Moonwalkers (Antoine Bardou-Jacquet, 2015)

de le 08/09/2015
 
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Aussi coloré et attrayant qu’un trip sous LSD, le très sympathique Moonwalkers sait également être un film ludique sur la déconstruction d’un mythe populaire. Antoine Bardou-Jacquet nous propulse droit vers les années 1960 avec ce premier long-métrage qui prend d’autant plus d’ampleur en comptant Ron Perlman et Rupert Grint dans son casting. Rafraichissant !

Moonwalkers 1Il y a dans les théories conspirationnistes l’une d’elles qui attire particulièrement l’attention les cinéphiles : celle qui voudrait que l’éminent cinéaste Stanley Kubrick ait tourné un faux alunissage pour les Américains, au cas où celui de la mission officielle n’y parviendrait pas. On en voudrait pour preuve des objectifs particulièrement puissants prêtés par la NASA pour le tournage en lumière naturelle de Barry Lyndon, plus précisément pour les scènes éclairées à la bougie, ou encore des clins d’œil laissés par Kubrick dans The Shinning, notamment avec le petit Dany revêtant un pull avec une fusée marquée Apollo 11 alors qu’il pénètre dans une chambre interdite de l’hôtel maudit. Le cinéaste s’est toujours amusé de cette éventualité et n’aura affirmer ou infirmer ces hypothèses. C’est de cette idée folle que tire Antoine Bardou-Jacquet son premier long-métrage, laissant toutefois la fiction se charger de nous faire rire avec un imbroglio improbable de personnages loufoques et de séquences hypnotiques. Une entrée en matière solide et honnête qui nous ramène directement à la fin des années 1960…

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Moonwalkers c’est d’abord le choc frontal entre deux générations. Tout d’abord celle de Ron Perlman, avec sa gueule inimitable et grisonnante, vétéran n’arrivant toujours pas à se sortir du Viêtnam. Les Viêt-Cong le hantent, sous forme de cauchemars ou éveillés, immobiles et carbonisés par le napalm. La guerre n’est pas restée dans la jungle obscure et il la retrouve à chaque réveil en ayant éventré tout ce que ses poings d’aciers pouvaient trouver à leur portée. C’est à ce militaire de confiance qu’incombe la mission de convaincre le manager de Stanley Kubrick afin de convaincre ce dernier de réaliser la supercherie de secours. Avec une mallette remplie de livres sterling dans les mains de cette machine de guerre bougonne mais dévouée, la mission ne pouvait que réussir. C’était, bien entendu, sans compter sur l’irruption inopinée de Rupert Grint qui incarne un jeune producteur musical à la manque qu’un quiproquo va embarquer le vétéran d’Harry Potter dans cette aventure top secrète. Des mensonges amenant à d’autres mensonges et des dangers encore plus grands, étant donné que, pendant ce temps, trois astronautes se dirigent vers la Lune. Avec son casting hétéroclite, Antoine Bardou-Jacquet arrive à nous replonger dans l’Angleterre de 1969 et ce dès son générique d’ouverture, patchwork multicolore en sorte d’hommage à tous les délires visuels de cette époque en passant des Beatles aux Pink Floyd et aux animations des Monty Pythons.

Moonwalkers 3Pour son premier long-métrage, le réalisateur tient son univers, son sujet et ses personnages et nous embarque sans difficulté dans son histoire abracadabrantesque. L’union de ce vieil américain acariâtre et de ces jeunes britanniques paumés et fauchés donne lieu à des échanges aussi drôles qu’ils sont musclés. Car ces jeunes à qui Perlman se confronte n’ont rien à voir avec lui. Ils sont loin de la guerre et des soucis du monde bipolaire qui les entoure. Il n’y en a que pour le sex, drug and rock’n’roll ! C’est le temps des communautés hippies, des expériences et des substances qui conduira le spectateur jusque dans une séquence de trip sous acide hilarante. On ne serait pas surpris que The Big Lebowski des frères Coen ne traine pas loin… Après de nombreux accrochages, le manager minable va prendre ses responsabilités et faire en sorte que ce faux film soit tourné dans les temps. Ce qui n’empêchera pas d’autres problèmes de s’accumuler ensuite. Antoine Bardou-Jacquet connaît ses références et a su les digérer. Les citations au cinéma de Kubrick ne manquent pas et s’intègrent bien au récit, n’arrivant pas comme un cheveu sur la soupe et desservant l’action qui tombe parfois dans une violence graphique détonante.

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Tout se tient et s’imbrique naturellement, alors que les différents éléments paraissaient inconciliables au départ sur le papier. Le résultat fait plaisir à voir. Difficile encore de déterminer une patte ou un style dans ce gentil bordel, mais la photographie est soignée et la bande sonore (facilement) excellente. On a cependant un sentiment un peu ambigu du final. Il est clair que la chanson “Fortunate Son” des Creedance Cleerwater Revival est idéale pour boucler son film et correspond parfaitement à cette date. Pourtant, son association avec les images d’archives d’un Nixon victorieux dénote d’une méprise du message politique clair que contient ce morceau culte. Mais ne nous arrêtons pas sur ce détail d’historien rabat-joie que sur d’autres questions de rythme de certaines scènes ou de redondances par toujours opérantes. Antoine Bardou-Jacquet livre un premier film propre et qui tient la route de bout en bout et marqué de nombreuses fulgurances visuelles. De plus, le monsieur est chapoté par l’inénarrable Michel Gondry, donc nous avons toute confiance dans son avenir prochain. Mais avant de demander de décrocher la Lune, allez voir déjà le très fun Moonwalkers, on s’arrangera pour le reste après.

FICHE FILM
 
Synopsis

Juillet 1969, Tom Kidman, l'un des meilleurs agents de la CIA de retour du Vietnam, est envoyé à Londres pour rencontrer Stanley Kubrick et le convaincre de filmer un faux alunissage au cas où la mission Apollo 11 échouerait. Kidman ne trouve pas Kubrick, mais il tombe sur Jonny, le manager raté d'un groupe de rock hippie. Jonny est le cauchemar de Kidman, mais il n'aura pas d'autres choix que de s’embarquer dans un trip halluciné avec lui, afin de mener à bien sa mission, sauver leurs vies et monter la plus grosse supercherie de l’histoire !