Plus Dure Sera La Chute (Mark Robson, 1956)

de le 15/11/2017
 
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DVD et BluRay permettent souvent de découvrir ou redécouvrir des films majeurs ou méconnus du septième art dans des versions restaurées. Une véritable renaissance pour une œuvre qu’un éditeur vidéo ramène sous le feu de l’actualité. ScreenMania a souhaité mettre en avant Plus dure sera la chute, réalisé par Mark Robson, disponible chez les éditions Sidonis Calysta. Plus qu’un film sur le milieu de la boxe, Plus dure sera la chute raconte un vrai combat, celui que mène un homme pour ne pas se perdre. Un pur bijou et le dernier rôle de Bogart.

L’histoire

La carrière de journaliste sportif d’Eddie Willis est au plus bas. Benko, un manager véreux, véritable chef du syndicat de la boxe, lui propose de travailler avec lui afin d’assurer la promotion d’un jeune boxeur, Toro. Bientôt, Eddie s’aperçoit que l’aspect physique robuste du jeune sportif n’a rien à voir avec ses réelles capacités et que toute l’affaire est truquée. L’homme s’enfonce alors dans un enfer moral, vendant son âme au diable contre tous les principes qu’il avait envers un sport qu’il aime passionnément.

Le contexte

La boxe a souvent passionné le cinéma et si Rocky ou Raging Bull sont aujourd’hui des références absolues, les années 40 et 50 avaient exploré le genre un peu autrement. Citons d’abord le film de Robert Rossen, Sang et or, réalisé en 1947 qui traitait déjà de la corruption dans ce sport dans une véritable atmosphère de film noir. Il faut aussi placer deux réalisateurs en parallèle : Robert Wise et Mark Robson. Le premier a signé avec Nous avons gagné ce soir en 1949, sans doute l’un des plus grands films sur le sujet, alors que la même année, Robson dirigeait Kirk Douglas dans Le champion, histoire d’une ascension. En 1956, la boxe est à nouveau à l’honneur pour les deux cinéastes. Et cette fois, c’est Wise qui nous raconte l’ascension d’un boxeur hors pair (Rocky Graziano) incarné par Paul Newman dans Marqué par la haine, tandis que Robson nous plonge dans un business impitoyable qui broie l’humain avec ce Plus dure sera la chute. Le film s’inspire de la véritable histoire du boxeur Primo Carnera, « bête de foire » gagnant plusieurs combats gérés par la mafia et pour lesquels il ne verra jamais les gains financiers. Au-delà du « film de sport », Robson amène une ambiance typique années 50 digne du polar. Ambiance jazzy, personnages troubles, cas de conscience, caméra épaule et… Bogart. L’acteur est affaibli par la maladie qui va l’emporter peu après. Il ne cherche pas à jouer les héros mais apporte toute sa fragilité à son personnage.

Pourquoi revenir sur ce film ?

La raison majeure pourrait être : parce que c’est le dernier rôle d’une légende du cinéma. Mais heureusement, le film n’est pas simplement objet de curiosité. Violent, âpre et désabusé, Plus dure sera la chute porte un regard sans concession sur un sport formidable en apparence mais impitoyable dans ses coulisses. La prestation de Bogart est remarquable et émouvante, celle de Rod Steiger impressionnante. Un pourri de tout premier ordre, cynique et manipulateur. L’opposition des deux caractères est l’atout premier du film. Il faut saluer la très belle mise en scène de Robson qui donne de l’ambiance et du caractère à ce manège infernal. Alors même si l’histoire ne va pas forcément dans l’originalité, elle n’a rien perdu de sa force. Plus dure sera la chute n’est pas le film le plus connu sur le sujet. Une raison supplémentaire de le faire découvrir.

L’édition DVD/BluRay

Comme toujours avec les éditions Sidonis/ Calysta, le film est accompagné de présentations passionnantes qui ont la bonne idée de nous éclairer de façons différentes sur l’œuvre en question. François Guérif met l’accent sur les qualités du film (et de Bogart) alors que Bertrand Tavernier va plus dans le détail sur le travail (ou non travail) du scénariste Philip Yordan. Producteur, l’homme est aussi crédité en tant qu’auteur du scénario mais l’histoire raconte qu’il n’écrivait pas grand-chose. Le véritable scénariste serait donc Budd Schulberg, auteur du roman. Pour un film mettant en avant les manipulations et tricheries, c’est assez cocasse. En résumé, l’édition proposée ici témoigne de la qualité d’un éditeur passionné qui œuvre à remettre en avant des films formidables que l’on aurait un peu trop laissés de côté.

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