Maps to the Stars (David Cronenberg, 2014)

de le 18/05/2014
 
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Cronenberg débarque au festival de Cannes avec Maps to the Stars. Peu aidé par un scénario médiocre, le canadien mise sur son talent de metteur en scène et sur la fusion de ses motifs récurrents. Son 21ème long-métrage est un bel objet. Et c’était pas gagné.

Maps to the StarsPas très compliqué de deviner pourquoi David Cronenberg s’est lancé dans le projet Maps to the Stars. Ce scénario de Bruce Wagner, qu’ils développent ensemble depuis près de dix ans, fait entrer en symbiose les deux grandes formes du cinéma du canadien. La chair rencontre la psyché, le vomi se mêle à la névrose. Dans Maps to the Stars, les personnages sont hantés par des fantômes, ils disjonctent, fricotent avec l’inceste, manient les compliments en faux-semblants. Nous sommes à Hollywood, temple du paraître, où un sourire assassine bien plus qu’un revolver. Ainsi, des archétypes bourgeois se croisent : Julianne Moore incarne l’actrice vieillissante et accro aux médicaments en tout genre, le jeune Evan Bird est un enfant-star colérique et peu aimable, car ultra-conscient de son pouvoir commercial, John Cusack joue les coachs-gourous de stars qui fait fortune avec ses conseils sur le bien-être. Comme toujours chez Cronenberg, celui qui semble le plus sain est en fait le plus tourmenté.

Maps to the Stars

A ces névroses intérieures se greffent des visions bien plus charnelles. Les personnages portent les stigmates de leur passé. Le personnage de Mia Wasikowska a des brûlures aux mains et au visage. Elle est une enfant rejetée, revenue à Los Angeles comme un spectre vient hanter les vivants. Le personnage de Julianne Moore ne parvient pas à évacuer son mal être et se retrouve constipée, illustré par une scène où elle est sur ses WC. C’est d’ailleurs l’un des points les plus originaux de Maps to the Stars : certaines scènes sont si triviales qu’on les croirait sorties de Funny People. Les deux films laissent s’épancher les personnages sur des questions de pets, de vomi, de sexe. Mais là où Apatow les traitait comme un support pour atteindre un comique graveleux qui nourrissait le stand-up, Cronenberg avilit ses personnages en les prenant de haut. Le star-system est ridicule et le film mise sur le second degré des acteurs pour s’en moquer. De ce point de vue, le scénario pêche par sa grossièreté et ses facilités.

Maps to the StarsCronenberg a surement vu dans ce projet l’occasion d’y attaquer Hollywood de l’intérieur, comme il faisait imploser la famille dans History of Violence ou le système économique avec Cosmopolis. Et il est vrai que le cinéaste s’en sort bien avec un matériau de base assez indigeste. Il avait déjà tiré le meilleur du livre Cosmopolis de Don DeLillo en l’allégeant. La logorrhée et l’hygiénisme latent servaient à propager la décadence des rues jusque dans le for intérieur des personnages. Une odeur de souffre en ressortait. L’apocalypse se rapprochait jusque dans un final qui laissait exploser tout le talent de Robert Pattinson. Cronenberg use ici du même procédé. Exit une majorité de fantômes du scénario original, place à la vaporeuse musique d’Howard Shore et à l’image lisse de la HD. Les personnages sont souvent filmés frontalement, en très courte focale, de sorte à légèrement déformer leurs visages. Leur corps se transforment, peinent à jouir, à enlacer. Les danses de joies et les situations de relaxations sont anti-glamour au possible. Le feu et l’eau se joignent à la décadence.

Maps to the Stars

Le principal jeu pour le spectateur consiste dès lors à trouver des échos aux films précédents. Pêle-mêle, il y a cette scène de sexe captée par les phares d’une voiture comme dans Crash, il y a aussi la figure de Robert Pattinson qui après Cosmopolis, continue à baiser dans les limousines. Plus généralement, l’extériorisation des troubles mentaux rappelle Chromosome 3. Le film donne aussi à s’amuser de clins d’œil à l’histoire du cinéma avec Star Wars, Battlestar Galactica, ou à se moquer de la folie des reboots insensés (ici, le projet de réactualiser un vieux drame en noir et blanc où le personnage de Julianne Moore reprendrait le rôle de sa mère). Si cet ensemble offre un portrait à charge de l’usine à rêve, pas dit qu’il atteigne les sommets de politiquement incorrect du cinéaste canadien. Car que nous dit finalement ce film ? Que chacun ne pense qu’à sa gueule, que le cinéma est une industrie cynique et que les errances bourgeoises ne mènent qu’au malheur.

Maps to the StarsSi Maps to the Stars s’arrêtait à ça, il serait une grosse déception. Ce serait occulter ce qui nous plait tant chez Cronenberg : le lyrisme qui s’invite dans le festin des monstres-machines. La Mouche nous faisait pleurer, Videodrome nous faisait frisonner, Existenz nous envoutait. A chaque fois, la rencontre de la machine ou du monstre avec l’humain donnait au moins une scène sidérante. Dans Maps to the stars, c’est la rencontre d’Havana (Julianne Moore) avec le fantôme de sa mère qui marque les esprits. A plusieurs reprises, le spectre apparaît sous les traits de Sarah Gadon (déjà vue dans A Dangerous Method et Cosmopolis), de vingt-cinq ans la cadette de Julianne Moore. Les deux actrices portent ces rencontres avec une belle intensité, mélangeant aspect vaporeux et trivialité de la conversation. Si son film est loin d’être un de ses meilleurs, Cronenberg fait encore preuve d’une belle vigueur dans la mise en scène d’une histoire bien décevante.

FICHE FILM
 
Synopsis

A Hollywood, la ville des rêves, se télescopent les étoiles : Benjie, 13 ans et déjà star; son père, Sanford Weiss, auteur à succès et coach des célébrités; sa cliente, la belle Havana Segrand, qu’il aide à se réaliser en tant que femme et actrice.
La capitale du Cinéma promet aussi le bonheur sur pellicule et papier glacé à ceux qui tentent de rejoindre les étoiles: Agatha, une jeune fille devenue, à peine débarquée, l’assistante d’Havana et le séduisant chauffeur de limousine avec lequel elle se lie, Jerome Fontana, qui aspire à la célébrité.
Mais alors, pourquoi dit-on qu’Hollywood est la ville des vices et des névroses, des incestes et des jalousies ? La ville des rêves fait revivre les fantômes et promet surtout le déchainement des pulsions et l’odeur du sang.