Night Call (Dan Gilroy, 2014)

de le 18/12/2014
 
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Avec une carrière de scénariste bien moins glorieuse que son frangin Tony, Dan Gilroy change judicieusement de registre en s’essayant à la mise en scène de son premier long métrage. Avec Night Call, il prouve qu’il est bien plus doué derrière la caméra qu’à l’écriture, créant une œuvre essentiellement visuelle, assez féroce, bien que faussement subversive. Il se montre également comme un incroyable directeur d’acteurs, offrant à Jake Gyllenhaal un rôle en or.

Night Call 1Bien qu’il soit mentionné sur l’affiche, bien que les deux films partagent des influences communes évidentes (le cinéma urbain des années 70-80, de The Driver au Solitaire), Night Call et Drive n’ont pas grand chose à voir. Le premier film en tant que réalisateur de Dan Gilroy, bien qu’il soit à nouveau l’auteur du script, possède un vaste réseau d’influences qui le placent dans le sillage du cinéma de Michael Mann, ou de films tournant autour de la folie nocturne et urbaine de personnages instables, quelque part du côté de The Machinist ou d’A tombeau ouvert. C’est par ailleurs du côté de son script que Night Call perd en efficacité. Le film se voudrait être une charge virulente contre l’exploitation d’une imagerie barbare par les médias et leur absence totale de morale dans le simple but de faire de l’audience, sauf qu’il tombe dans une critique populiste et facile, manquant cruellement de mordant et ne s’appuyant que sur cet élément.

Night Call

Night Call a beau être d’une noirceur extrême et d’une férocité qui l’est tout autant, il arrive tout de même 20 ans après Tueurs nés qui avait plus ou moins tout dit sur le sujet et de façon bien plus percutante (tout en multipliant les sujets d’analyse). Ceci dit, si louer sa soit-disant offensive contre le monde des médias, se limitant plus ou moins à du « Bouh ! Les chaînes d’infos ne reculent devant aucun acte dégueulasse pour obtenir un scoop et faire exploser l’audimat. Et c’est mal. », est absurde, Night Call ne manque pas d’atouts. Pris en tant qu’exercice de style old school, premier degré, débarrassé de tout le cynisme hollywoodien, expurgé de toute digression parasite et articulé autour d’un personnage complexe et extrêmement détaillé, le film trouve tout son intérêt. Un atout non négligeable tient dans son casting. Si les seconds rôles sont logiquement savoureux (avec Bill Paxton, Rene Russo et Riz Ahmed, c’était gagné d’avance), Jake Gyllenhaal crève littéralement l’écran à travers une prestation habitée parmi ce qu’il a livré de plus fou dans toute sa carrière. Évidemment, les personnages instables, rongés par leurs névroses jusqu’à en avoir des cicatrices physiques, au comportement obsessionnel, c’est un peu le fond de commerce de l’acteur qui semble taillé pour ce genre de rôle. Mais dans Night Call, il repousse encore un peu les limites de sa palette de jeu. A la fois pathétique, effrayant et étonnamment charismatique, il porte l’ensemble du film sur ses épaules et apporte d’extraordinaires nuances à son personnage, de sorte à le rendre tout simplement indéchiffrable et capable des comportements les plus inattendus.

Night Call 5La beauté de ce personnage réside dans son écriture. Si le récit en lui-même se montre somme toute très classique et assez peu surprenant, le personnage de Louis et son traitement sont tout simplement salvateurs dans le paysage hollywoodien contemporain. Et ceci pour une raison toute simple, le traitement se montre sans aucune concession à la bonne morale. Le personnage est d’emblée dessiné comme un sociopathe, une ordure arriviste de la pire espèce, incapable de montrer le moindre sentiment humain vis-à-vis de ses congénères. Et bien ce portrait n’évolue pas de la première à la dernière seconde. Dan Gilroy ne cède jamais, il n’hésite pas à dépeindre ses actes les plus ignobles et amoraux. Il ne dévie jamais, il n’y a aucune forme de rédemption. Ce sale type fait partie intégrante de l’enfer nocturne de Los Angeles, et il est clair qu’il n’en sortira jamais, sorte de démon insatiable entraînant les faibles vers leur destin funeste.

Night Call

Night Call est un film simple, incisif, qui ne s’embarrasse pas de sous-intrigues et droit dans ses bottes. C’est sa force, et ce qui permet de passer outre un propos simpliste sur les médias. C’est également un film divinement construit. Dan Gilroy fait des merveilles derrière la caméra, sa mise en scène est précise, inspirée, la multiplication des écrans dans le cadre s’avère toujours justifiée et raccord avec le scénario et les enjeux qui s’y jouent. Il est bien aidé par la magnifique photographie de , capable de miracles lorsqu’il est au service de réalisateurs avec une véritable ambition graphique. Sa nuit est belle, presque fantastique. Cette mise en scène se montre également d’une efficacité redoutable lorsque le rythme s’emballe (avec par exemple une course poursuite exemplaire) et lorsqu’il s’agit de créer des zones de tension. Pour cela, Night Call bénéficie également d’un découpage très intelligent, doublé d’un montage là aussi d’une efficacité redoutable. En tant qu’œuvre critique sur l’univers pourri des médias, Night Call n’apporte rien de neuf et se montre même un brin simplet, mais en tant qu’exercice de style féroce sur le portrait d’un homme instable détruisant les anges au cœur de leur cité nocturne, il remplit parfaitement son objectif et sait se montrer surprenant et jusqu’au-boutiste.

FICHE FILM
 
Synopsis

Branché sur les fréquences radios de la police, Lou parcourt Los Angeles la nuit à la recherche d’images choc qu’il vend à prix d’or aux chaînes de TV locales. La course au spectaculaire n'aura aucune limite...