Marguerite et Julien (Valérie Donzelli, 2015)

de le 21/05/2015
 
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Quel engrenage est brisé dans le cinéma français pour qu’un film comme Marguerite et Julien se retrouve en compétition au Festival de Cannes ? Bien que Valérie Donzelli soit parvenue à se faire remarquer avec La Guerre est déclarée, elle présente ici un nouveau film pompeux et presque mégalomane dans son sens le plus détestable possible, une roue libre cinématographique de mauvais auteur qui se complaît derrière ses très vaines images. Marguerite et Julien, c’est un peu le pompon de ces productions dont on se demande comment elles ont été encadrées tant c’est ouvertement désespérant du premier au dernier photogramme. Retour sur l’un des principaux challengers pour la Palme de Plomb de cette édition 2015.

Marguerite & Julien 3Rien n’est donc épargné pour le spectateur qui doit subir dès l’introduction ces incursions de voix-off débitant des banalités avant de mettre en scène un récit encadrant qui ne sert pas l’histoire et qui par-dessus tout n’est même pas cohérent avec lui-même. Plus simplement, la cohérence semble être le maître-mot auquel se refuse le dernier film de Donzelli, mais nous y reviendrons. Flirtant dangereusement avec le clip, Marguerite et Julien ne ressemble à rien. On est d’emblée perdu devant la platitude de ce prologue sur l’enfance qui n’ose rien et semble indiquer dès le départ que Donzelli passe totalement à côté de son sujet, aucunement décidée à tenter quelque chose d’un minimum audacieux. D’un sujet qui offrirait d’immenses perspectives à nombre d’auteurs autrement plus incisifs, Donzelli ne parvient qu’à transcender son sujet à travers ce nauséabond parfum moralisateur et politiquement correct, transformant cette lourdingue fable en requiem arriéré pour la tolérance estampillé LGBT. Et derrière ces grands poncifs démagos comme il faut, il faut qu’à l’arrivée on se retrouve avec un film moralement discutable dans cette curieuse apologie de l’inceste.

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Car c’est là que se situe une partie de l’envergure du problème : où est-ce que souhaite en venir Donzelli ? Se rend-t-elle compte du côté malsain qu’elle se plaît à mettre en scène ? Le film en lui-même ne semble pas complètement l’assumer non plus, même si pourtant tout est bien clair. D’autant plus que la réalisatrice ne se prive pas de juger les personnages secondaires, ces vils intolérants qui ne saisissent pas la portée de la relation qui unit ce frère à sa sœur, la pureté de leur amour. Mais la réalisatrice ne semble pas non plus spécialement le saisir, filmant platement sa romance incestueuse sans réelle passion, où en définitive tout est propre, sans audace, sans vie, sans vrai, avec la touche supplémentaire d’une insupportable niaiserie. En plus de ne rien ressentir devant Marguerite et Julien, on ne voit rien non plus, illustrant parfaitement la vacuité de la passion en question.

Marguerite & Julien 4De la sorte, toute cette indigeste pièce montée voit s’empiler ses défauts en tous genres, de cette improbable et calamiteuse direction artistique se voulant atemporelle mais n’étant finalement qu’un vague fouillis d’époques sans réelle création, à cette paresse dans le détail, cette absence de soucis pour la cohérence (pourquoi le méchant mari n’est-il pas aussi jugé pour meurtre ? Pourquoi faire un dessin moyenâgeux sur l’avis de recherche alors qu’une photographie existe ? Pourquoi le personnage qui narre au début dans le récit encadrant se trompe et ne semble pas connaître la suite de l’histoire mais reprend plus tard la narration ? Et une fois de plus, à quoi sert le récit encadrant ? Etc.). Donzelli cherche à emprunter l’esprit de l’univers de Jacques Demy dans son Peau d’Âne mais s’avère inapte à comprendre sa propre référence. Le film semble définitivement ne rien respecter si ce n’est les délires invraisemblables de sa réalisatrice qui a, en plus de la prétention d’être moralisatrice, le culot de reprendre la grandiose « Song for Bob » qui clôturait L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, pour la défigurer dans une scène pompière au possible. C’est d’ailleurs régulièrement le cas pour tout le répertoire musical, utilisé de manière désastreuse comme cache-misère au montage d’un film dont la forme ne s’assume pas totalement.

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Se dire qu’originellement le film est adapté d’un scénario de Jean Gruault, destiné à François Truffaut, fait plus mal au cœur qu’autre chose. Tout est gâché ici, y compris-même la pétillante Anaïs Demoustier, robotique et vide sous la direction de Donzelli, affublée d’un calamiteux partenaire de jeu (Jérémie Elkaïm) et de ces fameux dialogues ponctués par des banalités, des répliques vides de sens ou, encore mieux, des lapalissades d’un grotesque rare. C’est un projet pour lequel il fallait peut-être avoir l’humilité de le laisser à son auteur original, ou tout du moins à un réel héritier, quelqu’un qui comprend l’essence importante de cette histoire et ayant l’audace nécessaire pour la mettre en scène. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la guerre est déclarée avec Valérie Donzelli.

FICHE FILM
 
Synopsis

Julien et Marguerite de Ravalet, fils et fille du seigneur de Tourlaville, s'aiment d'un amour tendre depuis leur enfance. Mais en grandissant, leur tendresse se mue en passion dévorante. Leur aventure scandalise la société qui les pourchasse. Incapables de résister à leurs sentiments, ils doivent fuir...