Paradis : espoir (Ulrich Seidl, 2013)

de le 23/04/2013
 
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Avec la frustration sexuelle se dessinant comme moteur évident de sa trilogie, Ulrich Seidl ne pouvait conclure autrement qu’en abordant un autre sujet sensible, plus vraiment tabou, mais toujours délicat. Paradis : espoir met en perspective l’acceptation ou la transformation d’un corps avec l’attirance malsaine entre un adulte et une jeune fille. Si le résultat est toujours aussi peu agréable, car traité cliniquement, cette conclusion est légèrement en retrait par rapport aux deux films précédents.

L’espoir. Celui de maigrir pour entrer dans la normalité, celui d’être aimé. Cet espoir habite l’ensemble de la trilogie Paradis d’Ulrich Seidl mais plus encore ce troisième chapitre, le plus provocateur sur le papier et finalement celui avec l’impact le plus limité. Concernant l’attirance et l’amour impossible entre une jeune adolescente et un homme d’âge mur, l’autrichien se frotte ici à un thème fort qui hante le cinéma depuis bien longtemps et auquel Stanley Kubrick avait apporté la plus belle des réponses avec son adaptation de Lolita il y a 50 ans déjà. On pouvait craindre le pire avec l’absence de finesse chronique dont souffre l’autrichien, sans cesse sur la brèche de l’inacceptable. Il n’en est rien. Si Paradis : espoir reste une nouvelle plongée dans tout ce qui dérange chez l’être humain, à savoir ses pires faiblesses, le film garde une distance convenable pour illustrer son propos. Le pire du glauque n’est jamais loin mais c’est une nouvelle fois l’aspect pathétique du récit qui emporte tout sur son passage, même si cette conclusion s’avère beaucoup moins percutante que les deux films précédents, autrement plus dérangeants. Il ne faut pourtant pas s’attendre à passer un moment de comédie ou quoi que ce soit de léger, car Paradis : espoir est pesant et poisseux, transpirant la tension sexuelle la plus malsaine qui soit.

Paradis espoir 1

Le problème principal de Paradis : espoir est qu’à l’inverse des deux autres, il est à priori indissociable de la trilogie. Comprendre par là qu’en autonome il ne fonctionne qu’à moitié mais prend tout son sens lorsqu’il est rattaché à cette sorte de fresque infernale signée Ulrich Seidl. Une nouvelle fois, il aborde l’exercice en suivant un personnage comme en suivent certaines émissions TV à tendance racoleuse, pour s’extirper de cette forme par le cinéma. Cette fois, finies les adultes à la sexualité morte ou en veille, et place à une jeune fille qui va expérimenter son éveil. Dès les premières images, il ancre ce film dans notre époque en mettant sur un pied d’égalité l’intérêt de ces jeunes filles pour la junk food et le sexe, désacralisé au possible jusqu’à devenir l’étape obligatoire et banale d’une entrée dans le monde des adultes. Sans rien changer à ses habitudes, l’autrichien gratte le vernis des apparences et montre au spectateur ce qu’il n’a pas vraiment envie de voir, transformant en objets sexuels des êtres qui en sont tout l’opposé car trop jeunes et trop épaisses, par un jeu pervers sur ses cadres (des légères contreplongées qui n’oublient jamais d’inclure l’entrejambe des filles en question). Il crée ainsi un malaise, car il rend presque hypnotiques des images naturellement désagréables. Mais ce qu’il cherche avant tout, c’est à provoquer une sensation de rejet en faisant apparaître toujours un peu plus le spectre de la pédophilie, ou au moins de la relation interdite. Ni juge ni voyeur, il aborde ce propos en restant dans une forme de sobriété qui laisse les personnages à distance et évite soigneusement les scènes les plus glauques. Pour autant, le fait qu’il ne montre rien de véritablement choquant, usant avec maîtrise de la suggestion, lui permet de conserver un potentiel coup de poing toujours impressionnant. Paradis : espoir est à nouveau un titre d’une ironie formidable, l’espoir étant avant tout celui de pouvoir s’échapper de ces visions infernales.

Paradis espoir 2

Ulrich Seidl ausculte avec son sens du détail ce qui peut mener à un acte bafouant la morale. La morale, une question au centre du dispositif Seidl et qui n’aura pas manqué de faire tiquer les moralistes qui voient en lieu une sorte de corbeau. Cependant, il faut bien avouer que le bonhomme, aussi pervers soit-il à première vue, a le mérite de poser des vraies questions sur des sujets inabordables. Ainsi, dans Paradis : foi, il aborde cette relation bizarre sans faire de l’homme un prédateur mais plutôt une victime consentante, de quoi provoquer une réaction évidemment épidermique. L’homme possède visiblement ses démons, mais il sait les garder endormis, et s’ils se réveillent c’est suite aux attaques incessantes d’une trop jeune fille amoureuse et consumée par son désir naissant. Alors tout ceci est tout de même assez dérangeant car Ulrich Seidl utilise toujours le même dispositif de mise en scène, à savoir des cadres sous forme de prisons magnifiques et terribles, et des plans dont la durée ne laisse aucun répit au spectateur. Il pourrait tomber dans la crasse mais s’en extirpe, préférant dresser les portraits de personnages fragiles, sur le point de s’effondrer, mais dont l’espoir d’une existence meilleure demeure. Ils cherchent l’amour, la tendresse, la présence de l’autre et logiquement une relation physique. Ils ne trouvent qu’un mur, celui de la morale, et leur espoir d’humanité, de normalité, reste leur ultime bouée de sauvetage. La relative et heureuse retenue face au sujet rend ce troisième film moins percutant, mais comme conclusion de cette peinture de la cellule familiale et féminine autrichienne, il n’en demeure pas moins essentiel et toujours très juste.

FICHE FILM
 
Synopsis

Mélanie passe ses vacances d’été dans un centre d’amaigrissement très strict. Entre les activités sportives, les conseils nutritionnels, les batailles d’oreillers et les premières cigarettes, elle tombe sous le charme du directeur du centre, un médecin de 40 ans son aîné. Elle l’aime comme on aime la toute première fois et cherche désespérément à le séduire. Conscient que cet amour est impossible, il tente de lutter contre le sentiment de culpabilité qui l’envahit. Melanie avait imaginé son paradis bien différemment…