Parents (Christian Tafdrup, 2016)

de le 05/07/2016
 
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Christian Tafdrup nous offre avec Parents une fable sobre et minimaliste sur la poursuite illusoire de la jeunesse disparue et depuis longtemps consommée d’un vieux couple. Pour son premier film au récit parfois mécanique et qui pouvait aller plus vite à l’essentiel, le réalisateur danois se risquera même à une touchante parenthèse fantastique, aidé par un casting irréprochable.

Parents 1Que se passe-t-il pour nos parents lorsque nous quittons le cocon familial ? Lorsque ces derniers se retrouvent (à nouveau) seuls depuis la naissance du premier enfant. Que ressentent-ils ? Père et mère sont alors projetés dans cette période de transition, tiraillés entre fierté et angoisse de voir l’oiseau quitter le nid. C’est un jeune metteur en scène danois qui s’est arrêté sur cette question. Après une carrière d’acteur, notamment dans les séries The Killing et Borgen, Christian Tafdrup s’est lancé dans la réalisation avec Parents. Histoire, toute banale, de Kjeld et Vibeke laissés seuls par leur fils Esben qui va habiter son propre appartement. Un fils déjà distancié de ses parents qui aiment encore à l’avoir dans les parages, mais dont le blues ne fait qu’empirer au fil des jours suivants. Mais derrière son apparente sobriété, Christian Tafdrup saura nous surprendre, avec un retournement aussi inattendu que perturbant.

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Dans ses quarante premières minutes, Parents a tout du petit drame familial classique, le plus minimaliste possible. Trois, puis deux personnages. Deux, puis trois décors. Tafdrup réduit le plus possible son récit sur le noyau dur de son intrigue. Le vieux couple tenu par Søren Malling et Bodil Jørgensen fonctionne bien à l’écran. Nous le suivons volontiers dans leurs tentatives de dialogue avec leur fils (Anton Honik) qui préfère écouter sa musique ou sortir avec sa copine d’un soir et annuler un dîner prévu avec ses parents. Esben nous paraissant assez suffisant et insupportable, il nous est encore plus difficile de voir ce joli couple sombrer lentement dans la sinistrose dans ce qui nous paraît une perte insignifiante. C’est pour casser cette spirale infernale que Kjeld reprend le petit appartement dans lequel lui et Vibeke vivaient avant la naissance de leur fils. Kjeld est nostalgique de cette autre époque idéale où ils n’étaient que deux et où tout semblait leur sourire. Ainsi, ce sentiment doux-amer prendra d’abord une forme matérialiste. Les meubles et bibelots récupérés reprennent leur place exacte imprimée sur le papier glacé.

Parents 3Or, cette quête s’avère rapidement impossible à remplir. Le malaise est profond et n’arrive pas à s’apaiser. Le rappel des objets, des postures ou de la musique ne console ni lui ni elle jusqu’à ce que le fantastique pointe le bout de son nez. Il faudra néanmoins attendre sans doute plus que nécessaire cette intervention. Mais, en effet, le couple de cinquantenaires se réincarnera un beau matin en celui qu’il était il y a une trentaine d’années plus tôt. Rides et creux ont laissé place à une peau de pêche. Muscles et rondeurs ont recouvré leur forme d’antan. Chacun se réhabitue comme il le peut à cette situation incroyable qui nous apparaît comme un rêve éveillé. Dans cet instant magique qui pourrait prendre fin à chaque instant, la mémoire des corps reprend ses droits et Kjeld et Vibeke se retrouvent enfin. Plus que le mythe de la recherche de la jeunesse éternelle, Christian Tafdrup explore ici la seconde chance d’une autre jeunesse. Les plans de voyages et d’année sabbatique se bousculent dans les têtes de Kjeld et Vibeke. Tout ce dont ils avaient dû renoncer, leur est enfin possible. Plus rien ne compte à côté. Si ce n’est leur fils, Esben, dépassé par cette transformation.

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Il va sans dire que les situations comiques que traverse Parents par la suite sont prévisibles, faites de ces moments de gêne partagés entre les trois jeunes adultes. Certes, Christian Tafdrup ne propose pas grand chose de neuf de ce côté là. La simplicité de son long-métrage repose essentiellement sur les épaules du couple. Son passé d’acteur l’aura sûrement aidé à bâtir son casting et le diriger sur le plateau. Miri Ann Beuschel (dont c’est le premier rôle au cinéma) et Elliott Crosset Hove (qui n’avait eu qu’un second rôle dans un long-métrage) reprennent parfaitement leur rôle déjà vécu. L’évolution de leur relation n’ira pas forcément en s’améliorant, car l’un ne saura obtenir ce qu’il veut de l’autre. La rupture est inévitable quand l’un veut revenir en arrière et que l’autre se laisse prendre au jeu de cette jeunesse perdue. On pardonnera au jeune réalisateur un dénouement trop mécanique pour parvenir à boucler son récit, avec de beaux instants entre eux deux et eux trois.

FICHE FILM
 
Synopsis

Le jour où leur enfant quitte le foyer familial, Kjeld et Vibeke voient leur vie perdre son sens. Les deux cinquantenaires décident alors de raviver la flamme de leur jeunesse en retournant dans l’appartement qu’ils louaient pendant leurs années d’études. Leur nostalgie prend un virage inattendu lorsqu’ils se réveillent et se rendent compte qu’ils ont littéralement rajeuni de 30 ans.