Pan (Joe Wright, 2015)

de le 21/10/2015
 
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Échec annoncé, le Pan de Joe Wright rate le coche sur quasiment tous les niveaux. Histoire, casting, direction artistique… Nous avons droit à tout et son contraire. Changeant constamment de direction en cherchant à aller partout, ce film scintillant et multicolore ne nous amène finalement nulle part, si ce n’est dans les limbes d’une œuvre schizophrène, tiraillée entre un auteur européen au style affirmé et un studio hollywoodien en quête d’argent facile.

PANQu’ont en commun les trilogies The Dark Knight, Very Bad Trip et les films comme Gravity, Pacific Rim, Jupiter, le destin de l’univers ou encore Mad Max: Fury Road ? Eh bien, la chose la plus évidente que ces long-métrages partagent avec le Pan de Joe Wright est le célèbre bouclier de la Warner Bros, en guise d’introduction. Cependant, un homme aura donné leur chance à ces projets un peu fous sur le papier. Cet homme c’est Jeff Robinov, ou plutôt c’était. Non, cet homme va bien, mais Robinov a été l’un des présidents de studios hollywoodiens les plus audacieux de ces dernières années. Lorsque l’on compare les films qui sont nés sous sa direction, on constate rapidement qu’à l’opposé de la série cinématographique Harry Potter, sur laquelle la Warner faisait ses plus gros chiffres, Jeff Robinov lui se projetait dans l’avenir et dans des long-métrages à forte valeur artistique ajoutée, quitte à dépenser plus que prévu. Écarté par les actionnaires en juin 2013, les remplaçants de Robinov se sont désormais lancés avec ferveur dans la destruction de sa vision, revendant Pacific Rim avant de constater les recettes mondiales, lançant un univers partagé à la Marvel avec les héros de DC Comics et bazardant les sorties du Jupiter des Wachowskis ou le Pan de Joe Wright.

PAN

Le dernier film du réalisateur de Hanna et d’Anna Karénine sort donc en catimini à l’automne 2015, déjà relégué à l’oubli par la promotion monstre de l’Épisode VII de Star Wars. Mais Pan a déjà enregistré un échec monumental aux États-Unis, et ce ne seront pas les recettes internationales qui feront basculer les compteurs dans le vert. Pourquoi un tel constat ? Étrange histoire, au départ, que ce retour aux origines du personnage de Peter Pan de J.M. Barrie. Ce jeune héros volant en collants animé en 1953 par Disney a connu plusieurs regards différents : Spielberg en avait fait une suite avec Hook en 1991, P.J. Hogan réadaptait l’histoire originale en 2003 et Marc Forster s’était plutôt concentré sur le parcours compliqué de son auteur dans Neverland l’année suivante. Le scénario de Jason Fuchs qui conduit aujourd’hui au film Pan faisait partie de la fameuse “liste noire” d’Hollywood, un recensement des scénarios les plus appréciés, mais toujours en attente d’être achetés par un producteur. Une fois le projet dans les tuyaux, Joe Wright accepta le relever le défi pour la Warner de Jeff Robinov au début de l’année 2013. Le réalisateur était tout indiqué pour apporter son petit plus après son extraordinaire mise en scène dans Anna Karénine. Cela s’en ressent dès l’assez belle introduction de Pan. Le film transpose l’univers du personnage de Barrie dans une histoire à la Oliver Twist, où le jeune Peter est déposé par sa mère (Amanda Seyfried) devant les portes d’un orphelinat.

PANLa suite de l’exposition prendra un ton moins solennel dans l’établissement londonien, dirigé par des nonnes bêtes et méchantes. Leur jeu grotesque et exagéré tient de l’influence de Wright sur son œuvre qui s’éloignera progressivement de ses mains. Le style très théâtral du cinéaste sait nous proposer du jamais vu avec des séquences assez folles : celle du départ mouvementé vers le Pays imaginaire, de la présentation en musique de la mine et de Barbe-noire, celle annonçant la prophétie annonçant l’arrivée d’un enfant sachant voler… Joe Wright tente et essaie, mais parfois un peu trop. Si la direction artistique fourmille d’idées, elle donne surtout l’impression d’un grand bazar multicolore. Le bas blesse surtout dans les incrustations de décors ou de créatures fantastiques, dont la conversion stéréoscopique tente vainement d’atténuer les défauts. Pourtant, il est inquiétant d’obtenir un tel résultat alors que le cinéaste s’est entouré de deux excellents directeurs de la photographie, à savoir Seamus McGarvey (son habitué) et John Mathieson. Ce poste dédoublé est à mettre en parallèle avec l’éviction de Dario Marianelli à la bande originale. Après avoir rempli son contrat, le compositeur fut remplacé par John Powell, duquel aboutira l’un des rares points forts du film, dans la veine de ses compositions pour les deux Dragons. À plusieurs reprises, Pan semble tenté de prendre un choix osé pour se rétracter aussi sec. À savoir que le tournage s’est effectué sous l’ère suivante de Robinov et que les conséquences de l’interventionnisme des studios dans le processus de création seront préjudiciables au produit fini.

PAN

Bien qu’il explore ce qu’il s’est passé avant l’histoire du roman, Pan ne cherche jamais à s’en émanciper et à aller développer plus loin le Monde imaginaire. Comme une obligation, on liste les personnages clés qui auront leur importance plus tard, Crochet, Lily la tigresse, Clochette, les enfants perdus… On explore, par exemple, le conflit entre Peter Pan et le capitaine Crochet en une amitié fluctuante, sans chercher à définir les raisons qui en feront les pires ennemis ensuite (sans doute pour laisser des pistes à prolonger dans des opus prochains qui ne verront jamais le jour). Les pirates, les indiens, les sirènes… Rien de neuf ne nous est proposé dans le contenu de ce monde que l’on connaît déjà, alors que sa découverte, avec un bateau voguant sur des sphères d’eau en lévitation, nous laissait présagé les plus grands espoirs. Hormis un Hugh Jackman cabotinant plus encore que dans Les Misérables et une Rooney Mara quelque peu absente, le reste du casting tente de faire bonne figure, en particulier Garrett Hedlund et le jeune Levi Miller plutôt convaincant. Pan se mue rapidement en un film convenu et au récit banal et sans aucune surprise. Les prises de risques artistiques de Joe Wright apparaissent alors comme des défauts, depuis un regard plus global, et son dernier long-métrage comme une énième preuve que certains décisionnaires d’Hollywood n’ont toujours rien à faire de la relation entre un auteur, son œuvre et son public, préférant copier bêtement sur le voisin chez qui la couleur des billets semble plus verte.

FICHE FILM
 
Synopsis

Petit garçon espiègle, Peter, âgé de 12 ans, possède un tempérament rebelle qu’il a du mal à maîtriser. Mais dans le sinistre orphelinat londonien où il a toujours vécu, sa personnalité n’est pas très bien vue. C’est alors que par une nuit extraordinaire, Peter est transporté dans une contrée fantastique peuplée de pirates, de guerriers et de fées du nom de Pays imaginaire. Dans ce nouvel univers, il vit des aventures hors du commun et livre des combats périlleux, tout en cherchant à retrouver l’identité de sa mère qui l’a abandonné à l’orphelinat il y a longtemps, et quelle est sa place dans ce pays féerique. Accompagné de la guerrière Lily la Tigresse et de son nouvel ami James Crochet, Peter doit venir à bout du redoutable pirate Barbe Noire pour sauver le Pays imaginaire et découvrir son véritable destin : devenir le héros connu du monde entier sous le nom de Peter Pan…