au budget d’engager des second rôles supplémentaires).

PoltergeistNous nous retrouvons ainsi avec ce copié-collé des Freeling (père, mère, fille aînée, fils cadet et benjamine qui parle aux esprits) composé de personnages-fonction. Entre le père au chômage, le fils qui a peur du noir et l’ado accro au portable, le manque de considération pour caractériser les protagonistes au profit de l’action nous fait perdre, dès le départ, tout intérêt pour eux et des péripéties qu’ils traverseront dans leur nouvelle maison hantée. Très vite donc, les manifestations surnaturelles vont faire leur entrée balourde dans le récit. En 1982, l’original s’inscrivait dans cette vision de l’étrange imposée par Spielberg avec Rencontres du Troisième type (la photographie de Matthew F. Leonetti s’approchant de celle de Vilmos Zsigmond à l’époque), bercée notamment par la Quatrième dimension, où le Mal ne s’exprime pas tout de suite de manière hostile (idée reprise peu de temps après via les SOS Fantômes d’Ivan Reitman). Ici, tout est joué d’avance. Aux silences marqués avec insistances par la bande sonore succèdent les fameux jump scare.

Poltergeist 4

Plus rien ne nous surprend. L’impression d’avoir vu ce film mille fois. On ne s’étonne même plus de voir débarquer la bande de scientifiques avec leur batterie d’appareils de mesure et de détecteurs branchés sur toutes les prises disponibles de la maison, sachant que les précédentes manifestations n’avaient pas hésité à couper le courant ! Il est terrible de voir des acteurs comme Jarred Harris ou Sam Rockwell se fourvoyer dans de tels projets. On peut toutefois s’accorder à compter l’idée d’inclure les chasseurs de fantômes stars d’émissions télévisées comme la seule vraiment originale du film. Le reste sombre dans la pale copie qui n’a rien compris au long-métrage de 1982, reprenant de ci de là certaines répliques ou situations (et nous refaisant la même double fin, c’est dire le manque d’inspiration qui hante ce remake). Les effets visuels, surabondants par moments, en CGI ou la bouillie musicale de Marc Streitenfeld en rajouteront une couche à notre malheur. Même la stéréoscopie, qui aurait dû jouer un rôle majeur dans ce huis-clos, n’est que peu, voire pas du tout exploitée à l’image.

FICHE FILM
 
Synopsis

Lorsque les Bowen emménagent dans leur nouvelle maison, ils sont rapidement confrontés à des phénomènes étranges. Une présence hante les lieux. Une nuit, leur plus jeune fille, Maddie, disparaît. Pour avoir une chance de la revoir, tous vont devoir mener un combat acharné contre un terrifiant poltergeist…