Massacre à la tronçonneuse (Marcus Nispel, 2003)

de le 19/08/2013
 
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Il est toujours délicat, dans cette boucle sans fin qu’est le cinéma et ses incessants remakes, de s’attaquer non pas seulement à un « film culte » mais surtout à une œuvre parfaite. C’est le cas de Massacre à la tronçonneuse, monument de rage d’un Tobe Hooper alors touché par la grâce et qui se retrouve entre les mains d’un duo passablement bourrin bien que véritablement doué : Michael Bay et Marcus Nispel. Le résultat est loin d’être honteux, surtout en comparaison d’autres films de cette saga qui n’aurait jamais dû en être une, mais s’avère bien trop artificiel pour ne serait-ce que toucher du doigt l’illumination de son modèle.

Si Massacre à la tronçonneuse n’a rien perdu de sa puissance près de 40 ans après sa sortie, c’est que le film était le produit d’une époque par un cinéaste révolté qui trouvait l’occasion d’exprimer par le cinéma une haine et une peur du monstre qui se terrait en chaque américain. Un style pris sur le vif et crade à souhait, de vrais relents politiques et l’impression de vivre un enfer, simplement par la suggestion, voilà la recette d’un petit miracle. Soit tout l’inverse de la formule adoptée par Michael Bay, producteur omniprésent, et Marcus Nispel, petit surdoué venu du clip et possédant une véritable identité graphique. 30 ans après l’original, la peur sur le sol américain n’est plus la même et le procédé n’a donc plus vraiment de sens, et Massacre à la tronçonneuse nouvelle génération ne fait qu’embrasser la mode du torture porn ultra léché qui n’apporte strictement rien au genre, si ce n’est un premier degré assez salvateur. C’est bien le point essentiel de ce remake, qui le place tout de même au-dessus du lot de productions médiocres. Marcus Nispel refuse viscéralement tout cynisme et toute rigolade, préférant taper fort et faire gicler des hectolitres d’hémoglobine sans se soucier de la mode minable instaurée par un certain Wes Craven. En résulte un film assez sauvage, ultra violent, mais qui n’arrive jamais à la cheville de son illustre modèle.

Massacre a la tronconneuse 1

Le problème est que ces prétendues qualités se retournent inexorablement contre lui, transformant une œuvre poisseuse et malsaine en quelque chose de bien trop lisse. En effet, au premier abord il est bien difficile de taper sur la mise en scène de Marcus Nispel, sur son mode de narration ou sur la photographie en clair obscur de qui occupait déjà ce poste sur le film original. Massacre à la tronçonneuse est un beau film, extrêmement appliqué, à la mise en forme très élaborée. C’est très bien, sauf que le vernis ne sied pas vraiment au contenu. Ainsi, Daniel Pearl fait tout pour s’éloigner du style pris sur le vif du premier film en lui préférant une esthétique chic et un peu toc, où chaque source de lumière travaillée à l’extrême devient surréaliste. Dès lors, difficile d’y croire plus de deux secondes, et ce n’est pas le prologue faussement cracra qui y change quelque chose. En outre, certains choix narratifs appliqués dans le seul but d’éviter le copier/coller viennent effacer tout l’aspect malsain de l’original. Exit les références au cannibalisme, adieu la scène du repas et place à une sorte de slasher basique qui cède aux sirènes du torture porn. Alors oui, les meurtres sont sadiques et sanglants, nombreux et frontaux, et cela peut faire plaisir à voir. Sauf que l’étalage de barbaque dans le cadre n’est qu’une solution de facilité, là où Tobe Hooper jouait élégamment avec le hors champ pour créer l’horreur et donner la sensation d’avoir assisté à un massacre en n’en voyant que très peu. En gros, ce remake luxueux, bourgeois, sans le moindre propos affirmé, se contente de buter du beau gosse et de la jeune fille en tenue sexy simplement pour la beauté du sadisme. Intérêt 0 donc.

Massacre a la tronconneuse 2

Pourtant le machin reste franchement efficace. L’outrance aidant, le jeu de massacre fonctionne sur un mode ludique assez amusant. Après tout, voir des têtards insupportables se faire éviscérer plein cadre reste plaisant, d’autant plus que Marcus Nispel ne fait pas dans la demi-mesure au niveau des effets gores. Pourtant, la sauce ne prend pas vraiment. La faute à tous ces personnages caricaturaux et absolument pas travaillés, jusque dans leurs relations un peu débiles. La faute également, et surtout, à un Leatherface bien trop humanisé d’un côté, et transformé en une machine de l’autre, sorte de Terminator armé d’une tronçonneuse. Une créature bâtarde, loin de la figure du mal absolu, et même un peu crétine. En effet, difficile de saisir le sens de toutes ses mises route de tronçonneuse, si ce n’est pour justifier de nombreux jump scares ou pour limiter le personnage à cet instrument. On est bien loin de la subtilité malsaine du film original dont certains plans tétanisants n’ont rien perdu de leur impact, quand aucune image forte ne restera de Massacre à la tronçonneuse version Nispel. Car à moins d’alimenter les fantasmes à travers le ventre plat de Jessica Biel ou les abdos d’Eric Balfour, ce remake sans âme, diaboliquement bien shooté mais sans le moindre intérêt, avec ses lumières qui semblent hurler « regardez comme je suis crade et poisseux » mais manquant cruellement de tension, n’est rien d’autre qu’un produit bis de milieu de tableau. Un film calibré pour un jeune public friand d’envolées gores mais gentillettes, à l’ambiance fake au possible, bien loin de la folie furieuse et contestataire de son modèle.

bluray massacre a la tronconneuseBlu-ray édité par Metropolitan Filmexport

Date de sortie : 3 juillet 2013

Catégorie : horreur

Présenté dans son format d’origine (1.85), Massacre à la tronçonneuse bénéficie d’un transfert de qualité qui permet de retrouver le rendu salle de façon assez fidèle. Définition précise, noirs profonds, c’est idéal pour retrouver les nuances de la photographie très élaborée.

Côté son, si la piste française est un peu légère, la piste VO est puissante et permet une immersion totale, le sound design étant particulièrement important sur ce film.

Au niveau des suppléments, on retrouve à peu près les même que sur l’édition collector DVD sortie en 2004, avec les même documentaires promo plutôt chouettes, les mêmes commentaires audio (3 au total) enregistrés séparément donc un peu mous, les mêmes scènes coupées, etc… manque juste à l’appel le pourquoi des scènes coupées ainsi que la galerie de concept arts.

Merci à Cinetrafic pour la galette.

FICHE FILM
 
Synopsis

En 1973, lors d'une perquisition à la ferme de Thomas Hewitt, ancien employé de l'abattoir de Travis County, au Texas, la police découvrait les restes de 33 êtres humains. Cette effroyable trouvaille mit en émoi la population locale. Arborant les grotesques masques de chair de ses victimes et brandissant une tronçonneuse, le tueur fut macabrement surnommé Leatherface. Les autorités locales abattirent un homme portant un masque de cuir, mettant ainsi fin à l'affaire, mais au cours des années suivantes, plusieurs personnes accusèrent la police d'avoir bâclé l'enquête et d'avoir tué un innocent en toute connaissance de cause. Pour la première fois, la seule victime ayant survécu au massacre brise le silence et raconte ce qui est vraiment arrivé cette nuit-là, sur une route déserte du Texas, à cinq personnes qui sans le savoir, roulaient vers leur pire cauchemar...