Palo Alto (Gia Coppola, 2013)

de le 10/04/2014
 
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En théorie, il est plus avisé de juger un film et son réalisateur sans prendre en compte s’il est fils de ou fille de. Mais en l’occurrence, ce premier film de Gia Coppola, petite fille de Francis Ford, se rapproche tellement des thématiques exploitées par la filmographie de sa chère tante Sofia, que la comparaison en devient inévitable. Palo Alto vise ainsi un exercice de style vain en offrant un hommage familial sans jamais chercher une émancipation artistique.

Palo AltoNaître dans la famille de Francis Ford Coppola est sans doute un avantage pour pouvoir réaliser un film, mais certainement pas pour le faire avec talent. C’est la seule leçon à tirer de Palo Alto, adaptation d’un recueil de nouvelles écrit par James Franco décrivant les errements d’une jeunesse désabusée et déjà blasée de tout avant d’avoir connu quoi que ce soit.

Mis a part son nom, rien ne prédisposait Gia Coppola à la réalisation. Aucun court-métrage, aucun travail s’apparentant à la réalisation ou l’écriture jusqu’à ce premier long. Tout son travail a jusqu’ici consisté à un job d’assistante-costumière sur Somewhere, réalisé par sa tante, et de consultante créative sur Twixt, réalisé par son grand-père. Rien de plus. Et Palo Alto ne fait que renforcer un sentiment de piston injuste tant elle ne démontre pas la moindre capacité à mettre en scène. Les séquences sont filmées presque toujours de la même manière, sans recherche de composition, encore moins d’un découpage fluide et cohérent et se contente bêtement d’avoir dans le cadre les têtes des acteurs pour qu’ils récitent leurs dialogues, sans la moindre énergie ou passion, faute d’un manque de direction.

Palo Alto

On est donc embarqués sur les rails pépères de cette énième variation d’ados mélancoliques dont l’ennui des vies est le seul élément communicatif au spectateur, le tout plombé par une écriture prétentieuse qui oscille entre un minimalisme et un naturalisme de pure posture pour coller au vide des arcs et des enjeux narratifs. On sent dans les dialogues, dans les personnages, dans chaque scène, une sensiblerie évoquant le flottement des sentiments dont on devine la patte de James Franco, perdu entre nostalgie déprimante des années lycée et la prise de substances psychotropes diminuant fortement la rapidité de toute réflexion.

Palo AltoSi le portrait d’une jeunesse malheureuse a trouvé autrefois des auteurs pour la sublimer, ici Gia Coppola ne fait que recycler les effets de sa tante, et uniquement sa tante.  Même avec des personnages originaux, une histoire de Franco et un contexte légèrement différent, on sent l’influence de la filmographie de Sofia Coppola à un point embarrassant. Les trois ados servant de protagonistes n’auraient jamais choqué à l’image s’ils avaient été des personnages secondaires de The Bling Ring ou transposés à une autre époque dans Virgin Suicides. Mais si ces films-là pouvaient se défendre parfois au moins en termes de forme, ici il n’en est rien. Tout est filmé platement, sans regard ni implication et monté de manière très artificielle avec les sempiternelles séquences au ralenti où un personnage regarde dans le vide ou ne fait rien de significatif avec comme seul fond sonore une vague chanson hipster juste apte à servir de somnifère aux plus insomniaques.

Palo Alto

A partir de là, aucune identification n’est possible pour les trajets croisés de ces trois faux marginaux aux histoires creuses : l’un a un petit accident de voiture et n’en ressort avec aucune séquelle physique ou émotionnelle, et c’est tout. Son meilleur ami est un abruti qui s’enfonce dans des délires qui ne font rire que lui, et c’est tout. Et la fille dont il est amoureux se fait draguer par son prof de sport (James Franco, donc), une situation qui s’arrête aussi vite qu’elle commence, et c’est tout. Le tout entrecoupé de déambulations dans des fêtes alcoolisées où il ne se passe strictement rien et de dialogues pompeux à mourir sur la mélancolie. De la guimauve molle sans véritable récit ni enjeux et à l’esthétique proche d’une pub pour chemises à carreaux hideuses. Cette lenteur à développer un propos bien maigre (la recherche d’affection prend parfois des détours et des impasses, qui l’eut cru), finit de nous persuader que Gia Coppola a réalisé un pur film de vieux. Paradoxal.

Nous assurant d’un ennui de chaque instant, Palo Alto nous rappelle amèrement la belle époque où certains réalisateurs se creusaient le cerveau et redoublaient d’ingéniosité sur chaque plan en cherchant toujours à produire du sens et en nous donnant coup sur coup Rumble Fish et The Outsiders. Alors, c’était pas toujours mieux avant, mais il serait grand temps que ça soit un peu moins assommant maintenant.

FICHE FILM
 
Synopsis

Piégés dans le confort de leur banlieue chic, Teddy, April, Fred et Emily, adolescents livrés à eux-mêmes, cherchent leur place dans le monde.
Ils ont soif de sensations fortes et testent leurs limites. L’alcool, les drogues et le sexe trompent leur ennui.
Ils errent sans but dans les rues ombragées de Palo Alto incapables de voir clair dans le tourbillon confus de leurs émotions.
Sauront-ils éviter les dangers du monde réel ?