Maggie (Henry Hobson, 2015)

de le 01/06/2015
 
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Arnold Schwarzenegger dans un « drame zombie », un petit film indépendant qu’il a soutenu comme rarement il a soutenu un projet. Voilà un postulat intéressant, dans l’entreprise quelque peu désespérée de la superstar de retrouver le semblant d’une carrière post-politique. Sauf qu’avec son concept casse-gueule et son traitement désincarné, Maggie échoue et tombe dans tous les pièges tendus devant lui. Une belle déception, une de plus pour ce pauvre Arnold.

MaggieEnfin un rôle « sérieux », « touchant », « profond », « dramatique », « à contre-emploi » pour Arnold Schwarzenegger. L’unanimité semble de mise pour qualifier la prestation du colosse dans Maggie, à croire qu’il amusait la galerie ou faisait un numéro de claquettes dans Predator, Terminator, Conan le barbare ou Total Recall. Mais forcément, en le rendant quasi muet, en bridant son accent et ses expressions, en le poussant vers une retenue qui ne lui sied jamais, il est sans doute plus évident de voir à quel point il est un grand acteur dramatique. Malheureusement, ce mélodrame morose et neurasthénique rejoint la triste liste des ratés du Gouvernator, qui les cumule dangereusement depuis quelques temps, aux côtés de Sabotage et Evasion. Et la raison est assez simple, et assez triste aussi (en particulier quand on voit l’énergie que l’acteur-producteur a déployé pour soutenir ce film), sa présence dans Maggie est anecdotique. Non pas qu’il n’apparaisse pas suffisamment à l’écran, Henry Hobson est assez intelligent pour se rendre compte de la chance qu’il a de pouvoir filmer cette silhouette, mais sa présence ne sert à rien. Il serait remplacé par Danny De Vito, Ryan Gosling ou Ice-T que cela ne changerait rien au film. Arnold Schwarzenegger, symbole de l’hyper-expression des émotions, joue tellement en retenue qu’il en devient fade. Et ça c’est une première. A l’inverse du combat d’un père pour sa fille, qu’il avait livré de façon bien plus convaincante, et même émouvante, dans l’immense Commando.

Maggie

L’autre problème majeur de Maggie, car finalement, même si Arnold Schwarzenegger est transparent sa présence et son charisme naturel ne sont pas altérés et apportent toujours le minimum syndical d’intérêt, se situe dans son tragique manque d’émotion. Alors que le sujet du film avait tout pour aboutir sur quelque chose de bouleversant, toute cette retenue, ce traitement arty, l’absence d’alchimie entre Arnold Schwarzenegger et Abigail Breslin, la narration programmatique, font qu’il ne fonctionne jamais vraiment. Il faut dire que le sujet en lui même n’a rien d’exceptionnel non plus, dans la mesure où il étale sur un peu plus d’1h30 le dilemme moral d’un père face au destin inéluctable de sa fille se transformant peu à peu en zombie. Soit un élément de détail de 75% des films de zombies, à quelques variations près, qui devient ici la trame principale et à peu près unique. C’est évidemment assez pauvre, ce qui pousse Henry Hobson, designer qui signe ici son premier long métrage, à étirer le moindre élément jusqu’à lui faire perdre toute sa force, et à se répéter autour d’enjeux qui n’évolueront jamais vraiment. Pendant 1h30, la question est donc de savoir ce que va faire le personnage incarné par Arnold Schwarzenegger, tandis que celui de sa fille montrera des signes grandissants de souffrance physique et émotionnelle. La confier à la quarantaine mise en place par le gouvernement (obéir au système, accepter l’accompagnement médical sans âme de la fin de vie) ? La garder sous son toit (ne pas faire son deuil, sombrer dans le déni) ? Ou l’exécuter lui-même (mettre fin à ses souffrances, faire le choix de l’euthanasie) ? Il y a une question fondamentale et très contemporaine derrière le « film de genre », sauf que Henry Hobson préfère finalement ne pas y répondre, et évacuer le tout dans une pirouette finale extrêmement décevante car assez lâche, et rendant finalement caduque toute le parcours, même minimaliste, qu’a pu suivre le personnage du père.

MaggieMaggie ne trouve finalement jamais de véritable intérêt. Tout simplement car il manque cruellement de matière au-delà de son postulat minimaliste. Henry Hobson joue la carte du mélodrame indépendant dans tout son vocabulaire cinématographique, ce qui rend l’exercice encore un peu plus impersonnel, à tel point que tout y parait interchangeable. Un traitement aussi formaté, à savoir une utilisation massive de la longue focale, de la caméra portée, de plans de dos, d’inserts « nature », de couleurs désaturées, de la lumière rasante, de la musique de … comme s’il était aujourd’hui impossible de filmer autrement un drame au budget limité, comme s’il fallait refuser à tout prix toute recherche de mise en scène. La seule originalité de Maggie devient donc, comme on pouvait s’en douter, la présence mal exploitée du mythe Arnold Schwarzenegger. Et le plus triste sera de le voir se retenir en permanence, refouler tout ce qui définit sa présence cinématographique, au profit d’un tout petit film qui n’a rien à raconter et qui refuse même se se confronter à la seule question importante qu’il véhicule du début à la fin.

FICHE FILM
 
Synopsis

Alors qu'une terrible pandémie se propage à travers les États-Unis, le gouvernement impose de placer les malades infectés par le virus en quarantaine, où ils se transformeront en zombies, totalement retranchés du monde.
Lorsque Maggie, 16 ans, apprend qu'elle a été contaminée, elle s'enfuit. Mais son père, Wade Vogel, est déterminé à la retrouver et à la protéger coûte que coûte, même s'il lui faut affronter les forces de police…