Man on High Heels (Jang Jin, 2014)

de le 04/06/2016
 
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Réalisateur prolifique, plutôt porté sur la comédie d’action, Jang Jin s’attaque ici à un pur polar auquel il vient greffer un élément particulier : un flic en pleine transition de changement de sexe. Une idée qui a le mérite d’apporter un élément très contemporain au film, mais qui n’en fait en rien une sorte d’œuvre transgenre tant Man on High Heels récite avec application et sans véritable écart le petit manuel du bon petit polar coréen.

Man on high heels 1Le « polar sud-coréen » étant devenu au fil des années un véritable genre, tant il répond à des codes bien précis, il était inévitable que l’industrie finisse par tourner sévèrement en rond, comme en témoigne plus de 90% de la production. Chacun y va de sa petite idée qui fera que tel ou tel film sera un peu plus remarqué que ses petits camarades, mais dans l’ensemble, cette production qui reste de qualité (plastique essentiellement) n’a plus rien de bien excitant ou de nouveau. D’ailleurs Kim Ji-woon l’avait très bien illustré avec J’ai rencontré le Diable, sorte de chef d’œuvre définitif du genre, à l’image de ce que fut Impitoyable pour le western. Avec Man on High Heels, le très productif Jang Jin se prête à l’exercice avec un projet qui apporte du neuf au genre, du moins sur le papier. Car si son idée n’est pas inintéressante, il ne sait pas vraiment quoi en faire pour renouveler un modèle qui tourne en rond.

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Reparti du dernier Festival du film policier de Beaune auréolé du grand prix et du prix de la critique, face à notamment Desierto, vraie proposition de cinéma, Man on High Heels a séduit grâce à son héros : un policier en pleine transformation pour devenir une femme. Un sujet à priori intéressant, d’autant plus dans un genre où règne l’hypermasculinité. Et il est vrai que le décalage qui se crée entre les agissement de ce flic aux méthodes extrêmement brutales et la véritable nature qu’il cherche à cacher avant de la laisser s’exprimer totalement, notamment à travers une séquence d’ascenseur à la fois drôle et touchante, apporte quelque chose de vivifiant. Cependant, Jang Jin ne fait pas grand chose de cet élément, qu’il a un mal fou à intégrer à son intrigue principale. Une intrigue policière bateau, peu passionnante, bâtie autour de motifs déjà vu des milliers de fois. Des alliances entre policiers et mafieux, des trahisons, un bad guy qui se prend d’admiration pour le héros, de la torture, un baroud d’honneur symphonique et sanglant… tout est là, bien à sa place.

Man on high heels 3On retrouve les mêmes séquences esthétisantes sous une pluie battante, la même baston à un contre cinquante, ou le même agencement de flashbacks évoluant jusqu’à un « twist » qui redéfinira à la fois l’identité d’un personnage et le sens de ses actions présentes. Malgré sa nature avancée d’œuvre moderne, de par l’identité en pleine mutation de son personnage principal, Man on High Heels ne devrait pas surprendre plus que cela le spectateur qui aurait vu plus de cinq polars coréens sortis ces dix dernières années. Il s’agit d’un film qui applique à la lettre un cahier des charges, et qui le fait avec énormément d’application. Ainsi, l’objet cinématographique reste beau, maîtrisé, chaque séquence d’action est magnifiquement chorégraphiée, mais il lui manque un supplément d’âme que le traitement de la transition sexuelle ne peut apporter.

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N’étant pas tout à fait l’auteur le plus fin au pays du matin calme, Jang Jin aborde le thème de la transsexualité avec la lourdeur et la maladresse du scénariste qui n’a pas vraiment étudié son sujet. Ainsi, il va volontiers associer l’histoire d’amour cruelle entre deux garçons et la volonté d’un des deux à devenir une femme. Il va également s’appesantir sur cette image de l’auriculaire en l’air comme un symbole de féminité. En 2016, dans un polar tout de même assez noir. Cet élément, qui représentait finalement la seule petite note hors des clous d’un film bien calibré, deviendrait presque un handicap si l’interprétation de Cha Seung-won n’était pas si raffinée. Il est d’ailleurs le seul, ses camarades jouant la carte de l’outrance. Mais il apporte une certaine nuance à la chose, une pointe d’émotion également. Pas de quoi faire de Man on High Heels une date majeure dans l’histoire du polar sud-coréen, tant l’ensemble (y compris l’inclusion d’éléments humoristiques ou de drama cheesy qui semble avoir surpris les critiques présents à Beaune) manque clairement d’idées neuves.

FICHE FILM
 
Synopsis

Yoon est un policier endurci bardé de cicatrices prêt à tout pour arrêter les criminels qu’il pourchasse — en particulier Huh, un mafieux notoire et cruel. Yangmi, sa jeune collègue, traque, elle, un violeur en série et tombe peu à peu amoureuse de Yoon. Mais elle ignore que Yoon ne nourrit qu’un seul désir : devenir une femme...