Miss Peregrine et les enfants particuliers (Tim Burton, 2016)

de le 27/09/2016
 
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Miss Peregrine et les enfants particuliers est une nouvelle preuve d’un auteur en perdition. Malgré un sujet correspondant à l’univers fantastique de Tim Burton, le cinéaste n’a rien à dire et s’efface complètement derrière un produit sans saveur ni inspiration, conçu dans le seul but de poser les bases d’une énième franchise hollywoodienne à rentabiliser.

MISS PEREGRINE'S HOME FOR PECULIAR CHILDRENÀ chacun de ses nouveaux films, il réside encore et toujours le mince espoir que Tim Burton sorte enfin de sa traversée du désert artistique. Le brillant cinéaste qui avait marqué les années 1990 avec ses sombres et baroques Batman, Edward aux mains d’argent ou encore Sleepy Hollow avait sombré progressivement au cours de ses quinze dernières années avec des long-métrages moins riches et touchants. L’incroyable succès, encore inexplicable, de son Alice au pays des merveilles a culminé cette période terriblement creuse en idées et, pour une sortie en 2016, s’est proposé à lui l’adaptation du roman de Ransom Riggs Miss Peregrine et les enfants particuliers. Vu son sujet, la transposition de ce best seller fantastique sur le grand écran était une belle occasion pour lui de se refaire. Finalement…

MISS PEREGRINE'S HOME FOR PECULIAR CHILDREN

Le nouveau film de Tim Burton se trouve à la croisée de plusieurs chemins. Tout d’abord, l’acteur Asa Butterfield a bien grandi depuis Hugo Cabret et La Stratégie d’Ender et se retrouve embarqué dans le rôle de Jacob, un ado solitaire et mal dans sa peau, dont le destin va être bouleversé à la mort de son grand-père, incarné par un trop vieux Terence Stamp. Malgré la présence de tous les ingrédients idéaux pour répondre aux obsessions de Burton, il est dommage que cette histoire n’ait pas plus trouvé de personnalité à travers sa vision. Car les histoires surnaturelles que racontait le grand-père de Jacob pour l’endormir plus jeune s’avèreront plus réelles qu’elles n’y paraissent. Le doute le poussera à quitter son monde réel de l’American Way of Life (si chère au cinéaste pour la démonter) pour une île du pays de Galles. Il se situerait sur celle-ci la fameuse maison de Miss Peregrine qui abriterait des enfants aux pouvoirs extraordinaires. Une aventure qui nous propose un mélange informe des X-Men, de Harry Potter et des Orphelins Baudelaire, notamment en piochant tout ce que ces franchises passées au cinéma ont déjà en commun.

Miss Peregrine's Home For Peculiar ChildrenNéanmoins, il y a ensuite un studio d’engagé derrière ce Miss Peregrine et les enfants particuliers. Actuellement, la 20th Century Fox manque de franchise adolescente solide depuis le stand by du Labyrinthe qui n’est pas aussi rentable que prévu. Cherchant à jouer sur plusieurs fronts, le studio s’est lancé dans cette adaptation qui lui garantit déjà plusieurs épisodes au compteur. Nous aurons ainsi le même schéma d’écriture que pour n’importe qu’elle autre série du genre. Les rares propositions ou prises de risque artistiques se traduisent par un univers contradictoire. Le film s’égare dans quelques scènes aux envies lugubres, tandis qu’il cherche globalement à toucher un grand public. Les deux premiers tiers subiront la lourdeur du processus avec un héros complètement passif. Aussi volontaire qu’une vache qui regarde passer les trains, Jacob subira les événements jusqu’à ce qu’il soit dos au mur pour le dernier acte. Tout est calibré. De la photographie étrangement standard du talentueux Bruno Delbonnel, pour être ensuite grossièrement convertie en 3-D, à l’absence regrettable du compositeur fétiche du cinéaste Danny Elfman, remplacé par Michael Higham et Matthew Margeson nous pondant une bande originale aseptisée et par moments hors sujet.

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Nous ressentons le poids de la commande tout au long du film. En plus d’avoir perdu ses motivations profondes d’artiste du cinéma, Tim Burton se laisse endormir par ceux qui n’ont besoin que de son nom à apposer sur un projet déjà formaté par les exécutifs. Ainsi, l’ensemble du casting constitué n’importe comment est abandonné sur le plateau. D’Eva Green à l’apparition de Judi Dench, les plus expérimentés cabotinent affreusement par un manque formel de direction d’acteur. Le méchant savant fou que tient Samuel L. Jackson est aux antipodes de sa brillantissime prestation dans Les 8 Salopards de Quentin Tarantino sorti en début d’année. Pourtant, le plus dramatique restera le grand n’importe quoi de la bataille finale. Elle s’avère une belle allégorie du cinéma et des obsessions de Tim Burton qui se sont perdus entre le cirque et la fête foraine qui servent de décor à une séquence d’action en roue libre. Rien de bien rassurant donc quand le dernier plan du film nous vend déjà une prochaine aventure.

FICHE FILM
 
Synopsis

À la mort de son grand-père, Jake découvre les indices et l’existence d’un monde mystérieux qui le mène dans un lieu magique : la Maison de Miss Peregrine pour Enfants Particuliers. Mais le mystère et le danger s’amplifient quand il apprend à connaître les résidents, leurs étranges pouvoirs … et leurs puissants ennemis. Finalement, Jacob découvre que seule sa propre "particularité" peut sauver ses nouveaux amis.