Nos étoiles contraires (Josh Boone, 2014)

de le 27/08/2014
 
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Nos étoiles contraires a bouleversé l’Amérique. Aucune surprise à cela, avec cette romance adolescente entre une fille malade du cancer et un garçon amputé d’une jambe. Et malgré des acteurs parfois éblouissants, Nos étoiles contraires ressemble avant tout à une grossière compilation de tous les motifs du drame bien pesant autour de la maladie, totalement artificiel dans ses efforts pour créer une émotion.

Nos étoiles contrairesLa recette est imparable. Un propos qui mêle romance adolescente et maladie plus ou moins incurable, une actrice qui est devenue la nouvelle coqueluche du cinéma indépendant, des tonalités de feel good movie et le tour est joué. Sauf que les quelques 2h15 de Nos étoiles contraires se transforment assez rapidement en un ramassis de clichés insupportables intimement liés au genre. C’est la facilité qui prime ici, à travers un traitement on ne peut plus académique d’un cinéaste tout à fait conscient qu’il n’a pas besoin de se fouler pour emporter l’adhésion de son public. Le problème est qu’avec des ficelles qui s’apparentent plus à des grosses cordes bien visibles, Josh Boone parvient à neutraliser la puissance émotionnelle naturelle de son sujet.

Nos étoiles contraires

Cadres, bande originale, narration… absolument tout dans Nos étoiles contraires tient du cahier des charges bien huilé et respecté au millimètre du drame indépendant. A tel point que l’ensemble sonne tellement artificiel, tellement faux, que l’objet cinématographique tombe rapidement dans la désincarnation totale. Toutes les étapes semblent réunies, de l’entame très noire et pessimiste à la lueur d’espoir que représente le cœur du film, en passant par les accidents ponctuant le récit pour appuyer encore la tonalité dramatique et bien entendu, ce final larmoyant au possible. La recette peut paraître imparable, le film ayant littéralement bouleversé l’Amérique, elle n’est pourtant que programmatique et manque cruellement d’honnêteté. Jamais naturel, Nos étoiles contraires déroule son discours mille fois rabâché sur l’amour comme échappatoire à la maladie et cherche à jouer de façon presque sadique avec les sentiments du spectateur. Mais rien n’y fait, cela ne fonctionne pas, la méthodologie pataude est bien trop apparente pour se laisser happer par l’émotion. C’est par ailleurs dommage car le duo d’acteurs principaux est tout bonnement formidable.

A Fault In Our StarsEn effet, Shailene Woodley confirme qu’elle est l’actrice montante du moment, totalement en adéquation avec son époque. A savoir l’incarnation parfaite de Madame-tout-le-monde, sans éclat ni beauté magnétique, cherchant la performance dans le naturel. Elle ne brille pas mais se fait parfois vecteur d’une belle intensité dans les émotions. Face à elle, Ansel Elgort est plutôt surprenant avec son physique et son attitude presque anachroniques, comme un acteur venu tout droit d’une autre époque. Leur association fonctionne généralement plutôt bien, sauf quand le film commence à en faire des tonnes. S’il était jusque là tout juste banal, sans véritable personnalité, sans propos fort, et qu’il se vautrait déjà dans une illustration mielleuse de l’éveil amoureux, Nos étoiles contraires finit par virer dans le grand n’importe quoi sentimentaliste lors d’une séquence européenne du plus mauvais goût.

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Si c’est une belle occasion de retrouver Willem Dafoe dans la peau d’un personnage odieux, cynique et alcoolique (mais qui va se racheter une image car un personnage aussi malsain n’a pas sa place dans un tel film), l’escapade à Amsterdam sera l’occasion d’une scène embarrassante. Le nécessaire moment de lutte contre soi-même, le passage symbolique par excellence. Et quoi de mieux que l’ascension des escaliers de la maison d’Anne Frank pour filmer la douleur du dépassement de soi d’une jeune fille cancéreuse ? Le moment est gênant, le parallèle avec le combat de la jeune fille déportée l’est tout autant, d’autant plus que Josh Boone y va sans la moindre subtilité ou une quelconque forme de retenue. C’est d’ailleurs le pivot du film, qui tombe ensuite dans une succession de séquences cherchant à provoquer des torrents de larmes. Et malgré une petite pirouette surprenante, qui enfonce encore un peu le clou du sordide, Nos étoiles contraires ne sort jamais vraiment de son chemin tout tracé, celui d’un drame mineur qui a besoin de faire appel à un élément dramatique aussi puissant que le cancer et l’ombre funèbre qui l’accompagne pour pouvoir créer un semblant d’émotion. C’est faible, facile, sans la moindre audace ni point de vue, ni intérêt.

FICHE FILM
 
Synopsis

Hazel Grace et Gus sont deux adolescents hors-norme, partageant un humour ravageur et le mépris des conventions.
Leur relation est elle-même inhabituelle, étant donné qu’ils se sont rencontrés et sont tombés amoureux via un groupe de soutien pour les malades du cancer.