Pandémie (Kim Seong-su, 2013)

de le 09/04/2014
 
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Le plus immense des succès au box office coréen n’assure pas un avenir radieux à son réalisateur. C’est en tout cas l’expérience qu’a vécu Kim Seong-su, absent du grand écran depuis 10 ans malgré le carton monumental de Musa, Princesse du désert. Il y revient avec un projet assez colossal qui aura attiré un peu plus de 3 millions de spectateurs dans les salles, relativement loin du top 10 de l’année 2013. Pur film de genre qui ne ment pas sur la marchandise, Pandémie fonctionne plutôt bien même s’il cède à certaines sirènes très coréennes qui limitent son efficacité.

pandemie 1Pandémie (The Flu au pays du matin calme) arrive un peu tard. En effet, toute la nouvelle vague des films de contagion a plus ou moins pris fin avec le médiocre World War Z. Mais les voies de la distribution des films asiatiques en France étant ce qu’elles sont, Pandémie débarque, en vidéo, des mois plus tard. Le troisième long-métrage de Kim Seong-su ne manque pas de charme. En effet, le réalisateur du plutôt bon Musa, la princesse du désert et son casting international, dont plus personne n’avait entendu parler suite à sa comédie Please Teach Me English sortie en 2003, n’a rien perdu de sa superbe et signe un pur film de contagion dans la grande tradition du genre. Pourtant, Pandémie n’est pas dénué de problèmes, avec en premier lieu l’impression qu’il n’apporte rien de bien neuf au genre, en même temps qu’il succombe à un véritable manque de retenue.

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C’est à trop vouloir en faire que Pandémie perd de son impact. Il s’agit d’un mal très coréen emprunté au mélodrame US, et qui se traduit essentiellement par des flots et des flots de musique bien trop présente pour appuyer des séquences dramatiques qui n’en finissent plus. Un brin de sobriété aurait été bienvenu, le récit de cette mère et sa fille séparées par l’épidémie étant suffisamment fort en soi. Cependant, là où le film fonctionne, c’est en s’articulant justement autour de personnages plutôt habilement construit et évoluant au sein d’une intrigue à la fois linéaire pour la trame d’ensemble, et délicate à définir concernant les nombreuses variations de ton. En effet, Kim Seong-su cherche à chasser sur le terrain de Bong Joon-ho et en particulier sur celui de The Host, reproduisant la recette avec tout de même moins de brio et une tendance à la balourdise qui nuit sérieusement à son ambition. Il reprend d’ailleurs des éléments entiers de la démonstration par l’absurde s’opérant dans ce qui demeure le meilleur film de monstres contemporain, mais manque sérieusement d’audace et de cynisme au moment de conclure.

pandemie 3Ainsi, on y retrouve une charge assez virulente contre la forme presque colonialiste des relations entre les USA et la Corée du Sud. Mais plutôt que de s’en moquer pour provoquer un électrochoc, Kim Seong-su prend le sujet très au sérieux. C’est tout à son honneur, sauf qu’il tombe dans l’abus d’envolées lyriques et patriotiques dignes d’un mauvais Michael Bay lors de séquences majeures et finit par transformer son discours sur l’émancipation du pouvoir en une forme de soumission. Ou comment ébranler tout un propos en une seule phrase prononcée par son président fictif au représentant du pouvoir américain. C’est malheureux car Pandémie perd alors toute sa relative insolence au profit d’une approche trop classique du blockbuster catastrophe moderne comme en produit Hollywood à la pelle. Le film se cherche donc une identité, dans ses diverses digressions pour détourner le regard de la trame principale. Il lui restera surtout celle du combat assez bouleversant de cette mère tiraillée entre son devoir de médecin/chercheur et celui de mère de cette petite fille en danger.

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Le motif reste toutefois assez classique de ce genre de film, qui prend une menace globale anxiogène afin de développer diverses sous-intrigues plus ou moins abouties. Ici, Pandémie traite également du parcours chahuté de deux sauveteurs et donc de l’héroïsme quotidien, d’une gentille romance entre un sauveteur et sa victime, de la traditionnelle enquête pour retrouver le « patient 0 » et surtout de la gestion de crise du pouvoir en place. L’occasion d’envoyer quelques tapes frontales aux tendances radicales et fascistes du gouvernement, à l’absence de cohésion entre les différentes strates du pouvoir, aux luttes intestines ainsi qu’à la brutalité monstrueuse et débile des forces armées. Là encore, il s’agit d’éléments inhérents au genre et qui n’apportent rien de bien nouveau, avec en point d’orgue une séquence très forte en tension et en émotion autour de la symbolique « ligne orange ». Ce que rate un peu Kim Seong-su, c’est sa peinture de la nature rebelle du peuple coréen qu’il cherche à montrer, notamment à travers quelques imposants mouvements de population dans son dernier acte. C’est par contre sur le plan purement technique qu’il s’en sort avec tous les honneurs, Pandémie bénéficiant d’un savoir-faire irréprochable.

pandemie 5Ainsi, si quelques plans d’ensemble souffrent d’effets numériques approximatifs, et plus précisément des explosions un peu moches, si la bande originale puise allègrement dans les compositions d’Hans Zimmer et John Murphy, et si les débordements mélodramatiques sont toujours trop appuyés, Pandémie reste une production très haut de gamme. La précision de son montage et la complexité de sa photographie, tous deux confiés à des techniciens habitués des films de Kim Ji-woon, la rigueur des cadres et une mise en scène qui n’oublie jamais la notion de spectacle impressionnent toujours autant. On y trouve quelques très belles séquences et une volonté d’apporter un soin tout particulier à l’esthétique afin de transcender un propos qui n’a rien de bien original. Et à part quelques effets de style un peu cheaps (les plans de « contamination » et leurs filtres malheureux), l’ensemble a vraiment de la gueule, et se montre avant tout très efficace dans l’objectif de créer une angoisse et une paranoïa. Dommage que la structure même du récit soit handicapée par quelques incohérences et facilités qui réduisent cette efficacité, et que tous les acteurs ne soient pas au même niveau que cette excellente petite Park Min-ha, qui donne la leçon à la plupart des adultes qui l’entourent.

Blu ray pandemiePandémie sort en DVD, blu-ray et VOD le 9 avril 2014

Éditeur : Wild Side

Suppléments :

  • Making-of
  • Scènes coupées commentées par le réalisateur
  • Concept art

FICHE FILM
 
Synopsis

Près d'une grande métropole, la police découvre, entassés dans un container, des dizaines de corps putréfiés victimes d'un mal mystérieux. Au même moment, un passeur de clandestins, atteint d'un virus inconnu, décède à l'hôpital. Quelques heures plus tard, les urgences de la ville croulent sous l'afflux des malades. Le chaos s'installe.
Afin d'enrayer la propagation du virus, les autorités imposent une mise en quarantaine. Tous les habitants sont confinés en zone de sécurité. La tension monte. Certains vont risquer leur vie pour sauver leurs proches, d'autres vont risquer celle des autres pour sauver la leur. Pendant ce temps, un survivant du container court dans la ville...