No Pain No Gain (Michael Bay, 2013)

de le 14/06/2013
 
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A la tête de son plus petit budget depuis le premier Bad Boys il y a déjà 18 ans, Michael Bay se sent pousser des ailes. Avec No Pain No Gain, il signe une comédie noire sur fond de rêve américain illusoire, autour de trois pieds nickelés au moins aussi couillons que lui, et livre un objet filmique légèrement improbable bien loin de ses blockbusters habituels. Mieux encore, s’il ne possède ni leur subtilité ni leur talent, il s’inscrit dans la voie royale du cinéma des frères Coen et leur amour pour les losers magnifiques.

Michael Bay lui-même qualifie son film de mélange entre Pulp Fiction et Fargo. Si ses chevilles déjà pas très fines ont visiblement pris autant de centimètres que les biceps de ses personnages, le bonhomme n’a pas tout à fait tort. No Pain No Gain se situe clairement dans la lignée des comédies noires centrées sur des losers des frères Coen, de Fargo à Burn After Reading, qui se font l’écho d’un certain état du monde. Bien entendu, il s’agit de Michael Bay, un réalisateur chez qui le mot « finesse » a été effacé de tous les dictionnaires. Donc sa vision du monde, il la balance à la manière d’un gros bourrin qui ne sait pas toujours comment établir une thèse, mais il essaye comme il le peut. Sa cible est très simple, son message est limpide, il cherche à humilier la notion de rêve américain en prenant pour héros ses rejetons dégénérés. Il y va avec ses gros sabots mais reste cohérent du début à la fin, même si No Pain No Gain souffre à quelques reprises de vraies baisses de rythme qui plombent un peu l’ambiance. Une cohérence qui se retrouve autant au niveau du récit et des personnages que de sa mise en scène qui a si rarement aussi bien collé à son sujet.

PAIN AND GAIN

Après avoir filmé des gros robots, Michael Bay filme des monstres, qui ne sont finalement que le produit d’une Amérique qui est devenue une industrie à freaks. Ses trois héros représentent autant les dérives extrêmes du culte du corps, qui transforme la beauté en laideur, que celles d’un capitalisme tout puissant ou de cette satanée idée selon laquelle tout est possible aux USA. Un pays où le plus crétin des crétins peut faire fortune et deviendra un modèle pour ses suiveurs, qui se verront comme des entrepreneurs, et ainsi de suite. Là encore, Michael Bay ne fait pas dans la dentelle et enfonce son message à grands coups de marteau-pilon, à grands renforts de bannières étoilées en arrière-plan et à travers son utilisation constante de la voix off. Une grande première qui donne un ton assez particulier à son film qui, dans ses pires moments, adopterait presque la narration d’un Guy Ritchie. Heureusement, No Pain No Gain est souvent plus proche d’un Tony Scott des années 2000, le rythme frénétique en moins. Michael Bay reste ce metteur en scène doué mais qui pense être un génie, ce qui donne lieu à une déferlante d’images aux textures diverses et extrêmement travaillées (avec même des plans en vidéo), parfois impressionnantes mais souvent très clinquantes. Mais cette fois, cette grammaire de la frime, bien soulignée par le score de son acolyte Steve Jablonsky, est en tous points cohérente avec le sujet de son film. Il s’agit de démontrer par l’image et son aspect chic et toc, bien que maîtrisé, le voile des illusions du rêve américain et la course effrénée au culte de l’apparence et de la richesse qui pousse les américains droit dans le mur. Ce point de vue transforme cette comédie, souvent très drôle, en une fable franchement cruelle et qui serait à la limite du supportable si Michael Bay ne montrait pas autant d’affection pour ses personnages.

PAIN AND GAIN

Il filme des idiots, des manipulateurs, des aveugles, mais il les aime profondément. Il transforme ainsi, par le prisme d’un humour noir parfois très limite au niveau misogynie et racisme, au moins aussi vulgaire que dans ce qui restait comme son meilleur film à ce jour, Bad Boys 2, un récit passablement atroce en quelque chose de ludique. Il va très loin en ce qui concerne la vulgarité, et convoque une poignée de gags qui resteront probablement parmi les plus efficaces de l’année en terme de comique de situation. Mais plus que la narration vaguement alambiquée et faite de sauts temporels, plus que sa mise en scène bling-bling qui lui permet de recycler de vieilles idées (le plan-séquence circulaire passant d’une pièce à l’autre de Bad Boys 2 est ici repris quasiment à l’identique), plus encore que son découpage enfin lisible et souvent bien senti, c’est sur ses personnages qu’il se repose. Ils sont propices à tous les excès, filmés comme des super-héros en contre-plongée, Michael Bay semblant presque lécher leur masse musculaire avec sa caméra. Fasciné par ce mélange entre beauté et monstruosité, il offre un terrain de jeu royal à ses trois acteurs, plus la troupe de seconds rôles (Ed Harris et Rebel Wilson en tête), pour qu’ils puissent s’exprimer. Mark Wahlberg y est une fois de plus impérial, à la fois impressionnant sur le plan physique et développant des nuances de jeu que seuls les très bons directeurs d’acteurs sont capables de lui procurer. Tandis que de son côté Dwayne Johnson est exploité exactement comme il doit l’être, c’est à dire avec un travail complexe sur le décalage entre son corps monstrueux, presque surréaliste, et son visage béat. En fou de Dieu un peu crétin sur les bords, il trouve là son meilleur rôle depuis Southland Tales. Et si on pourra regretter l’aspect un brin moralisateur du final (car c’est une histoire vraie, chose que Michael Bay rappelle au spectateur de façon très amusante et ironique le temps d’une séquence extrêmement drôle), No Pain No Gain s’impose sans mal comme le meilleur film du réalisateur à ce jour. Un film complètement libre, très drôle et très cruel à la fois, qui transforme sa laideur en une forme de beauté et traîne le rêve américain dans la boue. De la part d’un metteur en scène si souvent conspué pour son patriotisme exacerbé, c’est tout de même très amusant.

FICHE FILM
 
Synopsis

À Miami, Daniel Lugo, coach sportif, ferait n’importe quoi pour vivre le « rêve américain » et profiter, comme sa clientèle fortunée, de ce que la vie offre de meilleur : maisons de luxe, voitures de course et filles de rêve… Pour se donner toutes les chances d’y arriver, il dresse un plan simple et (presque) parfait : enlever un de ses plus riches clients et… lui voler sa vie. Il embarque avec lui deux complices, Paul Doyle et Adrian Doorbal, aussi influençables qu’ambitieux.
NO PAIN NO GAIN s’inspire de l’histoire incroyable mais vraie de ces trois kidnappeurs amateurs qui, à la recherche d’une vie meilleure, se retrouvent embarqués dans une série d’actes criminels qui dégénèrent rapidement… Rien ne se déroule jamais comme prévu.