Monster Hunt (Raman Hui, 2015)

de le 12/10/2015
 
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Après s’être formé aux USA, Raman Hui retourne en Chine pour réaliser son premier film en solo. Un conte fantastique au budget confortable qui tape en plein cœur d’un cinéma familial qui ne manque ni d’action, ni de fantaisie, ni d’humour. Mais peut-être d’un peu de rigueur, ce qui ne l’a pas empêché de devenir le plus gros succès de tous les temps en Chine.

Monster Hunt 1Raman Hui a été formé à l’école Dreamworks, pour qui il a été animateur sur divers longs métrages depuis Fourmiz en 1998, et pour qui il a co-réalisé Shrek le Troisième. Et le voici qui se lance dans l’aventure du long métrage en live action, pour une production 100% chinoise. Scénarisé par Alan Yuen (scénariste de plusieurs films de Benny Chan dont New Police Story, scénariste et réalisateur de Firestorm avec Andy Lau), Monster Hunt joue à fond la carte du grand divertissement familial. Une sorte d’objet hybride qui convoque monstres légendaires, kung-fu et humour typique dans un tout pas toujours très cohérent, à la rythmique en dents de scie, mais qui constitue un spectacle logiquement fédérateur.

Monster Hunt 2

Avec des choix de character design asse étranges, les monstres ressemblant à des Shreks mutants tandis que le nouveau né au centre du récit tient de l’hybridation entre un légume et ces monstres, Monster Hunt prend pourtant le risque de ne pas plaire à tout le monde. Pourtant, cela fonctionne, sans doute grâce à ce design justement, relativement simpliste et permettant de s’accommoder d’un budget effets spéciaux loin d’approcher celui d’un blockbuster américain. Pour le cœur du récit, on se situe en terrain connu, à savoir dans une intrigue dont le héros est un nigaud au grand cœur, héritier d’une famille jugée démente mais qui réussira évidemment à accomplir sa destinée et à se montrer digne de son héritage héroïque. Le film de Raman Hui s’articule autour de valeurs positives et universelles, du dépassement de soi à l’acceptation de l’autre, en passant par la découverte de sa véritable nature. Le tout saupoudré d’une histoire d’amour très platonique mettant en scène une cellule familiale virtuelle qui apporte son lot de moments touchants mais surtout drôles.

Monster Hunt 3Car Monster Hunt joue à fond la carte de la comédie, à base d’un humour naïf qui pourra désorienter le spectateur occidental mais qui reste d’une efficacité redoutable dans l’optique d’un divertissement essentiellement familial. Et si le design des créatures, certains dialogues et situations, démontrent une approche presque enfantine, il n’en va pas de même dans le design général du film ou dans le ton, ancré dans le conte avec ce que cela comporte d’éléments cruels. Avec une direction artistique signée Lee Kin-Wai (The Bullet Vanishes et That Demon Within) et Yohei Taneda (Kill Bill vol. 1, Warriors of the rainbow ou Man of Tai Chi), Monster Hunt possède une identité visuelle solide et sérieuse, contrairement à son scénario qui part un peu dans tous les sens.

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Le cinéma chinois a beau souffrir assez souvent de scripts incohérents, celui de Monster Hunt n’échappe pas à la règle, avec des éléments qui défient la logique (la place des chasseurs de monstres, le monde des monstres, l’objectif véritable du bad guy de l’histoire, au passage terriblement transparent…) et des personnages inutiles qui viennent parasiter la narration à grands coups de digressions sans intérêt. Des enjeux pas toujours très clairs en dehors de la protection du bébé monstre, ni très ambitieux ou originaux, et un manque global de rigueur dans l’écriture, posent tout de même quelques problèmes d’immersion et de caractérisation. Cependant, l’ensemble se tient plutôt bien. Une poignée de séquences musicales qui ne tombent pas comme un cheveu sur la soupe, des gags toujours à leur place, un message mignon tout plein, la rectte du bon divertissement pour toute la famille est respectée, et ceci explique le succès phénoménal du film en Chine. A cela s’ajoute un traitement franchement noble, même si la mise en scène elle-même manque clairement de personnalité.

Monster Hunt 5Monster Hunt possède d’ailleurs un bel atout avec ses nombreuses scènes d’action plutôt réussies, et bénéficiant du savoir-faire de Guk Hin-Chiu, action director sur Black Mas, Iron Monkey, Tai-Chi Master ou encore Journey to the West: Conquering the Demons. Côté casting, l’ensemble s’avère gentiment fadasse, notamment sur le couple principal formé par Boran Jing et Bai Baihe. Tang Wei leur vole facilement la vedette malgré un personnage sous-exploité, sans même parler du génial couple formé par les vétérans Eric Tsang et Sandra Ng, assurant le show malgré un temps de présence à l’écran assez réduit. Quoi qu’il en soit, malgré des gros défauts assez agaçants, Monster Hunt s’impose comme un divertissement très honnête, optimiste, généreux et parfois même spectaculaire.

FICHE FILM
 
Synopsis

Dans un lointain univers, les monstres régnaient sur la Terre. Puis vint l'offensive des humains pour prendre le contrôle. Il y parvinrent en repoussant les monstres vers les montagnes noires. Depuis, les deux espèces vivent dans des mondes séparés, jusqu'à aujourd'hui. Le monde des monstres est au bord du chaos, avec un seigneur maléfique cherchant à assassiner la reine portant un héritier, afin de conquérir le trône. Elle trouve refuge dans le monde des humains. Dans sa fuite, elle rencontre Tianyin et lui fait avaler l’œuf contenant son héritier. Devenu cible des monstres et des chasseurs de monstres, portant l'héritier du monde des monstres, Tianyin peut compter sur Xiaonan, une jeune chasseuse de monstres, pour rester en vie. L'étonnante équipe tient le destin de la Terre dans ses mains.