Polluting Paradise (Fatih Akin, 2012)

de le 30/05/2013
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Très noble dans sa démarche, Polluting Paradise se veut un documentaire écologiste et dénonciateur de pratiques plus que douteuses dans le village de Fatih Akin en Turquie. Avec un travail documentaire de longue haleine, sur plusieurs années, le cinéaste et son équipe ont produit suffisamment de matière pour une œuvre à charge assez dense. Le problème est qu’à force de répétitions et digressions bien trop personnelles, Polluting Paradise perd de son impact et ne tient pas sur la longueur.

Polluting Paradise contient à peu près tous les éléments du documentaire à charge, au regard unique, dont le sujet est absolument inattaquable. La construction de cette décharge menée par des personnages peu scrupuleux, autant de l’environnement que des villageois, est un scandale et il est impossible d’en vouloir à Fatih Akin de vouloir dénoncer de telles pratiques. Ceci étant dit, Polluting Paradise bénéficierait d’une bien meilleure position à la télévision plutôt qu’au cinéma. On se situe ici face à un documentaire manipulateur, au regard unique, une œuvre de propagande au message une fois encore très défendable mais à laquelle il manque un vrai contrepoint. Il est ainsi nécessaire d’adhérer à 100% à la démarche du réalisateur, de considérer l’ensemble des autorités gouvernementales ainsi que le personnel de l’entreprise en charge de la décharge comme une bande d’abrutis au comportement inhumain. Sa démonstration est simpliste : d’un côté les gentils villageois et de l’autre les méchants pouvoirs publics. Le film ne va pas plus loin que ça, et le message est sursignifié dès les premières minutes avant d’être rabâché jusqu’au générique de fin. Avec les metteurs en scène en colère, c’est toujours le même problème quand ils sont incapables de prendre le recul nécessaire pour signer un véritable film documentaire, ils ne peuvent s’empêcher de brider le regard du spectateur pour le cloisonner à leur propre vision. Il est difficile de lui en vouloir à la vision des faits qu’il expose, signes d’un manque de respect absolu envers la population locale et la nature au sens plus large. Mais un minimum de nuance dans ses propos, avec peut-être un véritable travail d’enquête plutôt que la méthode Michael Moore consistant à condamner un tel par un simple « il a refusé de s’exprimer devant notre caméra », aurait été le bienvenu.

Polluting Paradise 2

Déception également du côté de l’auteur qui n’appose jamais sa patte au film, comme si le documentaire lui empêchait toute signature. Ne pas s’attendre à une quelconque forme d’humour donc, comme si la gravité du sujet était telle qu’un traitement des plus solennels s’imposait. Une grosse faiblesse qui tient surtout de la maladresse de Fatih Akin dans l’exercice documentaire. Il dénonce des choses importantes, voire essentielles, et son combat est extrêmement noble, mais son film ne va jamais plus loin que son sujet. Dans les quelques digressions qu’il se permet, l’émotion de rentrer au pays est bien là mais ne le touche que lui. Ainsi, plusieurs parties de son documentaires ressemblent à des extraits de sitcom assez embarrassants. Polluting Paradise souffre également d’un autre vrai problème, son absence totale de parti-pris cinématographique qui confirme que sa place était bien plus à la TV qu’ailleurs. Une fois passés les jolis plans aériens de l’ouverture, le film adopte une forme très basique de succession d’interviews entrecoupées d’images chocs de la décharge ainsi que quelques séquences prises sur le vif. C’est assez pauvre et le sujet n’est jamais vraiment transcendé pour en faire un film documentaire plutôt qu’un simple reportage. Pourtant, Polluting Paradise semble parfois s’ouvrir à quelque chose de plus vaste, par exemple lorsqu’il évoque l’exil forcé des habitants, le fait que cette décharge finit par effacer les souvenirs de ces gens, mais tout cela n’est qu’effleuré au final. On se retrouve donc face à un documentaire qui brille par son sujet, qui rapporte des faits précis selon un angle qui l’est tout autant, mais qui ne s’élève jamais, que ce soit par sa narration ou sa mise en scène, au delà du simple rapport et procès. C’est d’autant plus dommage que Fatih Akin, dans ses fictions, sait se montrer beaucoup plus habile et fin.

FICHE FILM
 
Réalisateur
Date De Sortie
Scénariste
Compositeur
Nationalité
Synopsis

En 2006, Fatih Akin tourne la scène finale de son film De l’autre côté à Camburnu, village natal de ses grands-parents au nord-est de la Turquie, où les habitants vivent depuis des générations de la pêche et de la culture du thé, au plus près de la nature.

Il entend alors parler d’une catastrophe écologique qui menace le village : un projet de décharge construit dans un mépris total de l’environnement et contre lequel s’élèvent le maire et les habitants.

Il décide de lutter avec ses propres moyens. Pendant plus de cinq ans, il filme le combat du petit village contre les puissantes institutions et témoigne des catastrophes inéluctables qui frappent le paradis perdu : l’air est infecté, la nappe phréatique contaminée, des nuées d’oiseaux et des chiens errants assiègent le village. Pourtant, chaque jour, des tonnes d’ordures sont encore apportées à la décharge….

olluting paradise est à la fois un portrait remarquable de la population turque des campagnes, et un émouvant plaidoyer pour le courage civil.